‹ Œuvres de SainteBeuve Pensées d'aoûtChapitre 10 sur 15 · POUR UNE MORT · texte numérisé non relu

POUR UNE MORT

POUR ÜN DEPART.

Pleurez , oiseaux ! la jeune Tarentine (1), Une autre fois , a , pour l’algue marine , Quitté nos prés.

Une dernière fois , la jeune Athénienne ,

En se jouant, a vogué vers Cyrène ; Pleurez !

U) Se rappeler la jolie pièce d'André Chénier et la Xymitha du M. dr Vignv.

Pleures , oiseaux et colombes plaintives ;

Et vous gaîment , abeilles , sur nos rives Ne murmurez !

Celle qui vous suivait , celle dont fut la vie Joie et blancheur et murmure , est enfuie ; Pleurez !

Pleurez , vous tous que sa voix qui caresse , Son œil qui rit , tenait avec adresse Désespérés ;

Sa perte à tous les cœurs épris de sa morsure , Sans plus de miel , va laisser la blessure ; Pleurez !

Et vous , Chanson, qu’elle appelait près d’elle, Et qui n’osez qu’effleurer de votre allé Ses fils dorés ,

Sous le lilas désert , où sa place est laissée Soir et matin , fidèle à sa pensée ,

Pleurez !

Quand , de la jeune amante, en son linceul couchée, Accompagnant le corps , deux amis d'autrefois ,

Qui ne nous voyons plus qu'à de mornes convois,

A cet âge où déjà toute larme est séchée,

Quand, l’office entendu, tous deux silencieux, Suivant du corbillard la lenteur qui nous traîne , Nous pûmes , dans le fiacre où Bix tenaient à peine , L’un devant l’autre assis, ne pas mêler nos yeux,

Et no pas nous sourire , ou ne pas sentir même Une prompte rougeur colorer notre front ,

Un reste de colère, un battement suprême D’une amitié si grande , et dont tous parleront ;

Quand , par ce ciel funèbre et d’avare lumière ,

Le pied sur cette fosse où l'on descend demain ,

Nous pûmes jusqu'au bout, sans nous saisir la main, Voir tomber de la pelle une terre dernière ;

Quand chacun , tout fini, s’en alla de son bord , Oh! dites! du cercueil de cette jeune femme. Ou du sentiment mort, abfmé dans notre âme, Lequel était plus mort ?

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