AVANT-PROPOS
Ce quatrième cahier sera divisé en deux parties, et il présentera cela de remarquable, que les deux parties dont il sera composé auront un caractère bien distinct, quoique les mêmes idées soient exposées dans l’une et dans l’autre,
Dans la première partie, nous ne nous adresserons qu à la seule raison ; nous exposerons le système d'organisation sociale réclamé par l'état des lumières et par les progrès de la civilisation ; nous mettrons en évidence cette vérité qui doit servir de base à toute la politique actuelle : les intérêts généraux de la société, tant sous les rapports physiques que sous les rapports moraux, doivent étre dirigés par les hommes
dont les capacités sont de l'utilité la plus générale et la plus positive.
Dans la seconde partie, nous essaierons de faire entrer en activité les passions généreuses des hommes qui possèdent les capacités les plus positives. Nous ferons tous nos efforts pour diriger leurs travaux vers le plus grand but d'utilité publique qui puisse être conçu, celui de faire entrer dans leurs mains la haute direction de la société; c'est-à-dire, nous tâcherons de passionner les hommes les plus capables pour leurs intérêts particuliers, ce moyen nous paraissant le meilleur pour obtenir des résultats avantageux au bien public, attendu que les intérêts particuliers des hommes les plus capables sont ceux qui peuvent servir le mieux les intérêts géné- Taux.
Nous croyons devoir joindre à cette annonce un aperçu des idées qui seront exposées dans ce cahier, et des raisons qui nous ont déterminés à discuter ces idées de deux manières différentes.
L’esclavage qui a pesé tant de siècles sur la classe industrielle, c’est-à-dire, sur l'immense majorité de la nation, n’a encore été complétement anéanti qu'en France. C'est seulement de-
puis la révolution, et par l'effet de la révolution, que ses derniers restes ont disparu ; et ce n’est par conséquent que depuis cette époque, et en France seulement, qu’il est devenu possible de travailler à l'établissement d’une organisation sociale ayant directement pour objet l’amélivration du sort de la majorité. Car jusqu à l'entière abolition de l'esclavage, la politique n’a pu employer que des moyens indirects pour atteindre à ce grand but.
D. Quoique vous ne présentiez dans cet avant-propos vos idées que par aperçu, il est indispensable que vous constatiez, au moins par apercu, l'exactitude des faits qui servent de base à vos opinions.
Montrez-nous que c’est seulement en France, el par l'effet de la révolution, que les restes de l'esclavage ont été complétement anéantis. Beaucoup de personnes pensent, en opposition avec ce que vous avancez, que l'esclavage était anéanti en France longtemps avant la révolution; et un plus grand nombre imagine que les États-Unis d'Amérique avaient effectué chez eux cetle grande amélioration avant que la nation française eût commencé sa révolu- (ion.
R. En 1789, au moment que la révolution a éclaté, il y avait encore en Franche-Comté et sur plusieurs autres points du territoire français des mainmortables; ainsi l'esclavage existait encore dans un état de grande crudité à l'égard d’une partie de la nation, le corps entier de la nation supportait, à cette époque, des restes d’esclavage, puisque l’ancien axiome féodal point de terre sans seigneur, était encore admis, et qu'il ne fut entièrement aboli que dans la célèbre nuit du 4 août; puisque l'immense majorité de la nation était encore, suivant l’aimable expression de la noblesse, far/lable et corvéable à merci.
