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a la baronne de chantal
Promesses pour le recrutement de la future Congrégation. — Le passage par Genève et les calomniateurs. — Le dessein de François de Sales traversé. — Occupations, affections pieuses, souvenirs évoqués au cours du voyage d'un apôtre. — Les grands désirs qui remplissent le cœur d*un Saint. — Une affection que les paroles du monde ne sauraient traduire.
Annecy, 11 décembre 1609.
Et en fin je viens a vous, ma chère Seur, ma Fille, des-ja tout recreu d'avoir tant escrit, mais résolu néanmoins de vous escrire tant que je pourray, tout a Tabanje raye ce mot non don, selon quil me viendra.
pas de mon caur. ^ ^ # v i x^.,, . . , • ,• »^
mais du papier. Oùy , | mon ame ( M, J ma Fille, je vis la bonne M. David,
(i ) Le Saint a d^abord rayé ces deux mots; ensuite il a écrit ce qui se lit en marge.
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qui me plait fort ( » ). J'en vis un'autre a Dole, damoyselle de fort bon lieu(>) et qui a extrêmement bonne mine, un peu ma parente (car ell'est de ce pais), et qui vous vit a Dijon ou eir estoit allé conduire une Religieuse Carmeline. En fin, nous n'aurons que trop de gens, c'est a dire, plus que nous ne pourrons recevoir.
Mais, ma chère Fille, c'est la Providence de nostre cher Seigneur qui vous retient un peu la, car voyci qu'a mon arrivée, j'ay treuvé des nouvelles qu'on m'avoit fait une grande calomnie en nostre court, propre a me mettre en la disgrâce de ce Prince qui, des quelque tems en ça, tesmoignoit tant de m'aymer. Et moy, qui ay quelquefois du courage, je me suis fort plaint par une lettre (3), de laquelle la conséquence peut estre diverse, mais tousjours universellement a la gloire de Dieu et a ma consolation. Or, j'en attens l'événement, et ne voudrois pas que vous fussies icy qu'après que cette bourrasque sera passée, qui sera bien tost, Dieu aydant. Mais quand je l'appelle bourrasque, dame, ne penses pas que j'en sois agité, nomplus certes que de la moindre chose du monde ; car il ny a en cela pour tout, aucun sujet de mon costé que ce béni passage que je fis a Genève, que les calomniateurs ne peuvent s'imaginer que j'aye fait sans avoir quelqu' intelligence avec les habitans *. Helas ! ceux qui • Cf. Epîst. dlvui. me connoissent sçavent que je ne pensay jamais a intel- ^^* ** °**^* ^'^' ^' ligence et que je fay mille traitz de courage par une vraye simplicité ; non pas certes simplicité d'esprit (car je ne veux pas parler doublement avec vous), mais simplicité de confiance. Or tout cela n'est rien, et je ne le dis aussi
( 1 ) Les membres de la famiUe qui portait le nom de David étaient fort nombreux en Bourgogne, mais les détails nous manquent pour identifier n la bonne M. David. » Il ne semble pas que cette vocation soit venue à maturité. La postulante serait-eUe « D"* Jeanne de Requeleyne, veuve de noble Claude David, avocat au Parlement de Bourgogne et conseiller des Etats particuliers du Comté d*Auzonne » ? (Quittance du ip avril i^p8f Archiv. départ, de la Côte-d'Or, £. 3166 «.)
(a) Probablement Marie de Mouxy, veuve de Louis de la Tonvière, seigneur d^EscriUes ou des Crilles. £Ue entra plus tard à la Visitation. Sa notice sera donnée plus loin.
(3) La lettre que François de Sales écrivit à cette occasion ne nous est pas parvenue.
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qu'a vous, a laquelle je ne puis rien celer de ce qui me regarde.
Cependant, voyci pas une chose notable ? A mon arrivée, j'ay treuvé que la moytié de nos espérances pour l'érection d'un monastère ou je croyois de pouvoir attirer nos bonnes Carmelines est abbatue, car Tune des filles que nous espérions y devoir contribuer ne s'est peu résoudre a quiter le monde. Sur cela, celuy qui manie toute la barque et duquel dépend l'autre fondatrice, sans que je lu3' en eusse jamais parlé, sans quil en eut jamais rien apperceu, me va proposer que la mayson estant achettee et presque praeparee pour une douzaine de filles, il seroit bon de l'employer a la Congrégation de quelques dames dévotes ( ' ), selon que jadis il avoit ouy discourir a un vieux Capucin italien (a). Je ne luy respondis rien, et maintenant il est revenu, et ayant parlé avec luy sur ce sujet, il ny a quasi moyen de le luy arracher de l'esprit. Pour moy j'attens, et si je voy de la conformité je ne
( I ) Pour Tintelligence de cette lettre et des lettres ultérieures qui loi feront écho, il fant exposer avec nn peu de clarté cette affaire assez mal connue josqn'ici des historiens.
