‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 148 sur 273 · XXIX. Pour le Vendredi-Saint · texte numérisé non relu

XXIX. Pour le Vendredi-Saint

bien entendues de ceux qu'ils laissent après eux, soit leurs enfans ou autres qui doivent hériter de leurs biens. Et pour cela, plusieurs font leur testament en pleine santé, craignant que l'effort des douleurs mortelles ne leur oste le moyen de manifester leurs intentions à leur trespas. Mais Nostre Seigneur sçachant qu'il mettroit sa vie et la garderoit comme et quand il luy plairoit*, remit à faire son testament à la mort, testament qu'il scella et cachetta avant mesme qu'il fust escrit et prononcé.

Les hommes, pour monstrer que ce qui est escrit est leur volonté et qu'ils entendent qu'il soit ainsy fait, le cachettent de leur sceau, mais ils ne l'appliquent qu'après que tout est parachevé. Le Sauveur ne voulant prononcer son testament qu'en la croix et un peu avant que de mourir, appliqua néanmoins son sceau et cachetta son testament avant toutes autres choses. Son sceau n'est autre que luy mesme, ainsy qu'il l'avoit fait dire à Salomon parlant en sa personne à l'ame dévote* : Mets moy comme un sceau sur ton cœur et comme un cachet sur ton bras. Il appliqua ce sceau sacré lors qu'il institua le très saint et très adorable Sacrement de l'autel, qu'il appelle son nouveau testament* ; Sacrement qui contient en soy la Divinité et l'humanité tout ensemble, et entièrement la Personne sacrée de Nostre Seigneur.

Il se posa et appliqua donques sur nos cœurs par le moyen de la très sainte Communion comme un sceau sacré et un cachet très aymable. Puis il fit son testament, manifestant ses dernières volontés sur la croix un peu avant que de mourir, à fin qu'un chacun des hommes qui devoyent estre ses cohéritiers * au Royaume de son Père céleste fussent grandement bien instruits, tant de ce qu'ils devoyent faire comme de l'affection incomparable qu'il avoit pour eux. Il s'oublie soy mesme pour penser premièrement à eux, tant sa charité est grande, puis en après il retournera à soy mesme.

Son testament, mes chères âmes, n'est autre que les divines paroles qu'il prononça estant en la croix. Absorbé donques en cet amour qu'il portoit aux pécheurs, il se

Joan., x, 17, 18.

Cant., ult., 6.

* Matt., xxvi, 28; Lucse, xxii, 20 ; I Cor., xi, 25.

Rom., vin, 17.

print à amadouer son Père céleste l'appellant Père : Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne s gavent ce qu'ils font. O que voicy un document incomparable d'une parfaite charité ! Aynic\-vous les uns les autres

* joan., xm,34,xv, comme je vous ay aymés*, disoit-il souvent preschant

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