Quant aux États-Unis d'Amérique, l'esclavage des Nègres subsiste encore dans la Virginie et dans les autres États méridionaux, et il existe dans les États seplentrionaux une classe nombreuse d'hommes qu’on appelle engagés, et qui se trouvent, pendant la durée de leurs engagements, dans un véritable esclavage, ceux qui les ont achetés des capitaines qui les ont amenés d'Europe, ayant le droit de les vendre pour le temps de leur engagement,
D. Si vous désirez donner au lecteur par cet avant-propos une idée précise des opinions
que vous produirez dans le cahier, il est nécessaire que vous éclaircissiez plusieurs autres points; par exemple, celui-ci :
Vous prétendez que l'anéantissement de quelques légers restes d'esclavage qui subsistaient encore en 1789, doit déterminer un changement radical dans l’organisation sociale. Votre opinion à cet égard a grand besoin d'être motivée, car l'expérience des siècles prouve que les améliorations dans l’or- Janisalion sociale ne se sont opérées que graduellement, successivement, et très-lentement. On a vu l'esclavage devenir de moins en MOINS rigoureux à mesure que les lumières ont fait des progrès; on a vu le système d'organisalion Sociale se perfectionner à mesure que l'esclavage est devenu moins rigoureux.
Quelques légers restes d’'esclavage subsis- {aient encore en 1789, la révolution les à anéantis : il doit certainement en résuller un perfectionnement dans l’organisation sociale; mais nous ne Voyons point de raison pour que te changement soit radical; nous ne Concevons point pourquoi la politique qui à précédé cet événement se trouverait séparée de
celle qui le suivra par une ligne de démarcation fortement tracée.
R. Si on observe la manière dont se développent les individus de l'espèce humaine, au moral et au physique, depuis leur naissance jusqu'à leur virilité, on reconnait que leur développement ‘s'opère de deux manières différentes, et qui concourent cependant vers un but commun, celui du plus grand développement de leurs forces morales et physiques dont leur organisation soit susceptible.
Depuis la naissance des individus jusqu'à l'époque de leur virilité, il s'effectue en eux un perfectionnement du moral et du physique, qui est graduel et continu, mais qui est très-lent.
Ils éprouvent aussi plusieurs crises qui déterminent en eux des progrès généraux et trèsrapides.
L'âge de sept ans est signalé chez eux par une crise de dentilion, à la suite de laquelle leurs facultés.sentimentales, et leur capacité en mémoire, prennent un accroissement subit.
Vers l’âge de quatorze ans, les passions tendantes à s'affranchir de la dépendance à l'égard des parents, et à former des liaisons de son choix, s'enflamment dans l'individu, en même temps
qu'il acquiert la faculté de produire son semblable.
À vingt et un ans, l’homme, parvenu au développement complet de ses forces morales et physiques, acquiert le caractère qui est propre à son individu; ses facultés se coordonnent et se dirigent vers le but qui attrait le plus spécialement son organisation particulière.
Si l’on observe ensuite les lois et les usages que la société a établis pour régler sa conduite à l'égard des enfants, depuis leur naissance jusqu'à leur vingt et unième année, on voit que les .législateurs ont reconnu l'existence et les effets des trois crises dont nous venons de parler, et qu'ils ont proportionné les droits qu'ils ont accordés à la génération ascendante, d’après l'opinion qu'ils ont conçue du développement intellectuel qu’elle devait acquérir à sept, à quatorze et à vingt et un ans.
Et il est de fait qu'ils ont déciaré les enfants au-dessous de sept ans incapables de commettre des péchés, c'est-à-dire incapables de régler euxmêmes leur conduite, et par conséquent de commeltre des fautes dont ils fussent responsables, et qui fussent justiciables dés lois divines ou humaines ; ils ont, en conséquence, construit la loi
de manière que les dispositions relatives aux enfants avant leur septième année n'ont pour objet que d'établir une surveillance générale de la société sur la conduite de leurs protecteurs naturels, et de fixer les moyens de les remplacer quand ils viennent à leur manquer.
Les législateurs n’ont soumis qu’à des punitions correctionnelles les enfants jusqu’à l’âge de quatorze ans, quelque-graves que fussent les fautes qu'ils vinssent à commettre, et ils les ont admis seulement à l'émancipation, dans le cas où ils auraient perdu leurs parents.
