LIVRE PREMIER
Nous divisons ce Livre en trois sections.
PREMIÈRE SECTION
Dé la planète avant qu'elle fût habitable.
L'existence de l'Espèce humaine est liée à celle de la planète; elle en est directement dépendante, de manière que des considérations géologiques doivent nécessairement servir d’introduction à l'histoire de cette Espèce. La trèsgrande majorité des auteurs en géologie s'accordent à conclure de leurs observations, que la terre a commencé par être couverte d’eau, et qu'elle a été par conséquent longtemps inhabitable pour les hommes, ainsi que pour les autres animaux terrestres. C'est à celte manière de voir que nous nous arrêterons, et nous l’appuierons des preuves qui ont été données par ceux qui l'ont habitée.
DEUXIÈME SECTION
Dans cette deuxième section, nous nous occuperons d’abord de donner une idée bien claire de ce qu'est le phénomène-homme, comparativement aux autres phénomènes, et nous ferons ensuite l'histoire des progrès de l'intelligence, depuis l’origine de l'Espèce humaine jusqu'à l'apparition de Socrate. Pour remplir ces deux objets, nous établirons les quatre séries suivantes :
Première Série.
Comparaison entre la structure des corps bruts et celle des corps organisés.
En résultat de cette comparaison : démonstration que les effets produits par les corps bruts, el que l'action des corps organisés sur ce qui leur est extérieur, sont proportionnés au degré de perfection de structure des uns et des aufres.
Déuxième Série.
Comparaison des différents corps organisés sous le rapport
de leur degré d'organisation.
En résultat de cette comparaison : démonstra-
tion, 4° que l’homme est le mieux organisé, c'està-dire le plus organisé de tous les corps qui nous sont connus ; 2° que plus un animal est organisé, plus il est intelligent.
Troisième Série.
Comparaison entre l'intelligence des animaux à différentes époques de leur co-existence.
En résultat de cette comparaison : démonstration que tous les animaux sont susceptibles d'un perfectionnement proportionné au degré de perfection de leur organisation primitive, et que si l'homme est le seul animal qui se soit perfectionné, c’est par la raison qu'il a empêché l'intelligence des autres animaux de prendre le développement dont elle était susceptible.
Quatrième Série.
Comparaison de l'état des connaissances de l'Espèce humaine a différentes époques de sa durée, depuis son origine jusqu'à l’apparition de Socrate.
En résultat de cette comparaison : démonstratration que l'intelligence humaine, depuis son origine jusqu'à l'apparition de Socrate, n'a jamais cessé de faire des progrès.
Voyez le développement de ces quatre séries dans la première livraison du Mémoire sur la science de l'homme.
TROISIÈME SECTION
Nous descendrons deux fois les siècles qui se sont écoulés depuis Socrate jusqu à ce jour; la première fois, nous ferons quatre poses, la seconde, nous n'en ferons que deux.
Dans la première, nous présenterons la doctrine de Socrate, d'abord, pendant les cinq à six siècles qui ont suivi la mort de son auteur, et nous prouverons que, pendant ce laps de temps, elle n’a eu que le caractère philosophique; ensuite, pendant les cinq à six siècles suivants, et nous ferons voir que pendant ce laps de temps, elle s'est revêtue du caractère religieux ; après encore, pendant cinq à six autres siècles, el nous montrerons que, pendant cette période, elle a cumulé les caractères philosophique, religieux ét politique. Enfin nous mettrons en évidence le fait important que, dans les derniers siècles, elle s est successivement dépouillée du caractère philosophique, religieux et politique, et qu’elle est aujourd’hui tombée dans l’avilissement, puisquelle est abandonnée par toute la classe instruite, et qu'elle ne sert plus de guide qu’à la classe ignorante,
Nous diviserons ensuite en deux parties égales le temps qui s'est écoulé depuis Socrate jusqu’à nous; nous ferons voir que, pendant les onze à douze premiers siècles, l'esprit humain s’est uniquement occupé à faire l'application de la théorie donnée par ce philosophe, et qu’il n’a fait aucun effort pour améliorer cette théorie. Nous ferons voir après, que pendant les onze à douze derniers siècles, l'intelligence humaine a suivi de front deux ordres de travaux; que, d’une part, elle a continué de faire application de la théorie de Socrate à des détails de plus en plus miriutieux, tandis que, d'une autre, elle a travaillé à donner une base plus solide au système scientifique; nous ferons alors l’histoire des sciences d'observation, dès l'origine de leur culture sous les premiers califes ; nous ferons voir comment les théories des différentes branches de Ia physique ont, par une tendance naturelle, marché vers un point de réunion; nous ferons voir enfin que, dans le moment présent, elles n'ont plus qu'un pas à faire pour se rallier à l’idée de la gravitation.