‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 92 sur 94 · Le Nouveau Christranisme a paru au commencement · texte numérisé non relu

Le Nouveau Christranisme a paru au commencement

de 1895. Saint-Simon est mort le 19 mai, même année,

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 307 « terminée, en recevant d'eux leurs observations « écrites sur la première; je continuerai de cette « manière à soumettre mon travail, partie par « partie, à la critique des penseurs instruits, « ayant assez de chaleur d'âme pour s'occuper « d’une manière suivie de l'intérêt général et « des moyens de terminer la crise dans laquelle « la masse entière de la populalion européenne « est engagée. »

Ainsi, je ne devais attaquer que dans trois ans la question que je viens d'aborder; je devais employer les trois années suivantes à la traiter, et n'en donner, par conséquent, la solution qu'au bout de six ans. Je m'étais donc ménagé six années pour préparer l'esprit du lecteur et pour caver mes idées; et c’est, au lieu de cela, en quinze jours, qu'il m'a fallu gravir le pic de l'intelligence, et me placer à son sommet. C'est en cinquante pages que j'ai dù conduire le lecteur à cette immense hauteur d'abstraction. Qu'estce qui vous y a obligé? me demandez-vous, Messieurs. C’est ce qui commande avec le plus de despotisme à l’homme de cœur : d'une part, le sentiment de faire une chose utile, et de l’autre, l'espérance d'acquérir de la gloire.

L'Empereur, à son retour à Paris, a manifesté

l'intention de poursuivre son projet de forcer les Auglais à reconnaitre la liberté des pavillons ; son attitude fière, on peut dire héroïque, après les revers que nos armées viennent d'essuyer, nous a enchanté ; elle nous a exallté; mais l'Empereur, nous a-t-on dit, a annoncé le projet d’atteindre son but, en forçant, par la voie des armes, tout le continent à le seconder dans son projet de renverser le despotisme exercé par les Bretons sur l'empire des mers, et il nous est dcmoutré qu'il lui est impossible de réussir par ce moyen : d'un autre côté, nos compatriotes de toutes les classes manifestent clairement le désir de se renfermer dans les limites que la nature a données à la France, qui sont les Pyrénées, les Alpes et le Rhin; ils disent hautement que ce serait contre leur opinion que le chef du gouvernement ferait passer à nos armées ces limites naturelles pour tenter de nouvelles conquêtes; celte opinion nous parait juste et nous la partageons entièrement; mais nous voyons avec un vif chagrin et même un profond sentiment d’humiliation, beaucoup de Français mollir dans l’intention qu'ils avaient eue de forcer les Anglais a reconnaitre le droit des gens et à s’y soumeltre. Convaincu qu'il est possible de concilier les

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 369 vues héroiques de l'Empereur avec les intentions nationales , nous avons fait nos efforts pour produire une conceplion qui atteignit ce but, et nous nous sommes hâté de présenter, par aperçu, le moyen conciliatoire des intentions de l'Empereur et de celles de ses sujets. Nous ne regrettons pas le travail très-pénible que cela nous a fait faire, car nous avons conscience d’avoir, par cet effort, autant éclairei nos idées en quinze jours que nous l’aurions pu faire, en suivant la marche que j'avais adoptée, en plusieurs mois, et même en plusieurs années.

Oui, Messieurs, nous sommes sûr qu’en lisant notre premier mémoire, vous avez élé frappés de la nouveauté, de la vigueur et de la justesse des idées qu'il contient; nous sommes également sûr de faire paraitre d'ici à trois mois et peut-être beaucoup plus tôt notre second mémoire, el que ce second mémoire atteindra son but, celui de lier par une conception à priori les découvertes faites en astronomie par Newton et depuis lui. Enfin nous sommes certain de faire paraître avant un an notre iroisième mémoire, qui sera une bonne ébauche d’une théorie scientifique générale, basée sur l’idée de la gravitation universelle, considérée comme loi générale, uni-

que et immuable à laquelle Dieu a soumis l'univers, et par laquelle il le gouverne; ébauche suffisante pour donner à la corporation des savants les moyens de faire application de cette nouvelle théorie générale à la science politique.

La conséquence de ces travaux sera la réorganisation de la Société européenne, au moyen d’une institution générale commune à tous les peuples qui la composent, institution qui, suivant le degré de lumière de chacun, lui paraitra scientifique ou religieuse, mais qui, dans tousles cas, exercera une action politique positive, celle de mettre un frein à l'ambition des peuples et des rois, action qu'elle exercera vraisemblablement d'abord contre l'Angleterre, mais qu’elle exercerait nécessairement dans toute sa vigueur contre les Français, s'ils ne rentraient pas dans leurs limites naturelles et s'ils ne renonçaient pas constitutionnellement à n'en jamais sortir. ( | La force des savants de l’Europe, réunis en une corporation générale ayant pour lien une philosophie basée sur l’idée de la gravitation, sera incalculable.

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