‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 10 sur 94 · CINQUIÈME OPINION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME OPINION

Sur la nécessité de faire une nouvelle Eneyclopédie pour préparer

la réorganisation sociale.

Nous avons dit dans notre première opinion :

« La philosophie est la science des généralités ; la principale occupation des philosophes consiste à concevoir le meilleur système d'organisation sociale, pour l’époque où ils se trouvent, à en délerminer l'admission par les gouvernés el par les gouvernants, à perfectionner le système autant qu’il en est suscepbible, à le renverser ensuite, quand il est parvenu aux extrêmes limites de son perlectionnement, pour en construire un nouveau avec les matériaux rassemblés, dans toutes les directions particulières, par les hommes livrés à des travaux intellectuels spéciaux. »

Nous allons faire application de ce principe

aux circonstances dans lesquelles se trouve la

société européenne ; nous allons constater l’or-

dre de travaux dont les philosophes doivent

s'occuper présentement.

QUELQUES OPINIONS PHILOSOPHIQUES 102 Depuis le xv° siècle, le système théologique et féodal n'étant plus susceptible de perfectionnement et ayant rendu à la société tous les services qu’elle pouvait en attendre, les philosophes ont travaillé à lerenverser et à l’anéantir aussi complétement que l'avait été précédemment celui des Grecs et des Romains.

Les philosophes ont attaqué ce système d'abord sous le rapport théologique; ils l'ont combattu ensuite sous le rapport féodal, et ils ont fini par le critiquer en même temps sous tous les rapports spirituels et temporels.

Pour le renverser complétement, pour l’anéantir entièrement, pour le faire disparaitre du système des idées, ils se sont réunis en société ; et tous les membres de cette société ont travaillé à un ouvrage commun, à une encyclopédie, dans laquelle ils ont analysé toutes les idées, et démontré que l'influence exercée sur

chacune d'elles par les principes théologiques et féodaux était nuisible à la société.

La publication de l'Encyclopédie doit être con-

sidérée comme étant la cause majeure qui a dé- ° terminé la révolution, crise terrible, mais salutaire dans ses résultats, puisqu'elle a procuré à la sociélé les moyens de s'organiser d'une ma-

nière beaucoup plus avantageuse pour le bien publie qu'elle ne l'était sous le régime théologique et féodal. |

Les philosophes du xvin° siècle ont bien rem pli leur tâche; ils ont complétement atteint leur but, puisque l’opinion publique ne soutient plus aucune des anciennes institutions, la royauté seule exceptée, ce qui a été complétement prouvé par l'inutilité des efforts faits par Bonaparte pour rajeunir l'institution de la noblesse.

Maintenant, c’est aux philosophes du xix° siècle à commencer la tâche qui est d'une matière très-différente de celle qui a été remplie par ceux du xvir.

Les philosophes du xix° siècle doivent se coaliser pour établir d’une manière générale el complète la démonstration que les principes industriels et scientifiques sont les seuls qui puissent servir de fondement à l’organisation sociale dans l’état présent des lumières et de la civilisation, ou plutôt pour prouver que, dans l'état présent des lumières et de la civilisation, la société peut s'organiser de manière à tendre directement vers l'amélioration de son bien-être moral et physique. 4

Les philosophes du xvin* siècle ont fait une

Encyclopédie pour renverser le système théologique et féodal. Les philosophes du xix° doivent aussi faire une Encyclopédie pour constituer le système industriel et scientifique.

Toutes les idées doivent y être analysées de manière à prouver que le bien général résultera nécessairement de l'influence qu'exérceront sur elles les principes scientifiques et industriels, en remplacement de celle qu'avaient exercée jusqu'à présent sur la société les principes féodaux et théologiques.

Tous les travaux dont laréunion formera l'Encyclopédie européenne doivent être mis au con- COUrS.

L'empereur Alexandre à senti que la grande question de l'organisation sociale européenne avait besoin d’être examinée, après la secousse politique violente que l’Europe venait d'éprouver. Il s'expliqua très-franchement à ce sujet, il y a quelques années, dans la Diète de Pologne ; voici à peu près le langage que ses ministres y ont tenu :

« Certainement les progrès des lumières et « de la civilisation ont nécessité de grands « changements, mais les changements dont la « société a besoin doivent s’opérer d’une ma-

nière pacifique ; les projets de changements qui seront présentés ne doivent point être de nature à provoquer de nouvelles insurrections; les novateurs ne doivent point appuyer leurs raisonnements par des baionnettes. Le gouvernement examinera les idées nouvelles sur l'organisation sociale, qui lui seront présentées dans les formes convenables; mais 1l punira sévèrement de nouvelles insurrections. »

Nous répondons à l'appel fait aux philoso-

phes par l’empereur Alexandre, et nous lui fai-

sons hommage de notre projet d'Encyclopédie, ainsi qu'aux autres puissances et à tous les rois de l’Europe.

DE

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