LOI VIVANTE
MESSIEURS
Nous avons considéré successivement dans leur nature, dans les divisions qu’ils comportent, dans les relations, dans les fonctions politiques auxquelles ils peuvent donner lieu, les trois grands ordres de travaux que comprend dans son ensemble l’activité sociale. Nous avons aujourd’hui à résumer ces aperçus, en vous présentant, dans une même vue, les travaux de l’Amour, de l’intelligence et de la force, c'est-àdire ceux des PRÊTRES, des savantis et des 1ndustriels, dont l’union harmonique, exprimée
dans sa plus grande généralité, doit constituer, dans l'avenir, la RELIGION Ou la SOCIÉTÉ, la HIÉRARCHIE OU l’ORDRE. |
En exposant précédemment devant vous le nouveau dogme religieux, nous - avons dit :
L'homme, comme Dieu, comme l'être infimi, est dans son unité vivante, AMOUR, et, dans les modes de sa manifestation active, 2ntelligence ou sagesse, force ou beauté ; cette unité et cette dualité qui constituent la TRINITÉ nouvelle se retrouvent dans chaque homme, et voilà pourquoi tous peuvent être unis, associés. Mais l'umité de la vie, l’AMoOUR, ne se déploie pas chez tous, d’une manière dominante, vers le même objet, ni par rapport à chaque objet, avec la même intensité, et voilà la base, dans l’ordre social, de la division et de la combinaison des efforts, de la HIÉRARCHIE entre les individus; et d’abord voilà pourquoi la société se compose de PRÈÊTRES, de savants et d’industriels.
De PRèTRES, qui, placés au point de vue de la destination de l'humanité, en trouvent incessamment la révélation dans les désirs, dans les vœux qu'ils forment pour leurs semblables, dans l'amour qu'ils leur portent, et qui puisent dans cet amour le pouvoir de les unir pour les faire
marcher au but qu’ils ont découvert et qu’ils leur ont fait aimer.
De savants el d’industriels, qui, sans vue do- Mminante de destination pour l'humanité, sont primitivément portés par leur organisation, les premiers, à contempler l'homme et le monde extérieur sous le point de vue de l’zntelligence, de la Sagesse qui préside aux faits que l’un et l’autre présentent, les seconds, à modifier ces faits sous le rapport physique, c’est-à-dire sous le rapport qui correspond à là force ou à la beauté. | | |
Les prêtres sont évidemment les hommes les plus sympathiques, car ils embrassent dans leur amour, et les faits qui sont l’objet particulier des travaux des savants ou dés industriels, et l'humanité, dont la destination S’äccomplit par ces (ravaux. |
Mais la destination de l'humanité en Dieu, dans ses rapports avec le monde extérieur, peut être conçue, ou dans son unité, ou particulièrement sous l’un oul’autre des deux aspects par lesquels l’unité se témoigne, c’est-à-dire, en d’autres termes, que l’homme peut être considéré comme étant déstiné à croître sans cesse dans l’Amour de DIEU, de ses semblables et de lui-méme,
par le Pro&rës à la fois de la science et de l'industrie, ou seulement, ou principalement au moins, par le progrès de la science ou par le progrès de l’industrie; de là trois ordres dans le SAGERDOGE; de là le PRÈÊTRE général ou SOCIAL, le PRÈTRE de la science et le PRÊTRE de l’industrie.
Le prêtre social est évidemment placé au point de vue le plus sympathique, et par conséquent le plus élevé, puisqu'il embrasse à la fois dans son amour, eb l’amour du prêtre de la science, et l’amour du prêtre de l'idustrie.
Déterminer le but de l’activité humaine, commander les travaux par lesquels ce but peut être atteint, les distribuer, les coordonner en les rapportant à leur fin, classer les hommes, les unir, voilà la fonction religieuse et politique, qui se résout tout entière dans la fonction sacerdotale, qui n'a point d'autre objet.
