‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 143 sur 273 · XXVIII. Pour la fête de la Purification · texte numérisé non relu

XXVIII. Pour la fête de la Purification

en toutes sortes d'evenemens, soit en l'oraison ou es autres occurrences, nous ferons tousjours nos oraisons et toutes autres choses utilement et aggreablement aux yeux de sa Bonté.

La seconde condition que nous trouvons estre nécessaire pour bien faire l'oraison est que nous attendions, comme le bon saint Simeon, la rédemption d'Israël, c'est à dire que nous vivions en l'attente de nostre propre perfection. (0 O qu'heureux sont ceux qui vivans en attente ne se lassent point d'attendre ! Ce que je dis pour plusieurs lesquels ayans le désir de se perfectionner par l'acquisition des vertus les voudroyent avoir toutes d'un coup, comme si la perfection ne consistoit qu'à la désirer. Ce seroit certes un grand bien si nous pouvions estre humbles tout aussi tost que nous avons désiré de l'estre, sans autre peine ; ou bien si un Ange pouvoit un jour remplir une sacristie de vertus et de la perfection mesme, et que nous n'eussions à faire que d'entrer là dedans et nous revestir d'icelle comme nous ferions d'une robe ; certes, ce seroit bien aggreable. Mais cela ne se pouvant, il faut que nous nous accoustumions à rechercher l'événement de nostre perfection selon les voyes ordinaires, en tranquillité de cœur, faisant tout ce que nous pouvons pour acquérir les vertus par la fidélité que nous aurons à les prattiquer, un chacun selon nostre condition et vocation ; et demeurons en attente pour ce qui regarde de parvenir tost ou tard au but de nostre prétention, laissant cela à la divine Providence, laquelle aura soin de nous consoler, comme saint Simeon, au temps qu'elle a destiné de le faire*. Et quand mesme ce * I Petri,uit.,7,io. ne seroit qu'à l'heure de nostre mort, cela nous doit suffire, pourveu que nous rendions nostre devoir en faisant tousjours ce qui est en nous et en nostre pouvoir. Nous aurons tousjours assez tost ce que nous desirons, quand nous l'aurons lors qu'il plaira à Dieu de nous le donner.

( 1 ) La suite de cet alinéa, sauf les lignes 16-21, figure dans l'Entretien De rObeissance. (Voir tome VI de cette Edition, pp. 164, 165, et la Table de correspondance.)

La troisiesme condition est qu'il faut estre, comme saint Simeon, timoré, c'est à dire plein de révérence

*Vid.not.(i),p.25<). devant Dieu au temps de la sainte oraison.* Car, en quel respect et en quelle révérence ne devons nous pas estre en parlant à la divine Majesté, puisque les Anges qui sont si purs tremblent en sa présence ? Mais, mon Dieu, je ne puis point avoir ce sentiment de la présence de Dieu qui cause une si grande humiliation de toute l'ame, c'est à dire de toutes les facultés de nostre ame, en fin cette révérence sensible qui me feroit anéantir si doucement et aggreablement devant Dieu. Or, ce n'est pas de celle cy que j'entens parler, ains de celle qui fait que la partie suprême et la pointe de nostre esprit se tient basse et en humilité devant Dieu, en reconnoissance de son infinie grandeur et de nostre profonde petitesse et indignité. O qu'il faisoit bon voir le respect avec lequel ce saint homme Simeon tenoit le divin Enfant entre ses bras, puisqu'il avoit la connoissance de la souveraine dignité de Celuy qu'il tenoit !

En quatriesmelieu, il est dit que le Saint Esprit estoit en saint Simeon et qu'il faisoit sa demeure en luy ; ce fut pour cela qu'il mérita de voir Nostre Seigneur et de le tenir entre ses bras. Il est donques nécessaire que nous donnions place en nous au Saint Esprit, si nous voulons que Nostre Dame ou saint Joseph nous donne à tenir et porter entre nos bras ce divin Sauveur de nos âmes auquel consiste tout nostre bonheur, puisque nous ne pouvons avoir accès vers son Père céleste que par son

*Rom.,v,2;Ephes., entremise et par sa faveur*. Or, que faut-il faire pour donner place en nous au Saint Esprit ? L Esprit du

*Sap.,i, 7. Seigneur a esté respandu sur toute la terre*; mais

* ibid., ff. 4, 5. pourtant il est dit en un autre endroit * qu'il n'habite point en un cœur feint et dissimulé. Grand cas que ce divin Esprit ne fasse nulle reserve pour n'habiter point en nous, que celle de la feintise et artifice ! Il faut donc estre simples et naïfs, si nous voulons qu'il vienne en nous, et par après Nostre Seigneur; car le Saint Esprit semble estre le fourrier de nostre Sauveur Jésus Christ, et comme il procède de luy de toute éternité entant que

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