XXX. Pour le mardi de Pâques
la paix les uns avec les autres et la paix avec nous
mesme *. La troisiesme est celle que nous posséderons * s. Bern^, serm. v
in festo Omn. SS.,
en la vie éternelle. Si j'ay du temps je traitteray de ces §s;s.Thom., Expos. trois sortes de paix, mais du moins parleray-je des deux ieC\°nn.dCap'XIV' premières.
Les Iraëlites ayans quitté l'observance des coramandemens de Dieu et s'estans départis de sa grâce, le Seigneur justement indigné contre eux, les laissa, en punition, tomber entre les mains des Madianites *, leurs *Judic.,vi, 1-24. ennemis jurés ; partant il leur osta sa paix en laquelle il les avoit tousjours tenus tandis qu'ils avoyent esté fidelles. Grand certes est le chastiment que Dieu tire de nous lors qu'il nous laisse entre les mains de nos ennemis, qu'il retire son divin secours et ne nous tient plus en sa très sainte protection. Quand il nous laisse à l'abandon c'est un très grand signe et indice certain de nostre perte, car indubitablement les Madianites, qui sont nos ennemis spirituels, auront prise sur nous et nous demeurerons vaincus.
Les Madianites donques ayans résolu de brusler les Israélites à petit feu, venoyent tous les ans trouppe à trouppe dans leurs villages au temps de la cueillette, de sorte qu'ils ne leur laissoyent rien pour vivre. Or, la bonté de Dieu qui est si grande envers les hommes, ayant abandonné les Israélites par l'espace d'environ sept ans, se résolut d'avoir pitié d'eux et envoya un Ange annoncer à Gedeon qu'il vouloit les restablir en leur première paix, et par son moyen*. L'Ange l'ayant ren- * Cf. supra, p. 139. contré dans un lieu où il battoit du blé, le salua en cette sorte : Le Seigneur est avec toy, homme fort entre tous les hommes. Puis il luy dit de quitter son occupation, de prendre les armes contre les Madianites et que sans faute il remporteroit la victoire et terrasseroit ses ennemis. Gedeon demeura bien estonné de ces parolles et respondit : Hé, comment est-il possible que ce que vous dites soit vray ? Vous m'asseurez que le Seigneur est avec moy ; si cela estoit, comme seroit-il possible que je fusse saisi et environné de tant d'afflictions? Le *D Seigneur est le Dieu- de paix*, et je ne suis qu'en aojetpassim,
guerre et en trouble. Grand cas de la tromperie du monde et des hommes qui croyent que là où est Nostre Seigneur l'affliction et la peine n'y peut estre, ains que la consolation y abonde tousjours. Or cela n'est pas ; au contraire, en l'affliction et en la tribulation Dieu se tient *Pss. xxxm, 19, xc, plus près de nous*, d'autant que nous avons plus besoin
i5,-Lucae,ult., 15,17.
de sa protection et de son secours.
Le Seigneur est avec toy, dit l'Ange, nonobstant que tu sois affligé. Mais, reprend Gedeon, helas, comment m'osez-vous appeller fort, puisque je suis si foible ? C'est le propre de l'ennemy de nous faire trouver foibles, en sorte qu'il nous semble n'avoir aucune force. Vous me dites, poursuit-il, que je prenne les armes et que je demeureray victorieux ; hé, ne sçavez-vous pas que je suis le moindre de tous les hommes ? C'est tout un, respond l'Ange, Dieu veut que ce soit toy qui délivres les Israélites de l'affliction en laquelle ils sont. Bien, dit Gedeon, je crois ce que vous m'annoncez, mais à fin d'en estre plus certain je voudrois qu'il vous pleust m'en donner quelques signes par lesquels je puisse reconnoistre que véritablement il arrivera tout ainsy que vous m'asseurez. Lors, l'Ange condescendant à son désir, luy dit : Va, prens un chevreau et dresse un sacrifice au Seigneur. Ce que Gedeon fit tout promptement , et ayant tué le chevreau et l'ayant accommodé avec une bonne sauce, print de la farine et fit des tourtes cuites sous la cendre. Ensuite il revint et dressa son sacrifice, lequel estant prest, l'Ange le toucha du bout d'une baguette et soudain le feu du ciel descendit qui le consuma. Puis l'Ange disparut ; ce que voyant Gedeon : Oh, dit-il, je suis mort, car fay veu un Ange. C'estoit l'opinion du vulgaire, quoy que fausse, car l'expérience l'avoit demonstré en plusieurs, qu'un homme vivant ne pouvoit voir un Ange sans mourir. Mais s'estant un peu rasseuré il reprint cœur et forces, et fit ce qui luy estoit commandé par l'Ange, que jusques à cette heure il avoit tenu pour quelque prophète passager. Despuis il esleva un autel au lieu où il luy avoit parlé, lequel il nomma Domini pax, c'est à dire la paix du Seigneur,