Le prêtre social, le PRÈTRE de l’UNITÉ, RÉVÈLE à l'humanité sa DESTINATION GÉNÉRALE, et lui rappelle sans cesse qu’elle ne peut l’accomplir que par les travaux unis de la science et de l’industrie. Après avoir lait choix des hommes qui peuvent l’aider à LIER ces deux ordres de travaux, il nomme le prétre de la science et le prétre de
l’industrie, et partage entre eux tous les autres individus, selon leur aptitude à suivre l’une ou l’autre carrière. Placé au point de vue général des besoins de la société, et sachant sur quel point elle manque de science ou d'industrie, il prescrit aux savants et aux industriels, par les chefs qu'il leur a donnés, la direction dans laquelle ils doivent porter leurs efforts, et attribue aux uns et aux autres la part du revenu social qui leur est nécessaire pour accomplir la tâche qui leur est imposée. Il les met en contact pour que leurs travaux s’éclairent mutuellement, et en leur montrant ainsi le lien qui les unit, la dépendance dans laquelle ils sont les uns à l'égard des autres, en rappelant aux industriels que c’est aux savants qu'ils sont redevables de leur amélioration intellectuelle, aux savants que c’est aux industriels qu'ils sont redevables de leur amélioration physique, illeur apprend à s’aimer, il les re, il les associe.
Ainsi, par les travaux du prêtre social, la religion, la société, sont instituées, manifestées dans leur unité; la hiérarchie, l’ordre, se trouvent fondés sur leurs bases les plus larges.
Le prêtre de la science et le prêtre de l’industrie, après avoir reçu leur mission, leur
CONSÉCRATION DU PRÈÊTRE SOCIAL, après àVOir appris de lui quels sont les résultats qu'ils doivent
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principalement se proposer d'obtenir, rappellent
aux hommes qu’ils dirigent la destination de l'humanité sous l’aspect où ils l’aiment et la comprennent plus particulièrement. Ils distribuent le travail, avec la dotation sociale qui y est affectée, entre les diverses natures d'efforts que comporte l’activité scientifique ou l'activité industrielle, entre les diverses localités, enfin, en-
tre les individus, qu'ils classent selon leurs capa-
cités et rétribuent selon leurs œuvres; et chacun d'eux, dans la sphère où il préside, rapprochant les hommes que la division du travail tend à isoler, leur fait sentir le lien qui les unit, leur montre que leurs progrès sont enchainés, que ceux des uns sont subordonnés à ceux des autres, et par là il leur apprend à s'aimer, il les Lie, il les associe, Ainsi, par l'action du prêtre de la science et du prêtre de l’industrie, se trouvent institués,
manilestés, dans la sphère secondaire de ces :
deux ordres de travaux, la religion, la société,
la hiérarchie, l’ordre; et comme le prêtre de la .
science et le prêtre de l’industrie sont unis euxmêmes par le prêtre social, il s'ensuit que le sa-
cerdoce, par qui tous les efforts sont combinés, harmonisés, par qui tous les hommes sont liés, assOCIés, classés, ordonnés, devient l'expression sommaire, le résumé de l'activité humaine, de la société tout entière, qui, formant en lui une chaîne harmonique, un tout homogène, présente comme l'univers l’admirable spectacle d’une uNITÉ multiple, d'une MULTIPLICITÉ une.
Le sacerdoce, dans chacun des ordres dont il se compose, forme une hiérarchie dont les degrés principaux correspondent aux différentes circonscriptions territoriales où peuvent se localiser, d’une manière distincte, les faits auxquels il préside. Ainsi la HIÉRARCHIE SACERDOTALE, dans l’ordre principal, celui qu zre la sczence et l’industrie, comprend depuis le prêtre qui établit ce lien pour toute l'humanité, jusqu’à celui qui établit ou le prolonge dans la localité la plus étroite: et dans chacune des séries secondaires de la science ou de l'industrie, depuis eelui qui 11e tous les travaux scientifiques ou tous les travaux industriels qui s’accomplissent sur le globe, jusqu’à celui qui remplit la même fonction dans le cercle le plus resserré où il soit possible de la concevoir.
