‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 53 sur 94 · CONSIDÉRATIONS DIRECTES SUR LES ROMAINS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS DIRECTES SUR LES ROMAINS

Ce sont les Romains qui ont organisé le théisme. Ce sont eux qui ont été les fondateurs du droit public, et qui ont fait faire les plus grands progrès à cette science. Voilà les deux rapports sous lesquels ce peuple a contribué au développement de l'intelligence générale ; voilà les deux travaux qui ont constitué l’individualité morale de ce peuple. La production de ces deux actes d'intelligence lui a donné un caractère qui le distingue des peuples qui l'ont précédé et de ceux qui l’ont suivi.

Une réflexion piquante se présente certaine ment dans ce moment à l'esprit du lecteur : c’est que la grande réputation que les Romains ont acquise et dont ils jouissent encore aujourd’hui dans l'École, est fondée sur ce qu'ils ont fait pendant les cinq cents années qu'ils ont vécu sous le régime républicain ; tandis que c’est sous le régime impérial qu'ils ont fait des pas en avant de ceux des Grecs ; ces pas ou progrès ont été l'établissement du théisme et la fondation du droit civil. Ges deux progrès étaient bien importants, car 1l était impossible de fonder sur

le polythéisme, religion qui n'avait pas le caractère unitaire, une société politique nombreuse, composée de peuples ayant des langues et des coutumes différentes, et obtenant de leurs sols des produits qui n'étaient pas les mêmes. Les Grecs, qui étaient polythéistes, ont beau avoir été grandis par leurs historiens, ils n'étaient cependant qu'une population peu nombreuse, parlant tous la même langue, et habitant un pays d’une très-petite population ; tandis que les Européens modernes, qui sont réunis en société politique, sont très-nombreux, habitent un vaste pays, parlent dix langues différentes, et usent, suivant la latitude qu'ils habitent, de nourritures très-variées. [n'y avait en Grèce que très-peu d'hommes libres. Dans l'Europe moderne, cent cinquante millions d'hommes jouissent de leurs droits civils ; c’est l'institution du droit eivil, inconnue aux Grecs, qui a amené cet heureux changement.

Les deux choses qui me restent pour le moment à dire sur les Romains ne concernent pas d’une manière très-directe les progrès de l'esprit humain, elles ne sont done pas du premier degré d'importance ; mais le lecteur les trouvera, je crois, fort intéressantes, parce qu’elles sont rela-

tives aux événements du Jour, qu'elles ont un rapport direct avec les grands événements qui se passent sous nos yeux. L'une est l'esquisse d'une comparaison entre les Romains et les Anglais, sous le rapport de la tendance de ces deux peuples à la domination universelle ; l’autre est l’esquisse d’une autre comparaison que j'établirai entre la crise dans laquelle l'espèce humaine s’est trouvée sous les premiers empereurs, et celle dans laquelle nous sommes engagés.

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