XXVI. Pour la fête de la Présentation
oster jusqu'à sa propre peau. La sacrée Vierge prévoyant tout cecy, se sousmet sans reserve quelconque, se donne et s'abandonne totalement à la merci de la divine volonté.
C'est icy le second privilège qu'elle a eu au dessus de toutes créatures, car jamais nulle ne se donna si parfaitement et absolument qu'elle à la divine Majesté. Elle obéit plus parfaitement à la parolle de Dieu que nulle autre, aussi se donna-t-elle plus absolument à luy que nulle autre. Qui donne tout ne se reserve rien. Mais qu'est-ce, je vous prie, que nous donner tout à Dieu? C'est ne se reserver aucune chose qui ne soit pour Dieu, non pas mesme une seule de nos affections ou de nos désirs. Et qu'est-ce que Dieu demande de nous ? Escoutez-le, de grâce, ce sacré Sauveur de nos âmes : Mon enfant, donne-moy ton cœur*, va-t-il répétant à un chacun * Prov., xxm, 26. de nous.
Mais, me dira-t-on, comment cela se peut-il faire que je donne à Dieu mon cœur qui est tout plein de péchés et d'imperfections? comment pourroit-il luy estre aggreable, puisqu'il est tout rempli de désobéissances à ses volontés ? Hé, pauvre homme, de quoy te fasches-tu ? pourquoy refuses-tu de le luy donner tel qu'il est ? N'entens-tu pas qu'il ne dit point : Donne-moy un cœur pur comme celuy des Anges ou de Nostre Dame, mais : Donne-moy ton cœur ? C'est le tien propre qu'il demande ; donne-le tel qu'il est. Car, helas ! ne sçavonsnous pas que tout ce qui est remis entre ses mains divines est converti en bien *? Ton cœur est-il de terre, * Cf. Rom., vin, 28. de boue ou de fange, ne crains point de le remettre entre les mains de Dieu ; quand il créa Adam il prit bien un peu de terre et puis il en fit une ame vivante*. As-tu *Gen., n, 7. un cœur bon ? donne-le tel qu'il est, car c'est ce que la divine Bonté demande. Il ne veut sinon ce que nous sommes et ce que nous avons.
En l'ancienne Loy Dieu avoit ordonné qu'un chacun visitast son Temple, mais il défendit que personne n'y vinst les mains vuides*, ni pauvres ni riches. Pourtant il *Exod., xxm, 15; ne vouloit pas que tous fissent une esgale offrande, car il vouloit que les riches, comme opulens, offrissent selon
Sermons recueillis
* Levit., xii, ult. ; leurs richesses et les pauvres, selon leur pauvreté * ; de
Deut., xvi, 17 ; Lu- ,.- r , » • 1 • 1
cœ, h, 24. sorte qu il ne se tust pas contente si les riches eussent
fait des offrandes convenables aux pauvres, parce que cela eust ressenti l'avarice, non plus qu'il n'eust pas esté content que les pauvres eussent fait l'offrande des riches, d'autant que c'eust esté présomption. Que les séculiers viennent offrir à la divine Majesté l'affection et la volonté qu'ils ont de suivre ses commandemens ; Dieu s'en contentera et ils seront bien heureux, puisque s'ils les
*Matt.,xix, 17. observent fidellement ils seront sauvés *. Mais que les âmes riches en saintes prétentions de faire de grandes choses pour Dieu ne viennent pas apporter l'offrande des pauvres, car il ne s'en contenteroit pas. Le Seigneur vous a enrichies de sa grâce, il veut que vous luy apportiez ce que vous avez.
Nostre Dame fait aujourd'huy une offrande telle que Dieu desiroit, car outre la dignité de sa personne qui surpasse toutes les autres après son Fils, elle offre tout ce qu'elle est et tout ce qu'elle a ; et c'est ce que Dieu demande. Oh que bien heureux sommes-nous donques nous autres, qui, par le moyen des vœux que nous avons faits, luy avons tout dédié, et nos corps et nos cœurs et nos moyens , renonçant aux richesses par le vœu de pauvreté, aux playsirs de la chair par celuy de chasteté, et à nostre propre volonté par celuy d'obéissance. O mondains, jouissez, si bon vous semble, de vos biens, pourveu que vous ne fassiez tort à personne ; prenez les playsirs licites et permis par la très sainte Eglise, faites vos volontés en tant et tant d'occurrences, Dieu vous permet tout cela. Mais nous autres, gardons bien de rien reserver, car Dieu ne veut point de reserve, il veut tout ; et comme il se donne tout à nous en son divin Sacrement, de mesme il nous veut tout entiers. Prenons garde qu'il
* Galat., vi, 7. ne peut pas estre trompé*; si nous disons que nous voulons tout donner, faisons-le absolument, sous peine d'estre chastiés comme Ananie et sa femme Saphire qui
* Act., v, 1-10. mentirent au Saint Esprit*.
Mais il n'est pas de nous comme de Nostre Dame , laquelle s'estant une fois donnée, n'avoit nul besoin de