Le Saint désigne certainement le baron et la baronne de Cnsy, et ceox-ci sont très probablement Bérold de Pingon et sa femme, beaux-parents de Louis de Sales. Jean-Bérold, en effet, mort en 1624, né à Cusy le 4 janvier i)6i, d'Emmanuel-Philibert de Pingon, baron de Cusy, et de Philiberte du Breul, était un homme fort dévot. Sur son invitation expresse, les confrères de la Sainte Croix avaient fait halte dans son château, au retour de leur pèlerinage d'Aix. (Voir tome XI, Lettre xxiii.) Tout marié qu'il était, il menait une vie de Capucin. Il aimait d'ailleurs chèrement les Religieux de ce nom, se fit leur bienfaiteur et voulut mourir revêtu de leur habit. Charlotte de Vautravers, quUl avait épousée après le 4 avril 1^85, faisait profession, elle aussi, d^une grande piété. Bn 1606, tous les deux désiraient entrer en Religion (voir le tome précédent, pp. 156, 157). De telles aspirations les inclinèrent Tun et Tautre à fonder à Annecy, avec Tagrément du saint Evèque, un monastère de Carmélites. La maison qui avait été acquise, devait être « en partie payée des deniers » de leur nièce. M"* de Chapot. M*^ de Cusy, que la Règle du Carmel effrayait peut-être, recula, et sa parente se désista comme elle pour se tourner vers une Religion plus douce. (Diaprés nn Ms, inédit de la Mère de Bréckmrd^ conservé à la Visitation de Périgueux.) Ne serait-ce pas eUe qui « ne s'est peu résoudre a quiter le monde » ? Celui qui maniait « toute la barque » ne sut pas, malgré son vouloir, Tempècher de chavirer, on du moins, comme on le verra, la conduire au bon port que souhaitait le Saint. (Cf. les lettres des 33 avril, s, 34 et a8 mai, et 3 juillet 16 10.)
(3) Il y avait plusieurs Capucins italiens en Savoie à cette époque; il est impossible de nommer celni-tfi.
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refuseray pas ce parti ; mais Dieu sera avec nous, sil luy plait, pour tout cela. Je vous escriray dores en avant le succès de tout, aflftn que, selon cela, par après nous traittions de vostre venue a Salins ou non (0.
J'escris a nostre M. de Vaucroissant (>), qui a tort, certes, sil croit que je ne Tayme pas parfaittement, car certes, je le chéris tout entièrement; mais voyes vous, quelques fois l'ardeur de Tamitié s'évapore en jalousie. Je vous envoyé les lettres que j'oubUay a vous porter de M"* Vignod (3), qui est très bonne fille. Escrives un mot a la bonne M"* la Présidente (4), car ell'a le cœur gros aussi bien que monsieur de Vaucroissant, et dit qu'elle ne le mérite pas.
Nous avons fait un fort heureux voyage au comté, et que j'y ay prié Dieu de bon cœur pour vous au saint Suaire (5), que l'on monstra publiquement, a ma contemplation ; a la sainte Hostie (^) et a nostre cher Saint Claude, ou je fus logé en vostre logis, et pris playsir a
( X ) La Sainte avait saas donte formé le projet de voir à Salins son bienbenrenz conducteur l'année suivante, à l'occasion du Carême quHl devait y prêcher. (Cf. ci-dessus, note ( i )» p. 309.)
( 3 ) Probablement le prieur du monastère de ce nom. Issu de Tabbaye de Val-des-Chouz, le prieuré de Val-Croissant ou Vauxcroissant fut fondé en Il 16 par GuiUaume de Mont-Saint-Jean, au diocèse d'Âutun, non loin de Saulieu. Il compta parmi ses prieurs, en 1^85, Dom Frémyot, frère du président Frémyot et oncle de la baronne de Chantai.
(3) Bemarde de Vignod, Religieuse de Tabbaye de Sainte-Catherine.
( 4 ) Sans doute la présidente Favre.
(5) Le saint Suaire de Besançon (voir le tome précédent, note ( i), p. 363).
