I. Pour la veille de Noël
sans doute de nous chagriner et estre changeans en nos humeurs tandis que nous n'avions pas cet Enfant tant aymable qui nous vient de naistre ou qui naistra demain ; mais désormais il ne nous sera plus loysible, puisque en luy consiste tout le sujet de nostre joye et de nostre bonheur.
(0 Les abeilles n'ont aucun arrest tandis qu'elles n'ont point de roy : elles ne cessent de voleter par l'air, de se dissiper et esgarer, n'ayans presque nul repos dans leur ruche ; mais dès aussi tost que leur roy est né, elles se tiennent ramassées tout autour de luy et ne sortent que pour la cueillette et, ce semble, par le commandement ou congé de leur roy. De mesme nos sens, nos puissances intérieures, les facultés de nostre ame, comme des abeilles spirituelles, jusques à tant qu'elles ayent un roy, c'est à dire jusqu'à ce qu'elles ayent choisi Nostre Seigneur nouveau né pour leur Roy, elles n'ont aucun repos. Nos sens ne cessent de s'esgarer et d'attirer nos facultés intérieures après eux pour se dissiper tantost après ce sujet qu'elles rencontrent, puis tantost sur un autre , et ainsy ce n'est qu'une continuelle perte de temps, travail d'esprit, inquiétude, qui nous fait perdre la paix et tranquillité tant nécessaire à nos âmes. Mais dès qu'elles ont choisi Nostre Seigneur pour leur Roy, elles doivent, à guise de chastes avettes ou abeilles mystiques, se ranger auprès de luy et ne sortir jamais de leur ruche, sinon pour la cueillette des exercices de charité qu'il leur commande de prattiquer à l'endroit du prochain ; et soudain après se retirer et ramasser auprès de ce Roy tant aymable, pour mesnager et conserver le miel des saintes et amoureuses conceptions qu'elles tirent de la présence sacrée de nostre souverain Seigneur, lequel, par des simples regards qu'il fait sur nos âmes , cause en elles des
(1 ) Comme il a été dit dans la Préface de notre tome VI et dans l'Avant- Propos de celui-ci, les éditeurs des Vrays Entretiens spirituels se sont cru permis d'insérer dans le texte de cet ouvrage plusieurs fragments extraits des Sermons. C'est ainsi que l'alinéa suivant a été intercalé dans l'Entretien De la Modestie. (Voir au tome VI, la p. 138 et la Table de correspondance.)
14 Sermons recueillis
ardeurs et affections nompareilles de le servir et aymer tousjours plus parfaitement.
C'est la grâce que je vous désire, mes chères âmes, que de vous tenir bien proches de ce sacré Sauveur qui vient pour nous ramasser tout autour de luy, à fin de nous tenir tousjours sous Festendart de sa très sainte protection, soit comme le pasteur a soin de ses brebis et de son troupeau, soit comme le roy des abeilles, qui en a un tel soin que l'on dit qu'il ne sort jamais de sa ruche sans estre entouré de tout son petit peuple. Sa Bonté nous veuille faire la grâce que nous entendions sa
* Joan., x, 27. voix, ainsy que les brebis celle du pasteur *, à fin que le
reconnoissant pour nostre souverain Pasteur, nous ne nous esgarions et n'escoutions celle de l'estranger qui se tient près de nous comme un loup infernal, en intention
*l Petn, uit., 8. de nous perdre et de nous dévorer* ; et que de mesme nous puissions avoir la fidélité de nous tenir sousmis, obeissans et sujets à ses volontés et commandemens, ainsy que les avettes font avec leur roy, à fin que par ce moyen nous commencions à faire dès cette vie ce que moyennant la grâce de Dieu nous ferons éternellement au Ciel, où nous conduisent le Père et le Fils et le Saint Esprit. Amen.