‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 159 sur 273 · XXX. Pour lh mardi de Pâques · texte numérisé non relu

XXX. Pour lh mardi de Pâques

parce que la paix luy avoit esté annoncée de la part de Dieu en ce lieu là.

Il n'y a point de doute, mes chères âmes, que la Croix ne représente merveilleusement bien cet autel sur lequel fut offert le sacrifice de la paix, et lequel fut nommé ensuite la paix du Seigneur ; ou que plustost le sacrifice de Gedeon et son autel ne fust la figure de celu}' que Nostre Seigneur et Maistre accomplit sur la croix , puisque ce sacrifice a esté appelle le sacrifice d'accoisement et de pacification ; car les hommes ayant esté pacifiés avec Dieu*, receurent la paix en eux mesmes *Rom.,v,i;Ephes., au moyen de la grâce que le Sauveur leur acquit par "'2^I ' ° oss'' sa Mort et Passion. En cette mort il fut fait péché pour nous, ainsy que dit saint Paul*; c'est à sçavoir, luy qui * n cor., v, ult. estoit impeccable fut rendu comme un pécheur devant la face de Dieu son Père, ayant par sa bonté non ouye pris sur luy toutes nos iniquités* à fin de satisfaire 'is., un; Gai., 1,4;

,,.,.,.. I Pétri, 11, 24.

pour nous a la justice divine.

C'est ainsy qu'il fut offert comme un chevreau rosti. En l'ancienne Loy * il n'estoit pas si expressément dit * Exod., xn, 5. que l'on celebrast la Pasque en mangeant un aigneau, que l'on ne peust prendre un chevreau au lieu d'un aigneau, si qu'on se servoit de l'un ou de l'autre. Mais en cette Pasque ou en ce sacrifice que célébra Nostre Seigneur au jour de sa Passion, il s'offrit luy mesme non seulement comme un aigneau tout doux *, tout bénin, *Is.,Lin,7;jerem., gracieux et plein de pureté, mais aussi comme un che- "' *9" vreau qui porte les péchés de son peuple*. Il fut donc •Levit.,xvi,ai,aa. ainsy fait péché pour nous.

Le sacrifice de Gedeon estant dressé, VAn&e le toucha d'une baguette par le moyen de laquelle le feu clu ciel descendit sur iceluy et le consuma ; de mesme, le sacrifice de la Croix estant dressé, le Père éternel et non un Ange, le toucha de sa toute bonté, et soudain le feu de la très sainte charité survint qui le consuma. Et tout ainsy que par ce signe Gedeon demeura confirmé en l'espérance de l'événement de la paix et de la victoire qu'il devoit remporter sur les Madianites, comme l'Ange le luy avoit prédit, de mesme le sacrifice de la Croix

Sf.rm. III io

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estant consommé et Nostre Seigneur ayant dit : Mon

* Lucie, xxiii, 46. Père, je remets mon esprit entre vos mains*, les

hommes furent soudain confirmés en l'espérance que les Prophètes leur avoyent donnée par tant de siècles, que la paix seroit un jour faite en eux, et que l'ire de Dieu estant accoisée par le moyen de ce sacrifice, qui est un sacrifice de pacification, ils seroyent rendus victorieux et

* Ibid., 1, 70-79. triomphans de leurs ennemis *.

C'est ce que nostre divin Maistre vouloit signifier à ses Apostres par ces paroles : La paix soit avec vous, voyci mes pieds et mes mains, leur monstrant un signe certain que la paix leur estoit asseurée par le moyen de ses playes. Comme s'il eust voulu dire : Qu'avez-vous ? Je vois bien, mes Apostres, que vous estes tout craintifs et peureux ; mais désormais vous n'en avez plus aucun sujet, car je vous ay acquis la paix que je vous donne. Non seulement mon Père me la doit parce que je suis son Fils, mais encores parce que je l'ay achetée au prix de mon sang et de ces playes que je vous monstre. Désormais ne soyez plus couards ni peureux, car la guerre est finie. Vous avez eu quelques raysons de craindre ces jours passés quand vous m'avez veu fouetter (ou du moins vous l'avez ouï dire, car tous m'ont aban-

N Matt, xxvi, 56. donné* excepté l'un d'entre vous qui m'a esté fidelle). Vous avez donques sceu que j'ay esté battu, couronné

■ is., 1, 6, lui, 5. d'espines, navré dès la teste jusques aux pieds * et attaché à la croix, que j'ay souffert toutes sortes d'opprobres, de derelictions et d'ignominies, et qu'en somme mes ennemis bandés contre moy m'ont fait endurer mille tourmens. Mais à cette heure ne craigne^ plus, la paix soit en vos cœurs ; car je suis demeuré victorieux et ay terrassé tous mes adversaires : j'ay vaincu le diable, le monde et la chair. N'ayez point peur, car j'ay fait la paix entre mon Père céleste et les hommes, et c'est en ce sacrifice que j'ay offert à la divine Bonté sur l'arbre de la croix que s'est accomplie cette sainte reconcilia-

Videpag.prsced. tion *. Jusques à cette heure je vous ay donné diverses fois ma paix, mais maintenant je vous monstre comme je vous l'ay acquise. Je suis pauvre, car je n'ay rien*

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