(6) La sainte Hostie que vénéra le Saint à Dole est célèbre dans les fastes de TEucharistie. Le lundi de Pentecôte, 26 mai 1608, dans Téglise des Bénédictins de Faverney, au diocèse de Besançon (H'*-Saône), on vit suspendu en Tair, au milieu d'un incendie, sans aucun support, le vase sacré qui renfermait deux hosties consacrées, restées intactes. Plus de dix mille personnes accoumes des Tillages voisins purent contempler ce prodige, dont la certitude d*ailleurs fnt canoniqnement reconnue le 10 juillet suivant. Les Dolois réclamèrent Tune des deux hosties et, non sans difficulté, Tobtinrent de Tabbé de Faverney, Alphonse Doresmieux. La translation eut lieu du 1 5 au 30 décembre 1608, et provoqua d'imposantes manifestations de foi et de piété. Jean Boyvin( 1^7^-1650), se fit le poète et Tarchitecte de la sainte Hostie. Il en est aussi le principal historien. Le récit pittoresque qu'il a laissé du miracle a été publié seulement de nos joars, sous le titre de Relation fidèU du miracle de Faverney ^ Besançon, 1839.
En I794t la Révolution ne se contenta pas de profaner la Sainte-Chapelle de Dole ; elle détruisit Taugnste relique qui, pendant près de deux siècles, fut la gloire et It protection de It vieille capitale de la Franche-Comté.
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voir le lieu ou je receu vostre confession, et fus consolé a reprœsenter ce cœur qu'en qualité de père je presentay la première fois a l'autel de Saint Claude (»). J'ay presque presché par tout et a mon gré, c'est a dire utilement. La bonne M"* de Baume (*) fut bien consolée, quoy qu'acca- •Cf. supra, p. III, blé de tant de gens qui me demandoyent confession*, je n'eu pas tout le loysir que je desirois pour l'entretenir, car outre cela, j'avois mon g^and affaire sur les bras (3).
Ouy , ma Fille très chère, je dis tout incomparablement, je vous donneray un beau livre (4) ou j'escriray, mais je veux attendre la troysiesme édition, a laquelle j'apporteray un soin tout particulier; mays ce pendant, je ne laisseray pas de vous en donner de cette seconde par la première commodité. Je n'ay nulles nouvelles de monsieur de Berulle.
Ce n'est pas icy la grande lettre que je vous veux escrire, car vous voyes bien que je cours a toutes brides. Vous ne sçauries croire combien je sens mon cœur plein de grans désirs de servir Nostre Seigneur. Certes, ma Fille, mes affections sont si grandes, ce me semble, que j'espère de le faire un jour, après que je me seray bien humilié devant Dieu. Vive Dieu I ma chère Fille, il m'est advis que tout ne m'est plus rien qu'en Dieu, auquel néanmoins et pour lequel j'ayme plus tendrement que jamais ce que j'ayme, et sur tout nostr'ame. O il est vray, ma Fille, j'ay ce sentiment là.
( I ) Le S4 août 1604, François de Sales, accompagné de M">* de Boisy sa mère et de Jeanne de Sales, avait rencontré à Saint-Claude la baronne de Chantai, M"« Brûlart et sa sœur, TAbbesse du Puits-d'Orbe. (Cf. tome XII, note ( a )) p. 343.) Les pieux pèlerins, durant leur séjour, logèrent sous le même toit, tout proche de l'église de Saint-Claude, chez un très honnête bourgeois, nommé Henri Rosset, dont réponse, une très vertueuse femme, se nommait Jacqueline Michaud. Anne, leur fille, alors âgée de dix ans, devint plus tard la douzième Religieuse de la Visitation ; on sait combien elle illustra, par la rare beauté de sa vie contemplative, les origines de Tlnstitut. (D'après la Vie manuscrite de la Mère Rosset, par la Mère de Ckaugjf, conservée à la Visitation d'Annecy.) François de Sales fiit aUusion i ce séjour et rappeUe ici les souvenirs de Ventre vue de Saint-Claude.
( s ) Marguerite de Genève, abbesse de Baume-les-Dames (voir le tome précédent, note (x), p. xxo).
( 3 ) L'affaire des salines.
(4) De V Introduction à Im Vie dev^te^
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Encor vous veux je dire que vostre filz ( 0 a bien porté une si douce et aggreable humeur tout au long du voyage, que je Tayme beaucoup plus que fraternellement, et sur tout quand il parle avec suavité de sa petite famme. Dieu est bon, ma Fille, soyons donq bons aussi.
Bon soir, ma Fille, Dieu soit a jamais nostre tout. Je suis en luy plus vostre que je ne sçauray jamais dire en ce monde, car les paroles de cet amour ny sont pas.
La pauvre petite seur (>), est toute grosse, a ce que son mari m^a dit, qui se plaint de quoy elPest un peu mélancolique ; je pense que dans quatre jours elle viendra.
Vive Jésus et Marie ! Amen.
XI décembre 1609, a Neci.
Ne parles a personne de l'affaire de la cour.
A Madame Madame la Baronne de Chantai.
ReTU sur TAotographe conservé à la Visitation de Dijon.
( I ) Bernard de Sales.
(a) M">* de CornlUon, sœnr du Saint.