‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 114 sur 273 · XXIV. Lundi de la xixe semaine après la Pentecôte · texte numérisé non relu

XXIV. Lundi de la xixe semaine après la Pentecôte

tous les pauvres, tant malades que sourds-muets, boiteux, aveugles, bossus et contrefaits, sans en laisser un seul auquel ils ne dissent : Le roy vous prie de venir en son festin.

Cela fait, les tables estans dressées dans une grande salle, et toutes ces pauvres gens estans assis, le roy vint pour voir l'ordre de son festin ; et ayant bien regardé les invités, il arresta sa veùe sur un pauvre misérable qui y estoit venu sans la robe nuptiale, n'ayant point changé son habit de tous les jours. Le roy luy parla en ces termes : Ami, comment as-tu esté si impudent et inconsidéré que d'entrer en une compagnie si honnorable sans ta robe nuptiale? Et le pauvre homme ne répliqua rien ; il demeura muet, car il n'eut point d'excuse. Ce que voyant, le njy ordonna qu'il fust pris et lié pieds et mains et jette aux ténèbres extérieures. Puis la conclusion de cet Evangile est que Nostre Seigneur adjousta : Beaucoup sont appelles, mais peu sont choisis.

Voyla le contenu de la parabole, laquelle je ne m'amuseray pas à expliquer selon le sens littéral, parce qu'il regarde la prédiction que nostre divin Sauveur faisoit de la réprobation des Juifs et de l'élection des Gentils, qui, comme borgnes, boiteux, bossus et impotens, furent amenés au festin des noces du Fils du Roy par la prédication du saint Evangile qui leur fut faitte tant par les Apostres que par Nostre Seigneur mesme *. Je ne * Cf. tom. praeced.,

, , 1 -, j ,. hui.Edit.,Serm.xc.

m arresteray pas non plus au deuxiesme sens de cette ' parabole , qui regarde l'appel gênerai fait à tous les hommes pour les inviter à parvenir au festin royal de l'éternité, à la semonce duquel néanmoins plusieurs ne se veulent pas rendre. Les uns, comme les plus malheureux, ne refusent pas seulement d'y venir, s'excusans sur leurs affaires, mais ils mesprisent, rejettent et maltraittent les inspirations que le Seigneur leur envo}^e comme des messagers célestes. Les autres, ne refusans pas du tout de venir aux noces, dilayent néanmoins et disent que ce sera tantost ; et ces sortes de gens courent la mesme fortune que les premiers, d'autant qu'ils ne

Serm. III 14

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peuvent pas s'asseurer d'avoir le temps auquel ils se promettent d'aller à ce divin banquet. Le jour de demain

* Cf. Prov., xxvn, i; est incertain * pour plusieurs qui l'ont choisi pour se

Jacobi, iv, 14.

convertir.

Il seroit hors de propos de m'arrester sur ce sujet, et partant je passe au troisiesme sens de la parabole que je declareray un peu au long ; puis j'adjousteray quatre mots sur la robe nuptiale qu'il faut avoir pour aller au festin des noces de Nostre Seigneur. Et premièrement, je considère que ce festin auquel nous sommes invités par le souverain Roy de gloire, c'est le festin de la Croix, qui est dressé sur la montagne de Calvaire où se célèbre la solemnité des fiançailles de Jésus Christ avec nos âmes. Je dis des fiançailles, parce que la consommation de nostre mariage éternel ne se fera qu'en l'éternité et en la possession de la béatitude, où nous serons tellement unis avec la divine Bonté que jamais nous n'en pourrons estre séparés. Mais tandis que nous demeurons en cette vie misérable, nous ne sommes que fiancés, et pouvons tousjours estre rejettes si nous manquons de fidélité à nostre Espoux, ce que nous faisons toutes fois et quantes que nous venons à pécher mortellement. Néanmoins, rien n'est si capable de nous rendre dignes de rejet que les défauts qui se commettent contre la charité.

Mais, me demanderez-vous, comme osez-vous appeller le jour de la Passion jour des noces de Nostre Seigneur, puisque le jour où on célèbre des noces est ordinairement un jour de consolation, de playsir et de joye ? Il est vray ; mais ne pensez pas que ce soit moy seul qui dise cecy, ni de moy mesme, car sa divine Espouse le dit

* Cap. m, ult. elle mesme au Cantique des Cantiques *. Elle avoit

quantité de filles, cette sainte amante, qui consideroyent soigneusement tous les traits de passion amoureuse que son divin Amant et elle s'entrecommuniquoyent , et partant elle s'escrie en cette sorte : O filles de Hierusalem, hé de grâce, je vous supplie de mettre toutes la teste aux fenestres pour considérer mon Bien -Aymé au jour de sa joye, et voir la couronne dont sa mère Va couronné au jour de ses fiançailles.

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