‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 147 sur 273 · XXIX. Pour le Vendredi-Saint · texte numérisé non relu

XXIX. Pour le Vendredi-Saint

aussi des Anges. Tous tiennent le salut de la divine Bonté, et l'ont en vertu de la Mort et Passion de Jésus Christ ; car de toute éternité il projetta cette miséricordieuse pensée * qu'il mourroit pour tous. Mais il faut confesser *Jerem., xxix, n,

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que les hommes ont un sujet d une consolation inexpli- a la Vie dev., Partie cable en cette Mort et Passion de Nostre Seigneur ; car V' c- X1Vsi bien il est le Sauveur des Anges il n'est pas pourtant leur Rédempteur*, mais ouy bien des hommes. Aussi * Cf. supra, p. 260. tost que les Anges eurent péché ils furent en mesme temps confirmés en leur malice par la volontaire élection qu'ils firent du mal et de ce qui pouvoit estre desaggreable à Dieu ; si que dès lors il n'y eut plus d'espérance pour eux de s'en .pouvoir desprendre. Dès qu'ils eurent esleu le péché ils furent rendus ses esclaves"; ils furent * Joan., vm, 14; cloués et attachés de telle façon à la perdition que tri, n,' 19. ' jamais plus il ne leur sera possible de s'en destacher. Ils se servirent malheureusement de leur franc arbitre contre la volonté divine, c'est pourquoy ce franc arbitre a esté fait serf des peines infernales pour jamais. Mais dès que l'homme eut mangé du fruit défendu de V arbre de science du bien et du mal*, Nostre Seigneur, c'est à * Gen., n, 17, m, 6. dire la seconde Personne de la sainte Trinité, résolut de venir racheter ce pauvre homme au prix de son très pretieux sang, se revestant de la nature humaine qu'il unit inséparablement à sa Personne divine pour se rendre capable de patir et mourir ainsy qu'il a fait.

O quelle pensée suave et aggreable plus qu'il ne se peut dire, quelle joye, quelle douceur de cœur, quelle délectation doit causer à l'homme cette vérité, que Nostre Seigneur est son Rédempteur et qu'il tient la vie de luy ! La vie luy a esté donnée à fin qu'il la donnast à un chacun et que tous la tinssent de luy comme il la tenoit de son Père *. Ce n'est pas de la vie corporelle que nous * Joan., v, 24-26, entendons parler, car nul n'en peut douter, ains de la VI' 5 vie spirituelle. Or, Nostre Seigneur possède une vie non commune et petite, mais une vie surabondante *, à fin * ibid., x, 10. qu'un chacun des hommes y participast et vescust de la mesme vie, qui est celle de la grâce, toute parfaite et tout aymable. Mais pour nous acquérir cette vie, Nostre

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•iCorinth. ,vi,uit.; Seigneur nous l'a achetée au prix de son sang-* et a livré

I Petn, 1, 18, 19. - . ■ r °

la sienne : donques nostre vie n'est pas nostre, ains sienne, nous ne sommes plus à nous, ains à luy. Puisqu'il nous a achetés, nous sommes ses esclaves ; quel heureux esclavage ! Il ne faut donques plus vivre pour

c^Tr'dTpAm'de nOUS ains pour luy *• ° (lue cette rayson est puissante

Dieu, l. vu, c vin. pour nous faire dédier totalement au service de cet amour céleste duquel nous avons esté si chèrement favorisés, et si je l'ose dire, au dessus des Anges mesmes.

Voyons maintenant comme Nostre Seigneur se monstra véritablement Sauveur et Rédempteur des hommes en sa Mort et Passion. Les félons Juifs ayans presque assouvi leur cruauté barbare et inouïe sur ce très doux

*jerem.,xi, 19. Aigneau*, l'ayans attaché à la croix, et vomi de leurs misérables bouches plusieurs exécrables blasphèmes contre sa divine Majesté, nostre Sauveur se print à crier ces divines parolles comme en contrecarrant ces injustes et indignes blasphèmes : Père, pardonnez-leur, car

* Luc», xxm, 34. U$ ne sçavent ce qu'ils font*. Mon Dieu, que ces parolles sont admirables ! Considérez, je vous prie, la douceur du cœur de nostre Maistre, et voyez comme la charité recherche des artifices pour parvenir au but de sa prétention qui est la gloire de Dieu et le salut du prochain. Mon Père, s'escrie nostre cher Sauveur ; comme s'il eust voulu dire : Je suis vostre Fils, resouvenez-vous que vous estes mon Père, et partant que vous ne me devez rien refuser. Et qu'est-ce qu'il demande? Rien pour luy, car il s'est oublié soy mesme. Il souffre beaucoup plus qu'il ne se peut jamais imaginer, mais pourtant il ne pense point à luy ni à ce qu'il endure ; il fait tout au contraire de nous autres qui ne pouvons penser qu'à nostre douleur quand nous en avons, et oublions presque toutes autres choses ; ouy mesme un mal de dents nous oste le souvenir de ce qui est autour de nous, tant nous nous aymons nous mesmes et nous sommes attachés à cette misérable chair.

Les hommes pensent presque toute leur vie à ce qu'ils ont à faire à leur mort, comme quoy ils pourront bien establir leurs dernières volontés à fin qu'elles soyent

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