C'està l’âge de vingt et un ans qu'ils ont fixé la majorité comme étant l’époque à laquelle les individus ont, en général, acquis un développement d'intelligence suffisant, et une capacité de prévoyance assez étendue pour que les intérêts généraux de la société n’exigent plus qu'ils restent soumis à une surveillance parliculière.
Si, à la suite de cette classe d’observations, l’on examine les usages admis par l’Université, relativement à l'éducation et à l'instruction publique, on reconnait qu'ils cadrent très-exactement avec les dispositions législatives dont nous venons de parler,
L'instruction publique des enfants ne commence pas avant l'âge de sept ans.
Depuis sept ans jusqu’à quatorze, l'éducation joue un rôle plus important que l'instruction, c’est-à-dire que les surveillants de la conduite des enfants, pendant ce laps de temps, exercent dans les pensions et dans les colléges une plus grande influence sur eux que les professeurs dont ils reçoivent l'instruction.
Depuis quatorze ans jusqu'à vingt et un ans, l'influence des professeurs sur les élèves est beaucoup plus grande que celle exercée sur eux par leurs surveillants.
Et à vingt et un ans, ceux qui continuent à suivre‘des cours au Collége de France ou dans d’autres établissements d'instruction publique se trouvent débarrassés de toute espèce de surveillance,
Enfin, si l’on observe le degré de développement intellectuel auquel se trouve aujourd’hui parvenue la nation française (qui s'est placée, par sa révolution, en tête de l'espèce humaine sous le rapport de la civilisation), on reconnait qu'elle a subi sa troisième crise, et que son âge social actuel correspond à celui de vingt et un ans pour les’ individus; on reconnait aussi
qu'elle a proclamé sa majorité dans la nuit du 4 août, en abolissant toutes les institutions dérivées de l’état d'esclavage, qui avait été la situation primitive de la classe industrielle, c'està-dire du corps de la nation.
Et après cela, si on veut produire une conclusion, on combinera ensemble les observations de différentes espèces que nous venons de présenter, on les méditera, et on en tirera nécessairement la conséquence suivante :
Le peuple français, étant parvenu à sa majorité comme nation, par l'effet des progrès de son intelligence, il doit en résulter un changement radical dans son organisation sociale.
Parvenu au point de vue le plus élevé qui puisse se rencontrer sur la route de la civilisation, en suivant le sentier que nous venons de tracer, le philosophe découvrira d’une part le passé le plus reculé, de l’autre lavenir le plus éloigné; il apercevra dans le fond du tableau la formation de l'esclavage, institution philanthropique pour l’époque de son établissement, puisqu'elle a sauvé la vie à des milliards d'hommes ; puisque nous lui devons l'immense population à laquelle est parvenue l'espèce humaine, puisqu'elle a été favorable aux progrès des lumières,
en fournissant le moyen à la classe des maitres de s'occuper du dévoloppement de leur intelligence; ce qu'ils n'auraient pu faire sans l’établissement de l'esclavage, puisque leur temps et leurs forces auraient été occupés par les travaux nécessaires pour satisfaire leurs premiers besoins. Il considérera ensuite, avec une vive satisfaction, en suivant de l'œil cette partie de la route jusqu'au point où il se trouvera placé, l’adoucissement de l'esclavage, le progrès des lumières, l'amélioration graduelle du sort de l’espèce humaine, et enfin, chez la nation française qui forme aujourd’hui son avant-garde, l’anéantissement complet de l'esclavage et l'aptitude à recevoir une organisation sociale, ayant directement le bien de la majorité pour objet.
Se tournant ensuite du côté de l'avenir, il apercevra, dès les premiers pas à faire sur la route de la civilisation, la formation de trois grands professorats, ayant pour objet l’enseignement des principaux éléments de la science sociale, SAVOIT :
Une chaire, ou plutôt des chaires assez multipliées en France, pour enseigner aux industriels de-tous les genres et de tous les degrés d'importanée, la conduite politique et industrielle qu'ils
doivent tenir pour leur bien personnel et pour la plus grande satisfaction de leur classe, ainsi que pour développer en eux un grand sentiment de dignité, en leur apprenant que leur classe étant celle qui possède la plus grande capacité en administration, ce sont les plus importants d'entre eux qui doivent être chargés de diriger la haute administration de la fortune publique.
