XXIV. Lundi de la xixe semaine après la Pentecôte
Ces parolles de l'Espouse sont entendues diversement par les Pères, car une partie d'iceux * disent que cette * s. Gregor. Mag.,
. ., , , ! ., , j -vt a. o • Ven. Beda (Expos.
couronne estoit la sacrée humanité de Nostre Seigneur, inCant.,adiocum); et que sa très sainte Mère la luy avoit donnée pour en aluorner le chef de sa divinité. En quoy certes ils ont très grande rayson, car chacun sçait que la couronne est un ornement de teste et un ornement royal, mais pourtant beaucoup moindre en valeur que la teste qui la porte et qui en est parée. De mesme, la très sainte humanité estoit beaucoup moindre que la divinité du Sauveur, mais néanmoins sa divine Majesté s'est voulu servir de cette humanité sacrée pour nous faire connoistre la grandeur de sa sagesse, bonté et miséricorde * ; et par ainsy * Cf. Ps. en, 4. elle a esté comme une couronne royale qui nous a fait comprendre en quelque façon, selon nostre capacité, la dignité du chef qu'elle a environné et orné.
Le reste des Pères * qui ont considéré les parolles de *Theodoret.,lnter- TEspouse tiennent que lors qu'elle invitoit ces filles de fJcum; s. Bem., Sion à regarder la couronne de son Bien-Aymé, de serm* " m EP1Phlaquelle sa mère [la Synagogue] l'avoit couronné au jour de sa joye et de son allégresse, elle entendoit parler de la couronne d'espines qu'il portoit au jour de sa Passion. Mais si cela est, pourquoy dit-elle au jour de sa joye, puisque c'est au jour de sa douleur et de sa mort, ainsy que luy mesme le déclare : Mon ame est triste jus que s à la mort*! Mon' Dieu, qu'est-ce que * Matt., xxvi, 38. cecy, qu'emmi une si grande allégresse il se trouvast une si grande tristesse ! O certes, la tristesse et la joye ne sont pas incompatibles ensemble, de sorte qu'elles se pouvoyent facilement rencontrer toutes deux en l'ame de Nostre Seigneur le jour de sa Passion. Nul ne doit douter qu'il n'y eust en son ame deux portions : l'une supérieure, qui embrassoit volontairement la mort pour satisfaire à la volonté divine à laquelle elle estoit parfaitement unie ; l'autre inférieure, qui craignoit la mort et les ignominies de la croix : si que l'allégresse et la tristesse avoyent toutes deux trouvé place en cette ame très sainte.
L'Espouse parle du jour de la joye de son Bien-Aymé.
212 Sermons recueillis
Vous sçavez que chaque chose se resjouit lors qu'elle produit son fruit ; si que l'on dit qu'au printemps la terre semble se resjouir, les arbres commençans à produire des fleurs qui sont des présages de la production des fruits. La
Ps. cxii, 9; Joan., femme aussi se resjouit en la production de ses enfans*. Si cela est, qui peut douter que le jour de la Passion du Sauveur ne fust \ejour de sa. joye et de son allégresse? car ne voyez-vous pas les fleurs qui sortent et commencent à bourgeonner autour de la Croix, présage certain des fruits que devoit rendre cet arbre de vie? je veux dire les mérites de cette mort, produisans les doux fruits de la salvation des hommes qui espereroyent en ces mérites? Que si la joye de la femme est de produire beaucoup d'enfans , combien de sujets de resjouissance Nostre Seigneur et Maistre eut-il au jour de sa Mort et Passion, puisque ce fut en iceluy qu'il fut fait Père de tous les enfans des hommes, et leur acquit la grâce pour cette vie passagère et la gloire pour la vie éternelle.
Ce ne fut pas seulement le jour de la joye de nostre cher Sauveur, mais encores celuy de la joye du Père éternel, des Anges et de toutes les âmes des Bienheureux. Et comment celuy du Père éternel, puisqu'il voyoit mourir son Fils de la mort naturelle? Ne vous semble-t-il pas que ce fut plustost le jour de sa douleur que non pas celuy de son allégresse? Hé, non certes, mes chères âmes, il ne nous doit pas sembler ainsy. La rayson nous le monstre, puisque ce fut alors que Dieu rendit le fruit de sa justice, de sa charité et de sa miséricorde envers les hommes. Outre cela, quel playsir pensez-vous qu'il eut de voir son Fils attaché sur la croix pour obéir à sa divine Majesté? Chacun sçait le contentement que les pères reçoivent en l'obéissance que leurs enfans leur rendent ; et plus ceux cy se monstrent sujets et obeissans à leurs volontés plus aussi ils reçoivent de complaisance à les aymer. O Dieu, quel acte d'obéissance est celuy cy ! Quel excès de complaisance pour le Père éternel, lequel avoit desja dit au baptesme de Nostre Seigneur qu'il estoit son Fils bien
•Matt.,111, ult. aymé*! Combien pensez-vous qu'il receut de contentement voyant qu'il luy rendoit le dernier et le plus