XXVI. Pour la fête de la Présentation
reconfirmer son offrande; car jamais elle ne discontinua, non pas mesme un seul moment, d'estre toute à Dieu et d'estre appliquée, collée et conjointe avec la divine volonté. Pour nous, au contraire, à cause de la continuelle vicissitude et variété de nos affections et humeurs, il est nécessaire qu'à toute heure, tous les jours, tous les moys et toutes les années nous reconfirmions et renouvellions les vœux et les paroles que nous avons prononcées d'estre tout à Dieu. C'est pourquoy, non seulement en la nouvelle Loy, ains en Fancienne mesme, l'on a tousjours observé de marquer certains temps et certains jours pour encourager les hommes à renouveller leurs bonnes resolutions.
Les Israélites, qui estoyent le peuple de Dieu, faisoyent leur renouvellement à chaque nouvelle lune, et pour y inviter un chacun, ils celebroyent des festes solemnelles, sonnant les trompettes* pour resveiller l'esprit, non en * Levit., xxm, 24;
, r r 1 • 11 Num.,x,io, xxix.i;
des fanfares ou choses vaines, ains après les choses Ps LXXX> À. éternelles. Et la sainte Eglise, comme une sage mère, nous va présentant de temps en temps, tout le long de l'année, des festes signalées, pour nous encourager à renouveller nos bons propos. Car, je vous prie, qui est celuy qui au jour solemnel de Pasques ne se renouvelle tout entier par des saintes affections et resolutions de mieux faire, voyant Nostre Seigneur tout renouvelle en sa Résurrection ? Qui est le Chrestien qui ne renouvelle point son cœur au jour de la Pentecoste, où il considère que Dieu envoyé du Ciel un nouvel esprit sur ceux qui l'ayment *, et au jour de la Toussaint où la sainte Eglise * Ps. l, 12; Ezech., nous représente la gloire et félicité des Esprits bienheureux, après laquelle nous souspirons et pour laquelle nous espérons ? En fin, qui peut estre de si petit courage qu'il ne s'efforce de se renouveller au jour de Noël, où l'on voit le Sauveur de nos âmes fait petit enfant tant aymable qui vient pour nous racheter ?
Mais outre toutes ces festes, c'a esté la coustume de tous ceux qui se sont plus spécialement dédiés à Dieu, comme les Religieux et Religieuses, de prendre un jour particulier pour reconfirmer leurs vœux à fin de mieux
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obéir au grand Apostre qui nous conseille de bien *Ubisupra,p.233. affermir nostre vocation *. Et comme le pourrions-nous mieux faire que par des reconfirmations du dessein que nous avons et du choix que nous en avons fait ? Vous avez donques, mes chères âmes, mis aujourd'huy un clou à vostre vocation par le renouvellement de vos vœux en présence de la divine Majesté, qui demande cela de vous en reconnoissance du don sacré qu'elle vous a fait à mesme temps d'elle mesme.
Je ne puis passer au troisiesme privilège de la glorieuse Vierge. Adjoustons néanmoins encores ce mot, qui est qu'elle fut obéissante à la divine Majesté, non seulement à ses commandemens, ains à ses volontés et à ses inspirations ; et c'est en quoy il faut que nous prenions garde, mes chères âmes, de l'imiter au plus près qu'il nous sera possible. Ce que je dis parce qu'il s'en trouve fort peu qui le fassent fidellement, et beaucoup qui protestent le vouloir faire. Obéir à la volonté de Dieu c'est obéir à sa parole. Demandez, je vous prie, à un Chrestien s'il ne veut pas obéir à la parole de Dieu : Oh ! sans doute je le veux. Mais escoutez Nostre Seigneur
* Matt., v, 3, 4. Cf. qui dit* : Bienheureux sont les pauvres d'esprit ; et supra, pp.. 22,223. cepen(iant il s'en trouve si peu qui ne veuillent estre
riches ! Moy je ne me soucie point d'estre riche, mais j'ayme la pauvreté. Ouy, pourveu que rien ne vous manque. Et de cette parole du Sauveur : Bienheureux sont les débonnaires, qui est-ce qui en tient compte ? Je viens du monde, et je vous puis asseurer qu'il s'en trouve bien peu qui la prattiquent. Quand on leur presche
* Matt., xi, 29. la douceur, parce que Nostre Seigneur a dit * : Apprenez
de moy que je suis doux et humble de cœur, il y en a peu qui ne respondent : Mais ceux qui sont doux ne se font pas assez craindre. O Dieu, si vous voulez estre redouté vous ne serez pas humble, car il n'y a rien qui soit plus contraire à l'humilité. Prenez garde que nostre divin Maistre ne voulut estre redouté qu'une fois en sa *Pag. 234. vie, ainsy que je l'ay desja touché *, quand il dit à ceux
qui le voulurent prendre au jardin des Olives : C'est moy. Il y en a moins encores qui veulent croire à cette