‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 176 sur 273 · T 4.' 1 1> XV, 26, XVI · texte numérisé non relu

T 4.' 1 1> XV, 26, XVI

Les presens sont estimes grans selon 1 amour avec lequel ils sont faits ; or, celuy ci n'est pas seulement fait avec un grand amour, ains c'est l'amour mesme qui est donné, car chacun doit sçavoir que le Saint Esprit est l'amour du Père et du Fils. Mais ce que nous disons que le Saint Esprit nous a esté donné par le Père et par le Fils, ne se doit pas entendre qu'il soit séparé ni de l'un ni de l'autre, parce qu'il ne se peut, n'estant qu'un seul et vray Dieu indivisible ; ains nous voulons dire que Dieu nous a donné sa divinité, bien que ce soit en la personne de son Saint Esprit. Et de cecy il en faut peu parler et beaucoup croire.

Nous pouvons considérer la grandeur du don du Saint Esprit avec tous ses effects, entant qu'il est envoyé par le Père éternel et par Nostre Seigneur à son Eglise, ou bien entant qu'il est envoyé à un chacun de nous en particulier. Certes, nous ne sçaurions assez remercier Dieu de ce qu'il a fait ce singulier présent à son Eglise, à cause des biens qui en résultent. Le Saint Esprit fut

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fort convenablement envoyé sous la forme et figure de langues et de langues de feu parce que c'est en la langue que l'Eglise a toute sa force. Qui ne sçait qu'elle opère tous ses mystères par la langue ? La prédication se fait par la langue ; dans le saint Baptesme, sans lequel

* Marc, ult., 16. nul ne peut estre sauvé *, il est nécessaire que la langue *s. August., Tract, intervienne pour donner à l'eau la force* de laver nos

lxxx in Joan., §3. - , . . . , , . . 0 . ,, ,

Cf. Les Contrôler- pecnes et iniquités ; de mesme le très saint Sacrifice de art !n?rtie m' °' h ^a ^esse ne se peut célébrer que par le ministère de la langue.

Mais considérons, je vous prie, ce don si pretieux entant qu'il est fait à un chacun de nous en particulier. Nous avons desja dit qu'il y a enclos en celuy ci sept autres dons, que nous appelions de crainte, science,

* isaia?, ubi supra, pieté, force, conseil, entendement et sapience*. Par

la suite que nous ferons de ces sept dons en remontant comme par une eschelle, nous connoistrons si nous avons receu le Saint Esprit ou non, puisqu'il a accoustumé de les communiquer aux âmes dans lesquelles il descend et qu'il trouve préparées pour le recevoir.

Commençons donques par celuy de crainte. Le don de crainte est le plus universel, car nous voyons que les meschans mesme ont de la crainte et frayeur entendans parler de la mort, du jugement et des peines éternelles. Cette crainte ne leur a pourtant point fait éviter le péché ni l'iniquité pource qu'ils n'avo}^ent pas receu le Saint Esprit ; car la crainte qui s'appelle don du Saint Esprit non seulement nous fait redouter les divins jugemens, la mort et l'enfer, mais elle nous fait craindre Dieu comme nostre Seigneur et nostre Juge, et partant nous porte à fuir le mal et tout ce que nous sçavons luy estre ♦Ibid. desaggreable. Remarquons, je vous prie, qu'il est dit*

que les dons du Saint Esprit, de sapience et les autres, reposèrent sur le chef de nostre divin Sauveur, et puis ensuite qu'il fut rempli de la crainte du Seigneur. Que veut dire cecy ? car nostre Maistre n'avoit point besoin de crainte. Nous devons donc sçavoir qu'il en fut rempli pour la respandre sur un chacun de nous, tant parfaits qu'imparfaits, parce que les parfaits doivent craindre de

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