‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 42 sur 44 · M. Destutt de Tracy · texte numérisé non relu

M. Destutt de Tracy

tribution ; l’autre de mettre en œuvre ces procédés, d’en diriger l'emploi.

Sous les divisions qui précèdent se trouvent compris dans leur généralité tous les aspects sous lesquels l'industrie peut être envisagée, tous les faits que le règlement industriel doit avoir pour objet de mettre en harmonie, de combiner.

La production et la distribution, et, dans chacune d’elles, la théorie et la pratique, n'étant évidemment que des parties d’un seul et même travail, il semblerait d’abord que les hommes dont ies efforts s’exercent dans ces différentes directions doivent être naturellement portés à se rapprocher, à se consulter et à se communiquer leurs travaux dans le but de s’éclairer mutuellement : mais une longue expérience a prouvé qu’il n'en était pas ainsi; que ceux qui se partageaient ainsi le travail industriel, selon les divisions que nous venons d’établir, étaient placés à des points de vue assez différents, assez exclusifs, pour n’apercevoir, pour ne comprendre qu'imparfaitement le lien qui les unissait. En considérant attentivement ce qui se passe à cet égard, on reconnaitra en effet que le producteur, c'est-à-dire ici l’agri-

culteur ou le manufacturier, a principalement pour objet de créer des produits, ne s'occupant que secondairement de leur convenance, de leur opportunité, du rapport dans lequel ils devront se trouver avec les besoins de la consommation, ou, pour parler le langage des économistes, des débouchés au moyen desquels ils pourront être écoulés; que le distributeur ou le commerçant est principalement occupé de répartir les produits existants, tels qu’ils sont, et dans la proportion où il les trouve, et fort peu de s'informer des ressources de la production, ou d'exercer une influence sur ses travaux, sous le double rapport de la nature ou de la quantité des produits ; que le {héoricien a pour but principal de mettre les procédés industriels en harmonie avec les connaissances scientifiques, ne s’inquiétant que subsidiairement de leur convenance pratique, surtout sous le rapport économique, tandis que le praticien se propose de tirer le plus grand parti possible des procédés dont il est en possession et dont il a fait l'expérience, et n’a qu’une faible tendance à en chercher de plus parfaits.

Et cependant tous ces travaux sont dans une dépendance intime; les progrès, la prospérité

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des uns, sont subordonnés aux progrès, à la prospérité des autres; il faut donc qu’ils soient combinés, qu'ils soient Lrés : il faut que dans tous les temps la production soit tenue au courant des besoins de la consommation, afin de connaître la direction qu'elle doit donner à ses travaux, el les limites dans lesquelles elle peut les étendre, que|la distribution soit toujours informée des ressources de la production, afin de régler, de ménager en conséquence ses opérations; que les lacunes de la pratique soient toujours signalées à la fhéorie, pour que celle-ci dirige ses efforts dans le but de les faire disparaître, et qu’enfin les perfectionnements de la théorie soient introduits dans la pratique à mesure qu'ils s’opèrent.

Dernièrement, en parlant de la science, nous avons dit que les travaux de diverses natures qu’elle comportait ne pouvaient être unis, combinés, que par une puissance de même nature que celle que nous avions reconnue nécessaire pour lier entre elles la science et l'industrie; il en est de même des travaux de cette dernière partie de, l’activité humaine, qui ne peuvent être LIÉS que par un homme qui, concevant la destination de l'humanité, particulièrement sous

le point de vue de l'amélioration de sa condition physique, et aimant, en conséquence, d'un égal amour, tous les travaux de l’industrie, tous les hommes qui les exécutent,/parce que tous sont également nécessaires à l’accomplissement de cette destination, puisera dans son amour le pouvoir de les faire sortir de leur isolement, de les réunir en un faisceau, de les faire concourir harmoniquement au but qu'ils sont appelés à atteindre. — Quiconque, avons-nous dit, est capable de Lier des hommes dans [a vue de leur destination est un PRèTRE; de même qu'il doit y avoir un PRÊTRE DE LA SCIENCE, 1l y aura donc aussi un PRÊTRE DE L’INDUSTRIE.

C’est par lui que les industriels, dans leurs rapports entre eux, Seront LIÉS, ASSOCIÉS, GOU- VERNÉS; que le travail de l’industrie, avec la dotation sociale qui y sera affectée, sera distribué entre les branches diverses dans lesquelles il se subdivise, entre les différentes localités où il devra s'effectuer, enfin entre tous les membres de l’atelier industriel, qu'il classera selon leur capacité et rétribuera selon leurs œuvres. C’est par lui que l’industrie, qui n’est sortie de l'esclavage que pour tomber dans l'anarchie, entrera pour la première fois dans la carrière

DE LA DOCTRINE SAINT-SIMONIENNE 413 de la liberté et de l'ordre, et verra s'ouvrir pour elle les portes du temple dans lequel ses destinées, révélées par Sainr-Simox, l’appellent enfin à prendre place.

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