Une chaire de morale où on enseignera comment chaque individu, dans quelque position sociale qu'il se trouve, peut combiner son intérêt particulier avec le bien général, et dont les professeurs feront sentir à leurs auditeurs que l'homme se soumet volontairement au plus grand mal moral dont il puisse être afiligé, quand il cherche son bien-être personnel dans une direction qu'il sait être nuisible à la société ; tandis qu'il s'élève au plus haut degré de jouissance auquel il puisse atteindre, quand il travaille à l'amélioration de son sort personnel dans une direction qu'il sent clairement être utile à la majorité.
Une chaire de sciences positives, dans laquelle on enseignera les moyens généraux de modifier, de la manière la plus avantageuse pour l'homme, les phénomènes de la nature sur lesquels il peut
exercer son influence, et dans laquelle on enseignera aussi comment chaque individu peut combiner son intérêt particulier avec l'intérêt général, et le grand avantage qui résulte pour chacun de bien faire cette combinaison.
De ce point de vue, le philosophe, à chaque coup d'œil alternatif qu'il donnera sur le passé et sur l'avenir, apercevra de plus en plus, des différences tranchées entre l'existence sociale de nos devanciers et celle de nos successeurs; il reconnaitra que chez nos devanciers, le premier degré d'importance sociale était accordé à la naissance, à la faveur et à la capacité de gouverner, et en se retournant du côté de l’avenir, il apercevra l’importance sociale obtenue par la plus grande capacité en morale, en science ou en industrie.
En regardant les peuples en masse dans le passé, il les verra luttant entre eux à main armée ; en les considérant dans l'avenir, il les verra rivalisant entre eux sous les trois grands rapports de la morale, de la science et de l'industrie.
Jusqu'à ce jour, les hommes ont marché dans la route de la civilisation à reculons, du côté de l'avenir ; ils ont eu habituellement la vue fixée
sur le passé et ils n’ont donné à l'avenir que des coups d'œil très-rares et très-superficiels. Aujourd’hui que l'esclavage est anéanti, c’est sur l'avenir que l'homme doit principalement fixer son attention.
L'action de gouverner a dû être, jusqu'à l’anéantissement de l'esclavage, l’action prépondérante; aujourd'hui, et de plus en plus, elle ne doit plus être qu'une action subalterne.
Voilà l'indication la plus claire que nous puissions donner en peu de mots des idées les plus générales que nous développerons, que nous discuterons, et que nous préciserons dans ce cahier.
Il nous reste maintenant à expliquer, mieux que nous n'avons pu le faire en tête de cet avantpropos, en quoi différera la manière dout nous exposerons ces idées dans la première et dars la seconde partie de ce cahier.
Prospectus de la première partie.
Nous récapitulons les progrès de la civilisation depuis Socrate jusqu'à ce jour.
En résumant cette récapitulation, nous trou-
vons et nous prouvons que l'adoption du plan d'organisation sociale que nous avons esquissé dans cet avant-propos est une suite naturelle et une conséquence forcée des précédents de notre civilisation depuis vingt-quatre siècles. Nous examinons ensuite la manière dont il doit être procédé à l'établissement de cette nouvelle organisation sociale, et nous traçons clairement la marche qui doit être suivie pour effectuer ce changement radical, sans que la tranquillité puisse être troublée un seul instant, sans même que le gouvernement ni le public puisse concevoir la moindre inquiétude à cet égard. | Enfin nous mettons en évidence cette vérité importante, qui résulte de la manière dont nous avons combiné la transition : c’est que l’établissement de la nouvelle organisation sociale ne se trouve en contravention avec aucune des dispositions de la Charte, et que, loin de nuire à la royauté, elle en rendra l'existence plus brillante, plus importante et plus satisfaisante pour nos rois, tout en les mettant à l'abri des nombreux dangers auxquels ils ont été exposés, et des malheurs qui leur sont arrivés par l'effet des
imperfections qui se sont trouvées dans la ma-
18 ŒUVRES DE SAINT-SIMON nière dont la royauté a été considérée Jusqu'à cé
jour.
