‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 18 sur 273 · IV. Pour le ii' Dimanche de Carême · texte numérisé non relu

IV. Pour le ii' Dimanche de Carême

Excès veut dire extase : il parloit donques de V excès.

Quel excès ? Celuy ci, que Dieu descende de sa gloire

suprême. Et pour quoy faire ? Pour prendre nostre

humanité et se rendre sujet aux hommes, voire mesme

à toutes les misères humaines, jusques là qu'estant

immortel il s'est rendu sujet à la mort et à la mort

de la croix *. L'amour ne se repaist point comme nous * Philip., n, 6-8.

pensons. Nostre Seigneur parle donques de sa Passion et

de sa Mort parce que c'est le souverain acte de son

amour ; aussi les Bienheureux, en la gloire éternelle, ne

parleront ni ne se resjouiront de rien tant que de cette

mort *. On doit par conséquent emmy la consolation se * Apoc, v, 9, 12.

resouvenir de la Passion. Non certes, il ne faut pas dire

comme saint Pierre : Il est bon que nous soyons icy *, * Matt., xvn, 4.

mais : Il est bon que nous passions par icy pour aller à

la montagne de Calvaire.

Il faut monter sur la montagne de Thabor pour y estre consolé, direz-vous, car cela pousse et fait avancer les âmes foibles qui n'ont pas le courage de faire le bien sans y sentir de la satisfaction. Ha certes, pardonnez moy, la vraye perfection ne s'acquiert point emmy la consolation. Hé, ne le voyez-vous pas en nostre mystère d'aujourd'huy ? Ces trois Apostres ayans veu la gloire de Nostre Seigneur ne laissèrent par après de le quitter en sa Passion, et saint Pierre qui avoit parlé tousjours plus hardiment, commit néanmoins un très grand péché reniant son Maistre. On descend de la montagne de Thabor pécheur, mais au contraire on descend de celle de Calvaire justifié* ; cela s'entend quand on s'y tient *Cf.Lucae,xvm,i4. ferme au pied de la Croix comme Nostre Dame, qui est le parangon de tout ce qui est de beau et d'excellent au Ciel et en la terre. Saint Jean y demeura ferme aux pieds de son Maistre, et jamais plus on ne trouve qu'il commit des péchés. L'on est véritablement fort en crainte emmy la consolation, car on ne sçait si on ayme les consolations de Dieu, ou bien le Dieu des consolations* ; * II Cor., 1, 3. mais en l'affliction il n'y a rien à craindre, pourveu qu'on soit fidelle, d'autant qu'il n'y a rien de délectable. Voyla donques quant à la seconde considération.

30 Sermons recueillis

Je fais la troisiesme sur ce que l'on entendit la voix

du Père éternel qui dit : Celuy ci est mon Fils bien

■ Matt., xvn, 5 ; Il aymé, escoute\-le *. Il faut donques obéir au Père éternel

^ôtri i i*7

en suivant Nostre Seigneur pour ouyr sa parole. Et voyci comme nous sommes enseignés que tous, de quelle condition qu'ils soyent, doivent prier et faire oraison, car c'est là où principalement ce divin Maistre nous parle. Je ne dis pas que nous devons faire autant d'oraison les uns que les autres, car il ne seroit pas à propos que ceux qui ont beaucoup d'affaires demeurassent aussi longuement en oraison que les Religieux. Je dis bien néanmoins que si vous voulez bien faire vostre devoir, il faut que vous priiez Dieu, et c'est en l'oraison que nous apprenons à bien faire ce que nous faisons. Quand Nostre Seigneur a voulu accomplir quelque grande chose il s'est mis en oraison, mais non pas en une simple oraison faite sans préparation, ains il se retiroit en la montagne et entroit en la solitude. Avant de commencer sa prédication et la Matt., iv, i, 2. conversion des âmes, il s'y retira quarante jours *. Aujourd'huy il se veut transfigurer et faire voir un eschantillon de sa gloire à ses trois Apostres, il se met en oraison et en extase, et y estant, il fut veu la face plus reluisante que le soleil et ses vestemens plus blancs que neige; et c'est nostre première considération. Apres, il est veu entre Moyse et Elie, parlant de V excès qu'il devoit faire en Hierusalem ; et celle cy est la seconde. Ensuite l'on entend la voix du Père éternel qui dit: Celuy ci est mon Fils bien aymè, escoute\ le; le troisiesme degré de l'oraison, voire mesme de la perfection, est donc d'obéir au Père en escoutant son Fils. Mais il ne serviroit de rien de l'escouter si nous ne faisions ce qu'il nous dit, observant fidellement ses commandemens et ses volontés. Or, pour l'escouter volontiers il s'en trouveroit plusieurs ; beaucoup aussi qui le voudroyent suivre en la montagne de Thabor, mais fort peu en celle de Calvaire. L'une est néanmoins plus profitable que l'autre ; comme de mesme il y a plus de profit à accomplir la volonté de Dieu, ou bien à l'aymer en quelque événement qui nous contrarie, que non pas à

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