A MADAME LA D. DE R
Au Thil où vous aimez passer les mois fleuris,
Mois do fuite du monde et de vie isolée,
Pour vous, dans tout le parc, il n’est rien qu’une allée, Ilaute et droite, et touffue, ombrages favoris;
Et par-delà l’allée au vert et haut pourpris,
Dans la campagne il est, bien humble et sans feuilléc,
Un sentier que connaît la faneuse hâlée ;
Seule à promener là votre grâce élevée,
Chaque jour vous suivez la trace conservée,...
Passé,... longs souvenirs ;... printemps à Saint-Germain !
Et si, dans le château, quelqu'un soudain réclame Votre bonne présence : «Où donc trouver Madame? »
— « Madame, oh ! dit chacun, elle est dans son chemin. »
Ainsi l'on dit de vous, Madame, ainsi vous êtes,
Fidèle au souvenir, aux traces de vos pas,
Aimant ce qu'on retrouve et qui ne change pas.
Plus attentive après chaque hiver et ses fêtes !
Oh ! dans nos jours douteux d'ennuis et de tempêtes, Où tout crie et s’égare et se mêle en combats ;
Où, si l’on ne meurt vite, on dérive plus bas j Où le vent à plaisir fait ondoyer les têtes;
Temps d'éclipse divine et de murmure humain!
En cette heure avant l’aube, où même tout génie Change trois fois de route et trois fois se renie,
Oh ! qui donc, mariant la veille au lendemain.
Si fermement tiendra sa destinée unie
Que, sans le voir, on dise : « Il est dans son chemin ! »
<B<&0>38><DSZad^ d
4i qi au vmaciQii&a an (SJiaammaan,
Quoique tout change et passe et se gâte avant l'heure ; Quoique rien de sacré devant tous ne demeure ;
Qu'un siècle ambitieux n'empêche pas l'impur ;
Que le tronc soit atteint sans que le fruit soit mûr ; Quoique les jeunes gens sans charme ni jeunesse , Laissant la modestie et sa belle promesse ,
Dévorent l’avenir, et d’un pied méprisant Montent comme à l’assaut en foulant le présent;
Quoique’des’parvenus la bassesse et la brigue Provoquent les fougueux à renverser la digue,
Et que , si loin’qu’on aille à poser ses regards ,
On n’ait dans le passé que de rares vieillards,
Il est encore , il est , pour cousoler une âme ,
Hors des chemins poudreux et des buts qu’on proclame, ll.est d’humbles vertus , d’immenses charités ,
Des candeurs qu’on découvre et des Cdélités;
Des prières à deux dans les nuits nuptiales;
Des pleurs de chaque jour aux pierres sépulcrales ; Témoins que rien n’altère , obscurs , connus du ciel , Sauvant du mal croissant le bien perpétuel ,
Et qui viennent nous rendre, en secrètes lumières, Les purs dons conservés , les enfances premières De ce cœur humain éternel !
L’enfance encor , l’enfance a des vœux que j’admire , Des élans où la foi revient luire et sourire ,
Dns propos à charmer les martyrs triomphants.
Et des vieillnrds aussi, pareils aux saints enfants,
Ont des désirs , Seigneur , de chanter ta louange ,
Comme un Eliacin dans le temple qu’il range !
A la Conciergerie, où libre et par son choix ,
Prisonnière , venait , pour ressaisir ses droits ,
Une Dame au grand nom , de qui la haute idée ,
Mal à l’aise en nos temps , rêva l’autre Vendée ,
Et qui, d’un sang trop prompt et d’un cœur plein d’échos, S’égarait à tenter les luttes des héros ;
A la Conciergerie , en mémo temps , près d’elle ,
Pour cause peu semblable, et sans chercher laquelle,
Se trouvait une femme, une mère ; et l'enfant,
L’enfant aux blonds cheveux, vers la Dame souvent
Allait et revenait d’une grâce légère
Entre les rangs divers l’enfance est messagère.
Et la sœur de la Dame, aussi d’air noble et grand,
Dès midi chaque jour venant et demeurant.
Toutes deux à l’entour de’ce front sans nuage S’égayaient, et l’aimaient comme un aimable otage, L’appelaient, le gardaient des heures, et parmi De longs discours charmants, le nommaient leur ami.
