‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 9 sur 273 · I. Pour la veille de Noël i i · texte numérisé non relu

I. Pour la veille de Noël i i

Seigneur veut que nous apprenions de luy à le ranger sous la domination de la rayson. Et tout ainsy que nous le voyons emmaillotté et serré dans des bandelettes et maillots par sa très bénite Mère, il entend de nous inciter à bander et serrer toutes nos passions, affections, inclinations, et en fin toutes nos puissances tant intérieures qu'extérieures, nos sens, nos humeurs et tout ce que nous sommes, dans les maillots de la sainte obéissance, pour ne vouloir jamais plus nous gouverner ni user de nous mesmes , de crainte d'en mesuser, sinon autant que l'obéissance nous le pourra permettre.

Voyez de grâce ce très doux Enfant lequel se laisse tellement gouverner et conduire par sa très bénite Mère qu'il semble véritablement qu'il ne puisse en façon quelconque faire autrement ; ce n'est pour autre sujet, mes chères âmes, sinon pour nous monstrer ce que nous devons faire, principalement les Religieuses qui ont voué leur obéissance. Helas, Nostre Seigneur ne pouvoit pas mesuser de sa volonté ni de sa liberté ; néanmoins il a voulu que tout fust caché sous les maillots, et la science et la sapience éternelle *, avec tout ce qu'il * Coioss., n, 3. avoit entant que Dieu, esgal à son Père, comme l'usage de rayson, le pouvoir de parler et bref tout ce qu'il devoit faire ayant atteint l'aage de trente ans. Tout sans reserve fut clos et caché sous le voile de la sainte obéissance qu'il portoit à son Père, qui Tobligeoit à n'estre en rien dissemblable aux autres enfans , ainsy que dit saint Paul*, qu'il a esté de besoin qu'il fust en tout sem- *Heb., 11,17. blable à ses frères.

Qu'avons nous de plus à dire sinon que le mystère de la Nativité de Nostre Seigneur est un mystère de la Visitation ? Comme la très sainte Vierge fut visiter sa cousine sainte Elizabeth, de mesme il nous faut aller fort souvent le long de cette octave visiter le divin Poupon couché dans la crèche, et là nous apprendrons de ce souverain Pasteur des bergers à conduire, gouverner et ranger nos troupeaux, de sorte qu'ils soyent aggreables à sa Bonté. Mais comme les bergers ne

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l'allerent pas voir sans doute sans luy porter quelques petits agnelets, il ne faut pas que nous y allions les mains vides, ains il nous faut porter quelque chose. Qu'est-ce, je vous prie, que nous pourrions porter à ce divin Berger qui luy fust plus aggreable que le petit agnelet de nostre amour, qui est la principale partie de nostre troupeau spirituel, car l'amour est la première passion de l'ame. O qu'il nous sçaura bon gré de ce présent, mes chères Sœurs, et que la très sainte Vierge le recevra avec une grande consolation pour le désir qu'elle a de nostre bien ; ce divin Enfant nous regardera sans doute de ses yeux bénins et gracieux pour recompense de nostre présent, et pour tesmoignage du plaisir qu'il en recevra. O que nous serons heureux si nous visitons ce cher Sauveur de nos âmes ; nous en recevrons une consolation nompareille, et tout ainsy que la manne avoit le goust qu'un chacun eust peu désirer, de mesme chacun peut trouver de la consolation en visitant ce Poupon très aymable.

Les bergers le visitèrent et ils en receurent une joye très grande, s'en retournant chantant les louanges de Dieu et annonçant à tous ceux qu'ils rencontroyent ce

Lucœ, ii, 20. qu'ils avoyent veu *. Mais saint Joseph et la très glorieuse Vierge receurent des consolations indiciblement plus grandes, parce qu'ils luy assistèrent et demeurèrent arrestés à sa présence pour le servir selon leur pouvoir. Ceux qui s'en allèrent et ceux qui demeurèrent furent tous consolés, mais non pas également, ains un chacun selon sa capacité.

Anne, mère de Samuel, demeura longuement sans avoir des enfans , ce qui luy causoit une si grande bigearrerie que l'on ne la trouvoit jamais de mesme

I Reg., i, 18. humeur* ; car quand elle voyoit des femmes qui s'esjouissoyent avec leurs enfans, elle se lamentoit et se chagrinoit dequoy elle n'en avoit pas, et quand elle en voyoit quelques unes qui se plaignoyent de leurs enfans, elle se resjouissoit dequoy Dieu ne luy en donnoit point ; mais dès qu'elle eut le petit Samuel, dès lors on ne la vit jamais plus inégale. Nous avions quelques excuses

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