XLIII
Nostre cher petit frère c'est ce béni Poupon que Nostre Dame vient aujourd'huy apporter au Temple et qu'elle remet elle mesme ou par l'entremise de saint Joseph au bon viellard Simeon. Il est plus probable que ce fut saint Joseph que non pas la sacrée Vierge, pour deux raysons, dont l'une est que les pères venoyent offrir leurs enfans, comme y ayans plus de part que la mère mesme ; l'autre, que les femmes n'estans pas encores purifiées n'osoyent pas approcher de l'autel où se faisoyent les offrandes*. Mais quoy qu'il en soit, il * Levit., xn, 4. n'importe pas beaucoup; il suffit que saint Simeon receut ce très béni Poupon entre ses bras , ou des mains de Nostre Dame ou bien de saint Joseph. O qu'heureux sont ceux qui vont au Temple disposés pour recevoir cette grâce, d'obtenir de cette divine Mère ou de son cher Espoux Nostre Seigneur et Maistre, car l'ayant entre nos bras nous n'avons plus rien à désirer, et pouvons bien chanter ce divin cantique : Laisse^ maintenant aller vostre serviteur en paix, o mon Dieu, puisque mon ame est pleinement satisfaite, possédant tout ce qui est de plus désirable soit au Ciel soit en la terre *. * Ps. lxxh, 25.
Mais considérons un peu, je vous prie, les conditions nécessaires pour obtenir cette faveur de prendre le Sauveur entre nos bras et de le recevoir des mains de Nostre Dame, comme saint Simeon et Anne, cette bonne vefve qui eut le bonheur de sej trouver au Temple en
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ce mesme temps. L'Eglise nous fait chanter que saint
*Antiph.iainLaud. Simeon estoit juste, qu'il estoit timoré*. En plusieurs
^ unie, ex uc.,n, encjroits ^e l'Escriture Sainte ce mot de timoré nous
fait entendre la révérence envers Dieu et les choses de
son service. Il estoit donc plein de révérence autour des
choses sacrées ; en après, il attendoit la rédemption
*Luc,ibid. d' Israël et le Saint Esprit estoit en lny *. Ces quatre
conditions sont nécessaires pour bien faire l'oraison,
puisqu'il les faut avoir premier que nous puissions tenir
Nostre Seigneur entre nos bras, en quoy consiste la
vraye oraison.
Premièrement, Simeon estoit juste ; qu'est-ce à dire •Cf.EntretienXix, cela, sinon qu'il avoit ajusté sa volonté à celle de Dieu*? Estre juste n'est autre qu'estre selon le cœur de Dieu et vivre selon son bon playsir. Quant à nous autres, nous sommes d'autant moins capables de faire la très sainte oraison, que nous avons nostre volonté moins unie et ajustée avec celle de Nostre Seigneur. Il faut que je me fasse mieux entendre. Demandez à une personne où elle va : Je m'en vay faire l'oraison. Cela est bon, Dieu vous veuille acheminer au but de vostre désir et entreprise ; mais dites-moy, je vous prie, qu'est-ce que vous y allez faire ? Je m'en vay demander à Dieu des consolations. C'est bien dit; vous ne voulez donques pas ajuster vostre volonté à celle de Dieu qui veut que vous y ayez des sécheresses et des stérilités ? cela n'est pas estre juste. Oh ! je m'en vay demander à Dieu qu'il me délivre de tant de distractions qui m'y arrivent et qui m'y impor- *Vid.not.(i),p.259. tunent. * Helas, ne voyez-vous pas que tout cela n'est pas rendre vostre volonté capable d'estre unie et ajustée à celle de Nostre Seigneur, qui veut qu'entrant à l'oraison vous soyez résolue d'y souffrir la peine des continuelles distractions, sécheresses et degousts qui vous y surviendront, demeurant aussi contente que si vous y aviez beaucoup de consolations et de tranquillité, puisque c'est une chose certaine que vostre oraison ne sera pas moins aggreable à Dieu, ni à vous moins utile, pour estre faite avec plus de difficultés. Pourveu que nous ajustions nostre volonté avec celle de la divine Majesté