‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 177 sur 273 · XXXII. Pour la fête de la Pentecôte · texte numérisé non relu

XXXII. Pour la fête de la Pentecôte

descheoir de leur perfection, et les imparfaits de ne la pouvoir acquérir. Et comme nous voyons qu'une fiole est remplie de quelque eau sans qu'elle en aye aucune nécessité, puisqu'elle est si dure que mesme elle n'en est pas pénétrée, ainsy nostre béni Sauveur fut rempli de la crainte du Seigneur, non point pour luy, car il ne s'en pouvoit servir, ains seulement pour la respandre sur ses

frères *. * Cf. tom. praeced.

Il ne faut pas beaucoup parler de la crainte, principa- UJUS 1 '' p' }' lement au lieu où je suis, puisqu'on ne s'en doit servir que pour venir au secours de l'amour quand il le requiert. Il ne faut pas non plus se tenir dans la crainte, ni moins la tenir dans nos cœurs, car c'est la place de l'amour, ains seulement la laisser à la porte de nostre cœur*, à * I Joan., iv, 18.

fi, 11 ., . «i» • Cf. Tr. de VAm. de

n quelle soit preste pour secourir 1 amour, ainsy que Bien, 1. xi, c. xvn.

j'ay dit. Passons au don de pieté qui est le second.

La pieté n'est autre chose qu'une crainte filiale, qui ne nous fait plus regarder Dieu comme nostre Juge, ains comme nostre Père, auquel nous redoutons de desplaire et desirons d'aggreer.

Mais il ne nous serviroit de gueres d'avoir le désir de plaire à Dieu et la crainte de luy desplaire si le Saint Esprit ne nous octroyoit le troisiesme don, qui est celuy de science, par lequel nous apprenons que c'est que vertu et que c'est que vice, ce qui est aggreable à Dieu et ce qui luy est desaggreable. Plusieurs des anciens philosophes ont bien sceu faire cette distinction. Aristote a fait un traitté admirable des vertus *, lequel nonobstant * Ethica ; alia. cela, ne laisse pas de brusler en enfer*, parce qu'avant *Cf-S. Aug.,Enar-

r i r ~x j rat.,in Ps.cxl,§ 19;

reconneu le chemin de la vertu il ne Ta pas voulu suivre*. Traitté de VAm. de Par le don de science, le Saint Esprit nous ayde à *Çf. Rom.,' 1,19-31. reconnoistre les vertus dont la prattique nous est nécessaire et les vices qu'il faut éviter.

Il est aussi très nécessaire que le Saint Esprit nous baille le quatriesme don qui est celuy de la force, car autrement les precedens ne nous serviroyent de rien, puisqu'il ne suffit pas d'avoir la volonté d'éviter le mal et celle de faire le bien, encores moins de connoistre l'un et l'autre, si nous ne mettons la main à l'œuvre*

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Pour cela nous avons une grande nécessité de la force ; mais il faut que nous sçachions en quoy elle consiste. Ce n'est pas à faire comme Alexandre le Grand, lequel conquit tout le monde à force d'armes. Il n'avoit pas le don de force, combien qu'on le luy attribue pour ses conquestes ; sa force consistoit en des balles de plomb qui fracassoyent les murailles des villes et abattoyent les chasteaux. Il avoit encor moins le courage dont on le loue tant ; la preuve est qu'il n'avoit pas le pouvoir sur soy mesme de se surmonter à ne pas boire un verre de vin, car il estoit un ivrogne. Voyez-le se vautrer, et pleurer lors qu'un certain philosophe luy vint dire qu'il y avoit encores d'autres mondes que celuy qu'il avoit

Vide supra, p. 171. subjugué et assujetti * : il eut un tel regret de ne les pouvoir conquérir qu'il ne s'en peut résoudre.

Faisons un peu comparaison de la vaillance et du courage d'un saint Paul ermite, ou plustost du grand Apostre saint Paul, avec cet Alexandre. Celuy ci ruine les villes, abat les chasteaux, s'assujettit le monde à force d'armes et se laisse à la fin vaincre par soy mesme. Au contraire, nostre grand Apostre semble vouloir subjuguer et parcourir toute la terre pour renverser non les murailles mais les cœurs des hommes, et les

'I Cor., 1, 21-25. sousmettre à son Maistre par sa prédication*; et non content de cela, voyez, je vous prie, le pouvoir qu'il a sur soy mesme, debellant et assujettissant ses affections

'Ibid., ix, ult. et passions à la règle de la rayson*, et le tout à la très sainte volonté de la divine Majesté. C'est en quoy consiste le don de force et la grandeur de courage : à se surmonter soy mesme pour s'assujettir à Dieu, mortifiant et retranchant de nos esprits toutes leurs superfluités et imperfections pour petites qu'elles soyent, sans aucune reserve ; et de plus, ce don nous fait entreprendre de parvenir à la plus haute perfection , sans craindre la difficulté qu'il y a pour l'acquérir.

Mais estans ainsy résolus et fortifiés pour embrasser la vraye prattique des vertus, il faut que nous ayons le don de conseil pour choisir celles qui nous sont le plus nécessaires selon nostre vocation ; car, bien qu'il soit

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