LETTRES DE M^R PIERRE DE VILLARS ARCHEVÊQUE DE VIENNE
(PIAGMINTS)
• Vick EpUt. oxiT. ♦ Le livre spirituel que vous venez de mettre sur la presse de
l'imprimeur (O, me ravit, m'eschauffe» m'extase tellement, que je n'ay ny langue» ny plume dont je puisse vous exprimer Taffection qui me transporte en vostrc endroict, pour Tamour de ce grand et signalé service que vous en rendez à la divine bonté et Tinestimable fruict qui en reviendra à tous ceux qui seront si heureux que de le lire ainsi qu'il faut.
Mais, que falloit-il attendre d'un Evesque de Genève tel que vous, sinon quelqu'œuvre entre autres, qui mist fin à l'infamie de Genève, dont toute l'Europe a esté infectée d'heresie ? Je ne nie pas que les livres si doctement escrits par tant de Docteurs excellans, dont le Cardinal Bellarmin est le souverain, n'ayent grandement servy contre les hérésies de ce siècle ; mais je veux bien aussi dire et soustenir que ceux qui ont escrit sur la morale et de la dévotion n'y ont pas apporté moins de remède. Et je pourrois, je voudrois, je devrois passer outre, et les préférer en ce cas, s'il estoit question de la débattre sur le champ ; car l'erreur n'estant que la matière des hérésies et l'obstination la forme, la doctrine qui illumine l'entendement remédie à la matière ; mais la vertu, la dévotion, l'ardeur de la pieté qui fleschist la volonté et en desloge l'opiniastreté, domine sur la forme qui tient le preciput en l'essence : de manière qu'à ce compte, il faut, ou que la doctrine des controverses cède à celle de la pieté et dévotion, ou au moins qu'elle se l'associe tellement, qu'en luy concédant sa nécessité, elle recognoisse que, sans elle, on n'advance rien, car tout pécheur est ignorant. Et, quoy qu'au syllogisme spéculatif il puisse dire : c Je vois le bien et l'appreuve, > parce que l'entendement est vaincu par la vérité, si est-ce qu'au syllogisme practic, il confessera qu'il suit le mal, d'autant que la
( I ) V Introduction à la Vie dévote.
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passion mal reiglée remporte, de façon que, quand le feu de la concupiscence est tombé sur les âmes passionnées, elles ne voyent point le soleil. 11 faut donc bonifier la volonté pour empescher qu'elle ne nuyse a l'illumination efficace de l'entendement, attendu mesmes que les livres spirituels commencent par la doctrine purgative, pour despoiiiller les âmes de toutes les mauvaises habitudes incompatibles au vray Christianisme.
Or, Monsieur, continuez de servir d'instrument à la divine Sapience, r'embarrant l'erreur des hérétiques par la doctrine des controverses, et conduisant les volontez dépravées au chemin de la vertu par vos traictez de pieté et de dévotion. C'est sans doute que la reformation des mœurs esteindra les hérésies avec le temps, comme la dépravation les a causées, puis que l'heresie n*est jamais le premier péché.
Excusez, s'il vous plaist, ma prolixité ; il a fallu que j'aye contenté mon ame, de vous signifier son aise et contentement sur vostre beau et bon livre que je ne puis assez loiier.
25 janvier 1609.
* Vostre dessein des deux Traictez sur les deux Tables, disposera • vueEpUt. oxiv.pp. des eschelles et degrez aux cœurs de ceux qui seront si heureux que "^'''7* de les lire, relire et retenir ; car ils arriveront par ce moyen au suprême faiste de la charité qui accomplist la loy et qui est vrayement le tout homme ; comme sans icelle, tout homme, pour grand qu'il puisse estre en tout le reste d'excellence, doit dire : Je ne suis rien.
Le dessein du Calendrier sera la tablature dont Philothée se servira sur le clavier de son espinette, organizée pour conserver sa mémoire des plus beaux airs spirituels que la nécessité du corps et les autres occupations extérieures luy font interrompre actuellement plus souvent qu'elle ne voudroit. Ces cinquante deux semaines, quoy que réitérées par plusieurs années, ne luy dureront rien, luy représentant les deux septénaires de gloire spirituelle et corporelle qui suivront le grand Jubilé qui ne fmira jamais.
Par les deux derniers projects que vous destinez, ce sera pepiner le monde de prédicateurs qui fassent de mesme que vous ; et je m'oseray promettre (s'il plaist à Dieu que vous puissiez esclorre ces
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belles conceptions) une si acile et nombreuse réduction des desvoyez, soit en la doctrine, soit aux mœurs, que l'on sera contrai net d'advouër que Ton n'avoit encore point treuvé de semblable méthode.
Et puis, vous appeliez tout cela de petites entreprises de courte haleine, de basse estoffe ! Et je persiste en tout ce que ma précédente vous representoit de la valeur de vostre livre, au dessus des grands et immenses volumes de plusieurs qui s'essayent de combattre rheresie, dont l'obstination ne peut estre vaincue que par la melioration des volontez, s'il faut user de ce terme : à quoy la reformation des mœurs sert directement.
Faictes donc, Monsieur, que ce vostre zèle, qui est vrayement selon la science des Saincts, exécute ce que vous me daignez communiquer. Pour mon symbole, je n'y peux contribuer que ceste tresinstante réquisition que je vous en fais, pour la gloire de Dieu et service de son Eglise.
Mars 1609.
Je nedesadvouë pas que je n'aye faict une grande feste de vostre Introduction en plusieurs bonnes compagnies ; mais ce n'est pas ma recommandation qui l'a mise en vogue : elle vole de ses propres aisles, elle est douce de son propre succre, elle est embellie et enrichie de ses propres couleurs et joyaux. Celuy qui a de bon vin, n'a point besoing d'enseigne
Avril 1609.
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