Partout où il y a un corps de savants ou d'in-
dustriels, le prêtre général de la science ou de l'industrie a son représentant; partout où l'acti-. vilé humaine se déploie socialement dans ses modes divers, le prêtre social a le sien.
C’est ainsi que la hiérarchie sacerdotale embrasse et résume toute la hiérarchie sociale: c'est ainsi que son activité embrasse et résume toute activité. R
C'est le prêtre qui GouvERNE : il est Ia source et la sanction de l'orDRE, c’est de lui que tous les individus et tous les faits reçoivent le caracière social ou divin. Il intervient à la naissance de chaque homme; il le consacre à Dieu et à LEHumaniTÉ, et, après avoir découvert la vocation qui lui a été donnée, la Grace qu'il a reçue en naissant, il le place dans les circonstances et l'entoure des soins les plus propres à cultiver, à développer en lui les germes d'avenir que Dieu y a déposés. Lorsque cette préparation est achevée, 1l lui confère la fonction qui lui était destinée, et détermine ainsi ses DEVOIRS et ses DROITS. Il contine à le suivre dans la ligne où il l’a placé, et l'y fait avancer en raison de ses mérites. Enfin, lorsque le temps du {ravail est passé pour lui, il l'admet au repos, et lui attribue, dans cet élat, la part d'amour, de considéra-
DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE 421 Lion, de richesses que ses travaux lui ont méritée. |
Toute FONCTION SOCIALE est SAINTE, car elle est donnée, au nom de Dieu, par l’homme qui le représente; l'attribution qui en est faite constitue une véritable oncrion, une véritable consk- CRATION.
Tous les travaux qui s’accomplissent dans la société sont sanctifiés ; car c’est au nom de Dieu et de la loi qu’il a donnée à l'humanité qu'ils sont commandés et jugés.
Enfin, le repos lui-même est sainr, car il est sanctionné, ordonné comme le éravail, dont il est la conséquence et la récompense. |
Cette vue succincte de l’ordre social qui se prépare doit renfermer pour vous, messieurs, la solution des difficultés qui, sous le rapport pratique, ont pu se présenter à vos esprits, lorsque nous avons dit précédemment que l'héritage par droit de naissance devait disparaitre, et que les richesses dont se compose aujourd’hui le fonds des propriétés particulières devaient constituer le fonds de la propriélé sociale, puisqu'il est évident que dans l’avenir il n’y a plus rien de purement individuel; que toute position person-
nelle est un grade dans l'association, et toute fortune un éraitement. |
Mais ici s'élève une difficulté nouvelle qui comprend toutes les autres : comment un pareil ordre de choses, en le supposant établi par des efforts quelconques, pourra-t-il se maintenir? Comment les chefs, les directeurs de la société, les prêtres enfin, parviendront-ils à disposer des individus, à régler leur activité selon le plan qu'ils auront conçu? Nous répondons : par l’épu- CATION et là LÉGISLATION.
Dans le cours de l’année dernière, nous nous . sommes longuement arrêtés à considérer la nature de ces deux grands moyens de toute direction sociale. Nous nous bornerons aujourd’hui à reproduire les vues les plus générales que nous avons présentées alors à ce sujet.
L'ÉDUCATION, prise dans sa plus grande généralité, a pour objet d’approprier chaque génération à sa destination religieuse et sociale.
Elle se divise en deux branches : en éducation générale et en éducation spéciale.
L'éducation générale est destinée à donner à tous les hommes indistinctement, en ‘prenant pour basé ce qu'ils ont de commun, ls SEeNTr- MENTS, les connaissances, les habitudes physSi
ques qui leur permettent de vivre en société, quelles que soient, d’ailleurs, les directions différentes dans lesquelles ils puissent être engagés.
