‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 57 sur 94 · DOUZIÈME TERME · texte numérisé non relu

DOUZIÈME TERME

Le système général de nos connaissances sera réorganisé ; son organisation sera basée sur la croyance que l'univers est régi par.une seule loi immuable. Tous les systèmes d'application, tels que les systèmes de religion, de politique, de morale, de législation civile, seront mis en accord avec le système de nos connaissances.

Je n’entrerai pas pour le moment dans de plus grands détails, relativement à la marche passée et future des progrès de l'esprit humain. Si j'en ai parlé dans cette première partie, c'est épisodiquement, c'est par anticipation, par conséquent cela n'a dù être que par aperçu. Ce qui m'a engagé à le faire, c'est que j'ai observé que l’esprit humain avait besoin de prendre connaissance de l'ensemble d'une conceplion pour s'intéresser au développement des détails, et son attention étant très-bornée, il a besoin que, dans le cours d'un travail, l’ensemble lui soit souvent remis sous les yeux ; c'est ce que je ferai.

L'objet que je me propose dans ce travail est d'établir une série de comparaisons dont le premier terme soit la comparaison entre les corps

bruts et les corps organisés, dont les termes suivants soient les comparaisons entre les structures des différents corps organisés, depuis celui qui est le moins organisé jusques et y compris l’homme, qui est le plus organisé de tous, et de faire voir que l’homme n’a joui d'abord que de Ja supériorité d'intelligence qui résultait directement de sa supériorité d'organisation.

Le développement de cette première partie de la série est l’objet direct de la première partie de ce mémoire. de développerai dans la seconde partie la deuxième portion ‘de la série qui est la comparaison progressive des différents états de l'intelligence, aux différentes époques de l'existence de l'Espèce humaine, et qui donne pour résultat les conjectures les plus solidement fondées qu’il soit possible d'établir sur l'avenir de l'Espèce humaine. Je parlerai de l'ensemble da la série ; Je la passerai en totalité en revue dans la première et dans la seconde partie de ce mémoire, avec celte différence que, dans cette première partie, je pèserai davantage sur les premiers termes que sur les derniers, et que ce sera le contraire dans la seconde‘. Je termine ici ce

1. Vous qui prenez la peine de lire mon travail, et à qui je demande des conseils, dites-moi ce que vous pensez sur

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 175 long épisode, et je reviens à la question que je vais rappeler au lecteur, qui serait bien excusable de l'avoir perdue de vue.

la question suivante. Mettez votre opinion par écrit sur le verso que j'ai laissé en blanc pour vous faciliter les moyens de me donner vos avis. Vous me rendrez un véritable service; car je n’ai aucune idée arrêtée sur le parti que je dois prendre. |

Les idées que je présente sont partie de Vicq-d’Azyr, partie de moi. C’est lui qui a posé les principes; c’est moi qui ai tiré les conséquences. C’est lui qui a trouvé les premiers termes de la série; c'est moi qui ai posé les derniers. Trois modes de rédaction se présentaient à moi: l’un de faire l'honneur de la série entière à Vicq-d’Azyr, en lui faisant poser tous les termes; l’autre, de me l’attribuer, le troisième, de le partager. J'ai trouvé que chacun des trois modes avait des inconvénients, mais que le premier en avait moins que les deux autres. Me suis-je trompé ? Dans ce cas, comment aurais-Je dû faire. Quel est le mode que je devrai adopter lors de la mise au net de ce mémoire, pour le présenter aux sociétés savantes ? Dites-moi, je vous prie, votre opinion à cet égard; mais ne perdez pas de vue, je vous en conjure , que la rédaction n’est qu'un objet secondaire, el que, pour le bien de la science, votre critique doit porter principalement sur le fond des idées.

Il s’agit essentieilement de savoir si (après méditation suffisante, l'examen de ces idées en exige beaucoup, attendu qu’elles sont très-abstraites) votre esprit se trouve satisfait, c’est-à-dire :

1o Si la comparaison entre la structure des corps bruts et celle des corps organisés est bien établie, si elle l’est suffisamment pour qu’on voie, dans ce qui les différencie, des raisons suffisantes de distinction entre l’action des uns et celle des autres, pendant toute leur durée phénoménique;

2 S'il y a effectivement rectification dans l'échelle organique, eu plaçant le castor et l'éléphant immédiatement après

176 ŒUVRES DE SAINT-SIMON J'ai annoncé que je prouverais par six observations que l'homme n'était point d'une nature différente de celle des autres animaux ; que la faculté de se perfectionner était commune à tous les animaux ; que si l’homme était le seul qui se füt perfectionné, c'était par la raison qu'il avait arrêté et même fait rétrograder l'intelligence des animaux moins bien organisés que lui; que si l’homme disparaissait du globe, l'animal le mieux organisé après lui se perfectionnerait. J'ai présenté quatre de ces observations, je vais exposer les deux autres. |

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