V. Pour le Dimanche des Rameaux
faut regarder ardemment le Ciel pour y aspirer, ou bien se précipiter tout d'un coup aux enfers.
Mais d'autant qu'il n'y a créature si malheureuse qui n'ait quelque chose de bon, l'asnesse a une grande simplicité : elle est sans artifice, sans destour et sans fiel ; c'est pour cela que Nostre Seigneur l'a choisie, car il n'y a point de vertu que Dieu ayme tant et qui l'attire davantage dans une ame que la simplicité. Aussi voyons nous qu'il la recommande fort particulièrement à ses Apostres quand il dit* : Soye\ prudens comme le ser- *Matt., x, 16. pent et simples comme la colombe. Disons quelque chose de cette vertu *. *Cf. Entretien xn,
t-. « , -. . , , , circa initium.
Four entendre que c est que simplicité, nous devons premièrement sçavoir qu'il y a trois vertus qui ont un tel cousinage et ressemblance qu'il semble n'y avoir point de différence entre elles : la vérité, la pureté et la simplicité. La vérité n'est autre chose sinon nous monstrer tels en l'extérieur que nous sommes en l'intérieur ; car le mensonge gist à dire ou à faire quelque chose contraire à nostre sentiment intérieur. La pureté est une vertu qui ne peut souffrir aucune souilleure de péché en nos cœurs. Une ame pure n'a point ses intentions meslées, ains elle n'en a qu'une en tout ce qu'elle fait. Aller à l'église pour prier Dieu, et avoir encores intention d'y parler à quelqu'un avec qui l'on a affaire, c'est une intention impure, car elle est meslée. Un autre exemple : aller à l'oraison pour adorer Dieu, et y joindre l'intention d'obtenir des consolations, qui ne voit que cela est impur ? La pureté donques n'a qu'une seule intention, ou au moins n'en conserve point d'impure et qui ne tende à la gloire de Dieu.
Mais la simplicité surpasse ces deux vertus, d'autant qu'elle regarde droit à Dieu. L'Espoux, au Cantique des Cantiques*, nous le fait bien voir quand il asseure que *Cap. iv, 9; juxta son Espouse luy a ravi le cœur par un de ses yeux et SePtua°par un de ses cheveux ; voulant dire : Ma mie, ma toute chère, ma colombe, tu m'as regardé de tes deux yeux, mais maintenant tu as fermé l'œil gauche avec lequel tu voyois les recompenses éternelles, parce que
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34 Sermons recueillis
tu en es toute asseurée en persévérant en mon amour ; tu ne regardes donques plus que moy, ni ne penses plus qu'en moy, car tes cheveux, à sçavoir tes pensées, tu les as toutes réduites en une qui est pour moy, c'est pourquoy tu m'as ravi le cœur. Cecy est la parfaite simplicité, de n'avoir en tout ce que l'on fait qu'une seule et unique prétention de plaire à Dieu, et c'est ce que Nostre Seigneur voulut enseigner à ses Apostres quand il leur recommanda d'estre prudens comme le serpent
* Pag. pneced. et simples comme la colombe *. Je sçay bien, vouloit-il
dire, que conversant parmi les hommes il faut que vous ayez de la prudence pour assembler diverses sortes de prétentions, mais aussi je veux que vous soye^ simples, en les réduisant toutes en une, qui est ma plus grande gloire.
Le trouble et l'inquiétude que l'on a, voire mesme pour ce qui est de l'avancement de nos âmes en la perfection, est contraire à la parfaite simplicité, puisque cette vertu consiste en une certaine tranquillité de cœur et paix intérieure de l'ame qui se tient comme Magdeleine aux pieds de Nostre Seigneur, tandis que
* Lucœ, x, 39-42. Marthe s'empresse. C'est pourquoy il la reprend *, car
si elle eust eu simplement soin de le bien servir, elle n'eust pas assemblé tant de prétentions pour que tout fust en bon ordre, et n'eust pas esté reprise. L'ame simple veut bien travailler pour se rendre parfaite, puisque Dieu le veut, mais elle ne s'empresse point, ains en laisse l'événement au divin bon playsir. Cela soit dit quant à la première considération.
Nostre Sauveur donques, voulant estre monté sur une asnesse pour entrer en Hierusalem, dit à deux de ses Apostres : Alle^ vous-en au village qui est proche, entrez en une telle maison, deslie\ V asnesse et Vasnon, et me les amene\; et si Von vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin. Ces deux disciples partent tout incontinent. Voyez-vous, ce sont des bons Religieux, d'autant qu'ils obéissent tout promptement, sans réplique. Les Religieux de ce temps cy eussent bien esté plus discrets, car ils eussent au moins respondu :