‹ Œuvres de SainteBeuve Pensées d'aoûtChapitre 7 sur 15 · A MADAME DE STAËL · texte numérisé non relu

A MADAME DE STAËL

Au sein de Parthénope as-tu goûté la vie ?

Dans le tombeau du monde apprenons à mourir !

Sur cette terre en vain , splendidement servie ,

Le même astre immortel règne sans se couvrir.

En vain , depuis les nuits des hautes origines ,

Un ciel inaltérable y luit d’un fixe azur ,

Et comme un dais sans plis au front des Sept Collines , S’étend des monts Sabins jusqu'à la tour d’Astur.

En esprit de tristesse immuable et profonde Habite dans ces lieux et conduit pas à pas ;

Hors l'écho du passé, pas do voix qui réponde; Le souvenir vous gagne , et le présent n'est pas.

Accouru de l’Olympe , au matin de Cybèle ,

Là Saturne apporta l'anneau des jours anciens; Janus assis scella la chaîne encor nouvelle ; Vinrent les longs loisirs des Rois Arcadiens.

Et sans quitter la chaîne , en descendant d’Evandre], On peut , d’or ou d’airain , tout faire retentir :

Chaque pierre a son nom , tout mont garde sa cendre , Vieux Roi mystérieux, Scipion ou martyr.

Avoir été , c’est Rome aujourd’hui tout entière. Janus ici lui-même apparaît mutilé ;

Son front vers l’avenir n’a forme ni lumière , L’autre front seul regarde un passé désolé.

Et quels aigles pourraient lui porter les augures , Quelle Sibylle encor lui chanter l’avenir ?

Ah ! le monde vieillit , les nuits se font obscures... Et nous venus si tard ; et pour tout voir finir ,

Nous , rêveurs d’un moment , qui voulons des asiles , Sans plus nous émouvoir des spectacles amers ,

Dans la Ville éternelle , il nous siérait , tranquilles , Au bout de son déclin , d’attendre l'Univers.

Voila de Cestius la pyramide antique ;

L'ombre au bas s’en prolonge et meurt dans les tom-

[ beaux (1).

Lesoir étend son deuil et plus avant m'explique La scène d’alentour , sans voix et sans flambeaux.

Comme une cloche au loin confusément vibrante ,

La cime des hauts pins résonne et pleure au vent :

Seul bruit dans la nature ! on la croirait mourante ;

Et , parmi ces tombeaux , moi donc , suis-je vivant ?

Heure mélancolique où tout se décolore Et suit d’un vague adieu l’astre précipité !

Les étoiles au ciel ne brillent pas encore :

Espace entre la vie et l’immortalité !

Mais, quand la nuit bientôt s’allume et nous appelle Avec ses yeux sans nombre ardents et plus profonds , L’esprit se reconnaît , sentinelle fidèle ,

Et fait signe à son chnr aux lointains horizons.

C’est ainsi que ton œil, ô ma noble Compagne,

Beau comme ceux des nuits, à temps m’a rencontré ;

Et je reçois de Toi, quand le doute me gagne,

Vérité , sentiment , en un rayon sacré.

Celui qui dans ta main sentit presser la sienne , Pourrait-il du Destin désespérer jamais ?

(1) Le cimetière de» Proie» tan U * Rome,

Rica de grand avec toi que le bon n’entretienne^

Et le chemin aimable est près des hauts sommets.

Tant de trésors voisins, dont un peuple se sèvre, Tentent ton libre esprit et font fête à ton cœur. Laisse-moi découvrir son secret à ta lèvre ,

Quand le fleuve éloquent y découle en vainqueur î

De ceux des temps anciens et de ceux de nos Ages Lengtemps nous parlerons , vengeant chaque immolé ; Et quand , vers le bosquet des pieux et des sages , Nous viendrons au dernier, à ton père exilé (1) ,

Si ferme jusqu'au bout en lui-même et si maître ,

Si tendre au genre humain par oubli de tout fiel , Nous bénirons celui que je n'ai pu connaître ,

Mais qui m'est révélé dans ton deuil éternel !

(I) M. Hccker était mort assez peu de temps avant cette pièce, qui doit dater de 1805.

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(sur une statue d’enfant).

Oivioi opus Alcuuc dutili».

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L’cnfaut ayant aperçu ( A l’insu

De sa mère , à peine absente ) , Pendant au premier rameau De l’ormeau

Une grappe mûrissante ;

L’enfant , à trois ans venu , Fort et nu ,

Qui jouait sur la belle herbe , N'a pu , sans vite en vouloir , N’a pu voir

Briller le raisin superbe.

11 a couru ! ses dix doigts A la fois ,

Comme autour d’une corbeille , Tirent la grappe qui rit Dans son fruit.

Buvex , buvea , jeune abeille !

La grappe est un peu trop haut ; Donc il faut

Que l’enfant hausse sa lèvre.

Sa lèvre au fruit déjà prend ,

11 s’y prend ,

Il y pend comme la chèvre.

Oh ! comme il pousse en dehors Tout son corps ,

Petit ventre de Silène ,

Reins cambrés , plus fléchissants En leur sens

Que la vigne qu’il ramène.

A deux mains le grain foulé A coulé ;

Douce liqueur étrangère !

Tel, plus jeune , il embrassait Et pressait

La mamelle de sa mère.

Age heureux et sans soupçon !

Au gazon

Que vois-je ? un serpent se glisse , Le même serpent qu’on dit Qui mordit ,

Proche d’Orphée , Eurydice.

Pauvre enfant ! sou pied levé L'a sauvé ;

Rien no l’avertit encore. —

C’est la vie avec son dard Tôt ou lard !

C’est l’avenir ! qu’il l’ignore !

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