‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 56 sur 94 · ONZIÈME TERME · texte numérisé non relu

ONZIÈME TERME

C'est Charlemagne qui a été le fondateur de la Société européenne. C’est lui qui a solidement uni les différents peuples qui la composent, en les attachant tous à Rome par le lien religieux, et rendant cette ville indépendante de toute puissance temporelle. Depuis Charlemagne jusqu’à ce jour, la Société européenne a été constamment la plus forte sous le rapport matériel; mais sous celui de l'intelligence, elle ne s’est placée en première ligne que depuis l'époque où les Maures ont été expulsés de l'Espagne, et elle n’a

fait faire encore aucun pas général à l'esprit humain; tous les progrès que cette Sociélé a faits dans les sciences ont été des progrès partiels, c'est-à-dire qu'elle n'a encore perfectionné que les sciences particulières. 5es travaux jusqu'à ce jour ne peuvent donc être considérés que comme des travaux préparatoires, pour la réalisation d’une amélioration générale dans le Système des idées. L'analyse de ses iravaux, depuis le xv° siècle jusqu'à ce jour, donne pour résultat la désorganisation achevée du système scientifique organisé il y à deux mille ans, et l’organi-

sation très-avancée du système scientifique dont les Arabes ont posé les bases pendant le califat d'Almamoun ; mais ce résultat, je le répète, n'est point un pas général.

Les Européens modernes, c'est-à-dire nous, n'avons point encore mérité d'être placés par l'historien impartial, par celui qui ne veul point flatter ses contemporains, sur la ligne des Égyptiens, des Grecs, des Romains et des Sarrasins. Les premiers ont établi la division entre l'idée cause et celle effet ; ils ont organisé le système des idées religieuses ; les seconds on organisé le polythéisme ; les troisièmes ont organisé le théisme, et les derniers ont substitué l’idée de

plusieurs lois régissant l'univers à celle d’une cause animée qui constitue le théisme. Voyons maintenant ce que nous avons fait. Nous avons, je le répète, continué les travaux des Sarrasins, et nous les avons perfectionnés ; mais nous n'avons pas encore fait converger les idées de plusieurs lois vers celle d’une seule loi, ou du moins nous n'avons pas encore réorganisé le système scientifique et le système d'application, d'après la conception d’une loi unique. Cette opération n'étant point encore faite, elle appartient à l'avenir ; cela nous oblige à établir un douzième terme pour en parler. |

Je prie le lecteur de se rapeler cette phrase de la préface : L'avenir se compose des derniers termes d'une série dont les premiers constituent le passé. Ainsi, l'étude de la marche que l'esprit humain a suivie nous dévoilera celle qu'il suivra. Je le prie d'examiner si cet aperçu de l'application du principe n’est pas une preuve certaine de sa justesse; je le prie de quitter un moment les yeux du manuscrit et de réfléchir sur . ce qui doit arriver : il verra que ce qu'il pensera sera la chose qu'il trouvera écrite dans le terme suivant.

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