L'éducation spéciale a pour but de les approprier sous ce triple rapport, en prenant pour base les différences qui les séparent, aux fonctions diverses que leur assignent leurs diverses capacités, aux relations sociales plus particulières qu'ils doivent avoir avec ceux dont ils sont appelés à partager les travaux.
L'éducation s'étend à toute la vie de l’homme, Soit pour lui rappeler les premières impressions qu'il à reçues, soit pour les fortifier ou les développer en lui. C’est par elle qu’il apprend à AIMER, et qu'il apprend à savoir et à pouvoir ce qu'il port faire. L'éducation est donc la première et la plus forte garantie de l’ordre social; elle forme aussi l'attribution la plus importante de l'autorité religieuse et politique.
La LÉGISLATION prescrit ce que l’éducation à eu pour objet de faire vouloir. Ce qui la caractérise, c'est la SANGrION pénale ou rémunératoire qui est attachée à ses prescriptions. Elle n’est donc qu'un moyen d'ordre secondaire, puisqu'elle n'intervient, en quelque sorte, qué pour
combler les lacunes de l'éducation; cependant elle est un complément indispensable de celleci. Mais la LÉGISLATION, telle qu’elle existe aux époques organiques, et telle que nous la concevons pour l'avenir principalement, n’a rien de commun avec ce que l’on comprend sous ce nom aux époques critiques.
; Ce qu'on appelle Loi, aujourd’hui, est une divinité mystique devant laquelle on s'incline d’autant plus profondément, que l’on fait plus hautement profsssion de ne point se soumettre aux hommes, ce qui n’est, après tout, qu’une forme à l’aide de laquelle on cherche à se soustraire à toute direction, à toute autorité, puisque la Loi, séparée des hommes, n'étant plus qu’un être de raison, sans volonté et sans puissance, prétendre n'obéir qu’à la loi, c’est en définitive prétendre ne point obéir.
Cette distinction établie entre la loi et les hommes doit sans doute paraître surprenante de la part de la génération qui, par-dessus tout, se prétend douée de l'esprit positif; mais, en. considérant attentivement de quelle manière se produit la législation, on trouve que tout est disposé pour favoriser cette illusion, cette fiction, pour lui donner même une sorte de réalité.
Et en effet, quels sont aujourd'hui les LÉGIs- LATEURS ? Des hommes plus ou moins étrangers aux faits, aux intérêts sur lesquels ils ont à se prononcer, plus ou moins étrangers même les uns aux autres, et qui, rapprochés temporairement, se dispersent pour ne plus se retrouver, dès qu'ils sont parvenus, à l’aide d’une manœuvre délibérante, à produire le règlement qui leur était demandé; restant aussi inconnus à la société, après celte apparition momentanée sur la scène législative, qu'ils l’étaient auparavant, et pe laissant après eux, et dans leur ouvrage même, aucune trace de leur personnalité : de telle sorte que la loi qui est émanée d'eux, et qui leur échappe dès qu'elle est faite, peut se présenter à leurs yeux comme un produit spontané. | |
Cette absence de tout caractère déterminé dans le LÉGISLATEUR se.fait vivement sentir dans la LOI, qui, dans ses prescriptions, dans l’application de ses sanctions, ne fait aucune acception des situations morales différentes dans lesquelles peuvent se trouver les individus, en raison de leurs fonctions et de leur rang dans la société, et qui est réputée d'autant plus parfaite, qu’elle se renferme à cet égard dans une abstraction plus
rigoureuse, c’est-à-dire qu’elle tient moins de compte des seules circonstances qui peuvent déterminer la valeur, la moralité des actes; ou, en d'autres termes encore, qu'elle reste plus étrangère à la vie, à la réalité, qui ne se trouvent, en définive, que dans les différencesqu'elle néglige.