Et sous les lourds barreaux et dans l’étroite enceinte ,
La jeune âme captive, ignorant sa contrainte,
N'avait que joie et fête , et rayon qui sourit :
Telle uue giroflée à la vitre fleurit.
Pourtant, lorsque la Dame, un moment prisonnière,
Vit sa cause arriver et la libre lumière ,
Ce furent des regrets et des adieux jaloux ,
Des promesses : « Du moins tu prîras bien pour nous, » Disait-elle ; et l’enfant que ce mot encourage :
« Je prirai que toujours vous ayez de l’ouvrage , »
Dans son espoir, ainsi, ne séparant jamais Ce que sa mère dit le plus grand des bienfaits!
Cri naïf : De l’ouvrage! éclair qui nous révèle Des deux antiques parts la querelle éternelle ,
Le travail, le loisir, deux fils du genre humain !
Ici, dans la prison, ils se touchaient la main ;
Au front de cet enfant, un baiser d’alliance ,
Un arc-en-ciel léger disait que confiance , Reconnaissance, amour, ce qui peut aplanir,
Viendrait encore en aide au sévère avenir.
— *Pour ma sœur que voilà, souffrante, Enfant, demande,
Demande ta santé, tant qne Dieu la lui rende. n — u Oh ! voua l'aurez, dit-il (et son accent surtout S’y mêlait) ; vous l'aurez ! vous en aurez beaucoup ! » Et l'enfant et la mère ont depuis deux amies.
L'autre trait qui me touche, et qu'aux âmes unies Simples et de silence, aux doux cœurs égarés,
À tout ce qui connaît le temple et ses degrés ,
A tous ceux qui priaient à douze ans à la messe ,
Et qui pleurent parfois le Dieu de leur jeunesse , J’offre en simplicité, regrettant et priant ;
Ce trait vient de l'hospice où de Châteaubriand Le vieux nom glorieux s’avoisine au portique, Comme auprès d’une croix un chêne druidique.
Un saint prêtre en ces murs cl dans ce parc heureux Parmi les jeunes plants et les jets vigoureux Qui, sur ces fronts humains dépouillés par l’orage , Assemblent chaqueété plus d’oiseaux et d’ombrage, Un saint prêtre vivait, et sans trop défaillir,
Depuis quelques saisons achevait de vieitlir.
Mais encore une fois avait pâli l’automne,
Et Noël, dans sa crèche, apprêtait sa couronne.
Le vieux prêtre en son cœur , durant tout cet avent. Sentait comme un désir suprême et pins fervent.
Les saluts, chaque soir, en douce mélodie L'inondaient , et sa voix sous ses pleurs enhardie , Distincte, articulée, au verset solennel ,
Du milieu delà foule arrivait à l’autel.
Enfin, la veille, ému, ne se sentant plus maître ,
Il va vers l’aumônier, un bon et jeune prêtre : u C’est donc demain Noël , l 'alléluia béni !
* 0 les beaux Rorate, les Consolamini!
» Oh! monsieur l'aumônier , quels chants pleins d’allé- » Ces salutsdel'avent ont comme une tendresse, [grès se ! » Hélas !... yous êtes jeune , à l'autel vous chantez ;
* Voilà bien des Noëls que je n'ai pas fêtés ! »
11 s’arrêtait, n'osant... ; mais , d’une bonté sûre , L’aumônier qui devine , achevant de conclure :
« Eh ! bien , chantez pour moi la grand’messe demain. » — « Oh! monsieur ! (et la joie étouffait dans son sein) ; » On vous disait bien bon , vous l’êtes plus encore ! »
Il officia donc, de voix tendre et sonore :
« Puisque ma voix mourante a chanté dans Sion ,
» Congédie, ô Seigneur, ton vieillard Siméon ! »
L’enfance encor , l’enfance a des vœux que j’admire , Des élans où la foi revient luire et sourire ,
Des propos à charmer les martyrs triomphants.
Et des vieillards aussi, pareils aux saints enfants ,
Ont des désirs, Seigneur, de chanter à tes fêtes ,
Comme un Eliacin au temps des rois-prophètes.
4 va mNML para* ,