XXVII. Pour la fête de saint Ambroise
descendre les Anges du Ciel et les a précipités en l'abisme de Fenfer, où ils seront éternellement esclaves de ses peines éternelles.
Et non seulement cette liberté a ruiné les Anges, mais encores les hommes. Qu'est-ce, je vous prie, qui précipita nostre mère Eve, et après elle nostre premier père Adam, dans le gouffre du péché, sinon le désir de faire leur propre volonté et jouir de leur indépendance ? Vous sçavez ce qui leur en arriva, et à nous après eux. Escoutez le Prophète *, lequel introduisant les mondains *Jerem.,n, 20; Ps. dit qu'ils ont secoué leur joug, et ayans rompu les liens XI' de charité se sont pris à dire : Qui est nostre maistre? se voulans ainsy gouverner eux mesmes, et protestans : Nous ne servirons pas ; c'est à sçavoir, nous ne dépendrons de personne sinon de nostre propre volonté, et par ainsy nous jouirons de nostre liberté. Mais, o Dieu, qu'est-ce qui suit cette liberté ? non autre certes qu'un éternel esclavage après cette vie mortelle, qui est de si peu de durée au prix de l'éternelle.
La folie des mondains fait d'autant plus connoistre et estimer la sagesse de ceux qui renoncent à leur propre liberté et s'assujettissent volontairement pour jamais. Mais quel est ce sel qui donne goust et saveur à toutes nos actions et sans lequel elles ne sçauroyent mériter que Nostre Seigneur les trouve bonnes ni aggreables à sa bonté ? C'est la sainte obéissance qui les rend aussi méritoires de la vie éternelle ; ouy, mesme une action qui de soy n'est nullement bonne et de nul mérite, si elle est faite par obéissance elle devient bonne, et les indifférentes sont rendues méritoires et aggreables à Dieu *. * Cf. supra, pp. 97, Certes, la pluspart des mondains font presque tout par tom.VIhujusÊdit.J caprice et fantasie. S'ils s'en vont dormir ils le font sou- p' 5* ventesfois par caprice ; ils mangent de mesme et ainsy des autres choses. Voire, bien souvent ils font leurs prières par caprice. Je le remarque en ce qu'on en trouve qui ne sont pas contens s'ils ne disent une grande quantité d'oraisons devant la Messe et après, et cependant voyez les durant le temps qu'on la dit, ils s'amusent bien souvent à causer et à se distraire. Pourtant ils sçavent
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bien que ce temps là est principalement donné pour la prière et pour rendre grâces à Nostre Seigneur des mystères qui y sont représentés.
Or les Religieux et ceux qui vivent vertueusement et sagement dans le monde n'agissent pas de la sorte, car ils ne font chose quelconque que par obéissance. S'ils se vont coucher ils le font simplement parce qu'il est expédient de donner du repos à leur corps à fin d'avoir par après assez de force pour le travail ordinaire et nécessaire pour la gloire de Dieu. Et ainsy du manger ; ils n'y vont que pour la mesme fin et parce que la cloche les appelle. Et quant aux prières, ils s'y rendent ridelles aux heures marquées, pour les faire avec la perfection qui leur est enseignée. O qu'ils sont heureux ceux cy parce qu'ils ne font rien qui ne soit aggreable à Dieu ! Vous estes le sel de la terre ; c'est à dire vous assaisonnez les actions mesme terrestres, et par ce moyen vous les rendez célestes.
Pourquoy pensez-vous que le Seigneur en l'ancienne
* Levit., 11, 13. Loy * eust commandé aux Israélites qu'ils se gardassent
bien de luy offrir aucun sacrifice où ils ne missent du sel ? Nostre divin Maistre reconfirma ce mesme comman-
* Marc, ix, 48. dément par sa sacrée bouche *, pour nous monstrer qu'il
vouloit que tous nos sacrifices fussent offerts avec une grande sagesse et considération. Ce qu'ayant fort bien considéré, ces filles qui se viennent offrir à Nostre Seigneur en sacrifice très aymable ont fait dessein de renoncer à leur propre liberté ; ne s'estimans pas assez sages pour se conduire elles mesmes, elles se viennent abandonner entre les bras de la sainte obéissance pour demeurer à jamais sujettes et sousmises à la volonté de Dieu et de leurs Supérieurs. O que c'est une grande sagesse de ne s'estimer pas assez sage pour se conduire soy mesme ! Je sçay bien que si nous nous laissions gouverner par la rayson elle nous meneroit bien avant dans le Ciel ; mais le péché a tellement gasté et tracassé nos puissances intérieures, que la partie inférieure de nostre ame a pour l'ordinaire plus de pouvoir pour nous tirer au mal que non pas la partie supérieure pour nous