Mais à la loi il faut des interprètes, et il sémble qu’à ee terme au moins elle doit inévitablement se personnifiér; mais ici encore tout est disposé pour prévenir cette personnification : le juge, comme la loi, est une abstraction; Sa seule fonction est de juger, et plus il est étranser aux intérêts dans lesquels s’est produit le désordre qui lui est soumis, plus les individus dont il doit apprécier la moralité lui sont inconnus, et plus aussi sa position est réputée favorablé à l’accomplissement de ses devoirs. L’occasion étant donnée où il est appelé à prononcer, sa tâche se réduit, d'une part, à caractériser le fait d’une manière abstraite, sans avoir égard aux personnes, à leurs fonctions, à leurs quahtés; de l’autre, à rapprocher cette abstraction de la loi; et, si elle l’a prévue, à lui appliquer la sanction qu’élle prononce : de’ telle sorte que le tribunal disparait, et. que c’est la of seulé qui
DE {LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE 497 parait porter la sentence. Le juge, ajouté à la loi, n’est, pour ainsi dire, qu'une impulsion mééanique donnée à une matière inerte ; il peut résulter de là du mouvement, mais non point de la vis, des formules, maïs non point des 1ucE- MENTS ; aussi la plupart des actes de la vie qui seraient susceptibles d'être punis ou récompensés échappent-ils à cette machine, qui ne saurait ni les saisir ni les qualifier; et lorsquelle les atteint, &’est presque toujours d’une maïère violente, znjuste, car C’est sans discernement.
Ce défaut de vie ou de sympathie, et par con- Séquent de discernement, dans la loi et dans le juge, n’est pas resté complétement inaperçu; et dans les cas les plus graves, dans ceux où la pénalité prend le caractère le plus redoutable, on a essayé de le combler par l'institution d'une classe intermédiaire de juges, qui, sous le nom de jurés, sont appelés par le fait, sinon par le droit, à apprécier l'acte déféré à la justice, tel qu’ils le senrenr dans son auteur; mais comme cés juges accidentels, qui sont choisis sans auun égard au rapport qui peut exister entre leurs : occupations habituelles et la fonction qui leur est temporairement dévolue, sont, comme les juges ordinaires, étrangers aux circonstances,
dans lesquelles le délit à été commis, et à l'individu qui en est accusé ; que d’ailleurs il leur est interdit de juger le fait qu’ils constatent, il s’ensuit que c’est encore la parole MORTE de la Lor qui domine dans les jugements où ils interviennent. Le jury, dans certains cas, peut bien tempérer le mouvement aveugle de la machine légale, mais ce n’est pas là encore la Lor VIVANTE.
La Lor vivaNTE ne se trouve qu'aux époques organiques, et: alors la Loi, c’est l’'HOMME; toujours elle a un Nom, et ce nom est celui de son AUTEUR; et d’abord celle qui domine toutes les autres, celle qui a fondé la société, c’est, selon les temps, ou la loi de Numa, ou celle de Moïse, ou celle du Christ, comme dans l’avenir ce sera celle de Saint-Simon. Bien loin alors que la société s’elfarce de mettre dans l'ombre le réars- LATEUR Suprême, dont l’amour prophétique lui a donné naissance, elle s'empare de son nom, elle l’incarne en elle; c'est par ce nom qu'elle est, et c’est en lui qu'elle se glorifie d’être. Toutes les Lois qui, dans la suite des temps, se produisent comme l'interprétation, le développement ou le perfectionnement de la loi révélatrice, deviennent également inséparables de leurs au- TEURS. C'est toujours alors le LÉGISLATEUR que
l’on aime, c’est à lui qu'on obéit. Or ceci s’applique surtout à l’avenir, où doivent achever de se prononcer, de se caractériser, tous les traits de l’orpre social, qui n’ont pu se montrer que d’une manière informe dans les états organiques du passé, puisque ces états n'étaient que préparatoires.
