XXVII. Pour la fête de saint Ambroise
faire tendre du costé du bien. C'est pourquoy il est fort à propos de nous lier et engager à la poursuite des biens éternels par le moyen du vœu que nous faisons de l'obéissance à la volonté de Dieu qui nous est signifiée par ses commandemens, ses conseils, nos Règles et les ordonnances des Supérieurs.
Quiconque sera plus fidelle à cette sainte sousmission sera tenu pour le plus sage. Le roy ne seroit pas réputé sage et prudent s'il ne se faisoit paisiblement obéir par ses sujets et ne gouvernoit son royaume selon la justice et l'équité comme il convient à un souverain ; un marchand ne sera pas estimé sage s'il ne tasche, par le moyen de son traffic , de s'enrichir et augmenter ses moyens ; et ainsy des autres. De mesme les Religieux ne seront point tenus pour sages s'ils ne recherchent de tout leur pouvoir d'aller tousjours plus avant au chemin de la perfection, puisqu'ils s'y sont obligés de leur propre mouvement, car nul ne les y a peu contraindre. C'est donques à eux que Nostre Seigneur dit : Vous estes le sel de la terre.
Mais je considère en après la troisiesme propriété du sel : c'est qu'il est propre à préserver de corruption et de putréfaction ce à quoy on l'applique. Les mondains font beaucoup d'œuvres bonnes en elles mesmes, mais le sel de la bonne intention y manquant, elles viennent quasi toutes à se corrompre et à estre desaggreables à la divine Majesté. O Dieu, si nous autres qui sommes dédiés au service de la divine Bonté faisions la centiesme partie des choses que les courtisans des rois et des princes font pour eux, indubitablement nous serions tous saints. Que de veilles insupportables et autres travaux tant du corps que de l'esprit ! Et cependant, ces pauvres gens perdent pour la pluspart toute leur peine, faute de relever leurs intentions et de le faire parce que les rois et les princes tiennent la place de Dieu quant aux choses temporelles, et que partant il les faut honnorer et servir de bon cœur *. La droite intention est ce qui rend nos * Rom., xm, 1-6 œuvres méritoires de la vie éternelle, et, comme nous avons desja dit, les œuvres indifférentes, voire mesme
les nécessaires pour la conservation de nostre vie, sont méritoires et fort aggreables à Nostre Seigneur.
Or, considérez combien le sont davantage les actions pénibles et contraires à la nature : la mortification des passions, de la propre volonté, du propre jugement et en fin l'entier renoncement de nous mesmes pour nous laisser conduire et gouverner au gré d'autruy, nous rendre maniables, pliables et entièrement sousmis en toutes occasions. Ces actions sont aussi infiniment aggreables à la divine Majesté et au Sauveur mesme qui s'est voulu rendre nostre Maistre, en nous enseignant cette prattique excellente du délaissement de nous mesmes pour nous sousmettre à autruy, et se rendant obéissant pour nous à son Père céleste jusques à la mort de la Philip., h, 8. croix *. C'est cette droite intention qui amené icy ces filles pour se sacrifier à Nostre Seigneur par la resolution inviolable d'estre toutes à Dieu ; elles ne se contentent pas d'observer ses commandemens, car elles ont esté touchées de cet amour du Saint Esprit qui fait qu'elles ne veulent pas seulement s'unir à Dieu par la prattique d'iceux comme le reste des Chrestiens, mais, par une prétention plus généreuse et amoureuse, elles se viennent obliger à l'observance de ses conseils et de ses volontés, pour estre tant soit peu plus unies au Ciel avec sa divine Bonté.
O que vous estes heureuses, mille fois plus que les impératrices et les reynes, non seulement parce qu'après avoir esté espouses de Jésus crucifié en cette vie vous le serez de Jésus glorifié là haut en sa gloire, mais aussi parce que la Croix du Sauveur est mille fois, et sans comparaison, plus honnorable que les sceptres et couronnes et les royaumes tout entiers de ce monde périssable. Que vous avez bien conceu Nostre Dame en la veille de sa Conception ! car, qu'est-ce autre chose concevoir la sacrée Vierge sinon concevoir la volonté et le désir de l'imiter en ses vertus ? Elle estoit si droite en ses intentions qu'elle ne voulut point donner son consentement d'estre Mère de Dieu que premier elle n'eust considéré si c'estoit la divine volonté ; mais l'ayant