‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 85 sur 94 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Notre objet dans cette première partie sera de faire l'histoire abrégée du passé, du futur et du présent de l'esprit humain; ainsi cette première partie sera divisée en trois livres.

Arrêtons-nous un moment, Messieurs, pour examiner celte division; elle est neuve, elle est du premier degré d'importance, elle aura pour résuliat de faire disparaitre la cause générale des erreurs qui se commettent dans les raison-

néments sur la politique. Enfin c’est l'idéé la plus heuréuse qui $e soit jamais présentée à nôtre esprit. Nous sommes enchanté de cette conception, et vous le serez de même quand vous aurez pris Ja peine de vous l’approprier. u La division qui s’est d’abord présentée à l'esprit et qu'on a jusqu'à présent employée a été celle qui a rangé les raisonnements dans l’ordre de la succession dés temps, c’est-à-dire d'abord lé passé, ensuite le présent, et puis l'avenir; à ia fin qu’est-il arrivé, qu arrivera-t-il tant que l’on conservera cetle ancienne division et que l’on n’adoptera pas la nôtre? Les raisonnements sur l'avenir seront principalement basés sur les événements du jour; or les événements du jour son la base la moins solide que puisse avoir un raisonnement sur l'avenir, puisque l'influence des plus petites circonstances sur l'individu qui raisonne, modifie ses opinions, et qu'il n’a d’autré moyen de se défendre de cette influence que d'avoir les yeux fixés sur le froid tableau du passé le plus reculé et de l'avenir le plus éloigné. À

Messieurs, faites l'expérience suivante : quand quelqi'un vous entretiendra de son opinion eñ politique, exigez de lui qu'il la base sur des con-

sidérations puisées dans un passé et dans un avenir très-distants, et que le présentn'y joue d’autre rôle que celui d’être le point de réunion de ces deux séries: vous verrez qu'il sera forcé de raisonner juste, c’est-à-dire que son raisonement aura au moins de la généralité, et se ressentira le moms possible de la position de faveur ou de fortune de celui qui le fera.

Vous nous direz que très-peu de personnes ont la capacité de tête et l’érudition suffisante pour baser aussi largement leur raisonnement, et qu'il en résulterait que le nombre de personnes qui raisonneraient sur la politique serait fort petit. Eh bien, Messieurs, c'est ce qui est désirable, c’est en grande partie le but que nous nous proposons. Certes, nous n’avons point l’intention d’empêcher les hommes les moins instruits de parler politique, puisque la politique de fait intéresse tout le monde; mais nous désirons préciser les conditions que tout homme doit remplir pour constater sa capacité dans la science politique. |

Nous ferons dans ce mémoire application du principe que nous venons de poser, et nous allons, dès ce moment, c’est-à-dire dans le présent programme, indiquer suffisamment cette

application, pour vous mettre en état de juger si la conception au développement de laquelle nous travaillons mérite encouragement.

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