Dans l’avenir, toute Lor est la déclaration par laquelle celui qui préside à une fonction, à un ordre quelconque de relations sociales, fait connaître Sa VOLONTÉ à ses inférieurs, en sanctionnant ses prescriptions par des peines ou par des récompenses.
Tout jugement est l'acte par lequel le supérieur punit ou récompense son inlérieur dans l'ordre des travaux ou des relations qu’il dirige.
Ainsi la Lor est toujours réelle et précise; car elle se rapporte toujours à une situation déterminée, et le LÉGISLATEUR est toujours l’homme qui est le plus en état d’appécier ce qui convient à la situation qu'il règle.
Le jugement est toujours équitable, car le juge est à la fois celui qui AIME et qui connaît le mieux l’ordre qu'il a pour but de maintenir, et Pindividu qu'il juge.
Mais le fait sur lequel repose tout cet avenir, la hiérarchie, est justement ce qu'il y a de plus difficile à admettre à une époque comme celle où nous vivons, où la victoire dont on s’applaudit le plus est précisément d’avoir brisé toute hiérarchie, et où la dignité de caractère consiste surtout à ne point reconnaître de supérieurs : c’est donc sur ce fait important, sur ce point fondamental, qu’il est le plus nécessaire d’insister.
Le supérieur, avons-nous dit, est celui qui, dans la sphère où il dispose, aime le plus. Dieu et l'Humanité, ou l'Humaxrré en Dieu : ce qu'il commande à ceux qui lui sont soumis, c’est donc le PROGRÈS, car le progrès est ce qu’ils veulent, et c’est la loi de Dieu. Le supérieur veut s’élever; mais la destination qui lui est donnée est d'élever d’autres hommes; il ne peut donc s'avancer dans la voie du progrès qu'en y faisant avancer ses inférieurs; l’amour qu'il leur porte n’est donc, sous un point de vue, que l’amour qu'il a pour lui-même.
L'inférieur aime le supérieur, çar il tend au PROGRÈS, et IL NE PEUT Y TENDRE QUE PARCE QU IL AIME CE QUI EST AU-DESSUS DE LUI. Il obéit avec joie, car l’obéissance l’identifie avec le supé-
rieur; l'amour qu'il lui porte vient donc aussi se confondre avec celui qu'il a pour lui-même.
L'amour, sous son double aspect, concenrique et excentrique , l'amour de soi et l’amour des autres, voilà, messieurs, la base de la hiérarchie, la raison de l’AuroriTÉ et de l’o- BÉISSANCE que nous désirons et que nous AN- NONÇONS. |
Et maintenant, en résumant toui ce que nous avons dit sur l’ordre social qui doit s'établir, comparez l'état d'indépendance où nous vivons, dans lequel chaque homme nait sans destination, grandit péniblement au milieu de circon- Stances qui lui ont été fatalement imposées, se place plus péniblement encore dans le monde, et presque toujours en raison inverse de ses goûts, de sa capacité, rencontrant à chaque pas des obstacles, des rivaux qu'il doit combattre, écarter sans aucun secours, car tous sont occupés individuellement, isolément comme lui, à se pourvoir, à se défendre ; comparez cet état à celui dans lequel chaque homme, à sa naissance, trouve une main amie et toute-puissante qui vient soutenir ses premiers pas, l'aider à chercher la carrière qu'il doit parcourir, lui donner les forces dont il a besoin pour y marcher, le mettre enfin
en possession de la place qui lui était marquée par Dieu, et à ce terme encore le soutenir, le guider, l’assisier sans cesse, el vous verrez, vous sentirez que. l’INDÉPENDANCE QU'ON nous vante n’est que servitude et fatalité, et que le règne de l’AUroRITÉ que nous annonçons est celui de la LIBERTÉ, de Îàa PROVIDENCE.
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