Prospectus de la seconde partie de ce cahier.
Nous nous adressons d'abord aux hommes les plus distingués dans les capacités les plus géncrales et les plus positives, pour leur dire :
Messieurs les industriels, les moralistes et les savants, depuis que la nation a proclamé sa majorité en anéantissant complétement les restes de l'esclavage, ses intérêts moraux et physiques doivent être dirigés par les hommes les plus capables ; c'est-à-dire, ils doivent être dirigés par vous, et la capacité de gouverner ne doit plus exercer qu'une action secondaire dans l'organisation sociale. Cependant les choses restent encore à peu près sur l'ancien pied. Le nombre des fonctionnaires publics est immense, les sommes qu'ils coûtent à la nation sont énormes ; partie de ces fonctionnaires ne doivent les places lucratives qu'ils occupent qu'à la considération que le gouvernement continue à accorder à la naissance, et l’autre partie ne doit son avance-
C TÉCHISME DES INDUSTRIELS 19
ment qu'à l’opimon favorable que le gouvernement conçoit de leur capacité pour gouverner. D'où peut provenir, Messieurs, le retard que la société éprouve dans l’allégement qu’elle pourrait obtenir ?
Ce retard, dans l'amélioration de notre existonce sociale, provient évidemment de vous, de votre apathie en politique. Réveillez-vous donc! tant que vous ne vous montrerez pas disposés à exercer les nouveaux droits, et à remplir les nouveaux devoirs qui résultent pour vous du fait que la nation est devenue majeure, nous ne profiterons point des avantages que l’état présent, que nos lumières et notre civilisation peuvent nous procurer,
C'est à vous, Messieurs les industriels les plus importants, à dire comment vous comptez administrer la fortune publique quand vous serez chargés de ce soin, et à prouver à la reine du monde, c’est-à-dire à l'opinion publique, que vous ladministrerez d'une manière beaucoup plus profitable pour la majorité de la nation qu’elle ne l’a été jusqu'à ce jour.
C'est à vous, Messieurs les moralistes, à prouver que le principe fondamental de la morale divine, ne failes pas à autrui ce que vous
ne voudriez pas qu’il vous fit, est susceptible d'applications tout à fait neuves etinfiniment plus précises depuis que les progrès des lumières ont permis d'anéantir complétement les restes de l'esclavage.
C'est à vous, Messieurs les savants, à présenter des idées claires sur la manière dont les intérêts particuliers peuvent se combiner avec les intérêts généraux, et à tracer un plan d'instruction publique tel, que les connaissances positives acquises soient répandues le plus promptement possible dans toutes les classes de la société et dans tous les rangs.
Et en nous adressant séparément, ainsi que nous venons de le faire, à chacune de ces grandes capacités positives, nous dirons clairement :
Aux industriels, les principes fondamentaux d'après lesquels ils doivent administrer la fortune publique ;
Aux savants, la manière dont ils doivent s'y prendre pour établir une bonne combinaison des intérêts particuliers avec l'intérêt général ;
Aux moralistes, les conséquences qu'ils doivent tirer dans les circonstances actuelles du principe de morale divine : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fit, principe
qui doit régler la marche de la société plus qu'il ne l’a jamais fait jusqu'à ce jour, attendu qu'il n a pu être appliqué aux rapports entre les gouvernants et les gouvernés, entre ceux qui font la loi et ceux qui y sont soumis, sans l'avoir fait que d’une manière très-indirecte, tant que le progrès des lumières n’est pas parvenu au point nécessaire pour permettre l’entier anéantissement de l'esclavage.