XXXVII. Pour la fête de la Présentation
ayment la chose commandée et n'ayment pas Dieu qui commande. Voyla un prédicateur qui annonce la divine parole ; tout le monde y court. Pourquoy ? parce qu'il fait des merveilles. En voyla un autre qui presche la mesme parole ; personne n'y va. Hé, dit-on, ce prédicateur ne me plaist pas, il n'a point de grâce; son discours n'est point aggreable. Helas ! pauvres gens, pourquoy cela ? C'est qu'il n'a point de langue frétillante et telles autres choses. Oh! quel aveuglement est celuy cy ! N'estce pas la parole et volonté de Dieu qu'il vous annonce? Or, si vous aymez cette divine parole, et Dieu qui vous l'envoyé et qui commande qu'on fasse sa volonté, pourquoy ne la recevrez-vous pas d'aussi bon cœur de celuy cy comme d'un autre? Si un prince ou un roy vous envoyoit quelques lettres par un sien page, regarderiez-vous, pour avoir ces lettres aggreables, si le page est vestu de gris, vert ou jaune? Non certes, ains vous prendriez ces lettres et les mettriez sur vostre teste en signe de resjouissance et révérence, sans avoir esgard à la livrée de celuy qui les apporte. Pourquoy donques n'escoutez-vous et ne recevez-vous la sacrée parole des uns comme des autres ?
Plusieurs ayment la chose commandée et n'ayment pas Dieu qui commande. On ordonnera à une fille (pour ne parler à cette heure que de vostre sexe) d'aller faire oraison ou tel autre exercice qu'elle goustera. Certes, elle ira volontiers. Et pourquoy? parce qu'elle Fayme à cause de quelque suavité et consolation qu'elle y trouve. On ne luy dit mot, elle ne parle point, elle ne fait rien, personne ne la touche, elle reçoit là quelque douceur. Et c'est l'amour propre qui fait cela. Il est vray, car tirez-la de là et l'employez à d'autres choses qu'elle n'aymera pas, et vous verrez si elle le fait et si elle en sort sans rechigner. Qui ne voit qu'elle n'ayme pas Dieu qui commande, ains seulement la chose commandée ? car si elle aymoit Dieu qui commande elle aymeroit autant le Donateur des contrariétés que le Donateur des consolations.
Un autre aymera Dieu qui commande et n'aymera
396 Sermons recueillis
pas la chose commandée. Je sçay bien, dira-t-il, qu'estant la volonté de Dieu, la chose qui m'est ordonnée est bonne ; mais j'y ay tant de répugnance et de difficulté, je ne la sçaurois aggreer. De plus, quand je tascherois de l'aymer, celuy qui me l'ordonne de la part de Dieu est de si mauvaise grâce, il a une si pauvre mine, qu'il me la rend tout à fait desplaisante et de mauvaise saveur. Il a une mine si froide, si sèche que l'on ne trouve nulle suavité à ce qu'il commande. O Dieu, voyci la cause de
*Cf. Entretien xi. tous nos maux *. Quand nos Supérieurs et ceux qui gouvernent sont à nostre goust, fantasie et inclination et selon nos humeurs, nous ne trouvons rien de difficile ; mais s'ils ne sont pas selon nostre affection, les moindres choses ordonnées par eux nous sont rudes. D'où vient cela sinon de ce que nous ne regardons pas Dieu qui nous envoyé le commandement, et que pour l'aggreer nous prenons garde si celuy qui nous l'apporte est vestu de vert ou de gris, et quelle est sa mine et contenance? Or, il ne faut pas faire cela, mais recevoir l'obéissance comme volonté divine, n'importe par qui elle nous soit signifiée, aymant Dieu qui ordonne, prenant ce commandement et le mettant sur nostre teste, c'est à dire dans le fond de nostre volonté, pour l'accepter et exécuter avec fidélité. Que si nostre cœur répugne à la chose commandée, il le faut flatter et la luy faire aggreer tout doucement. Ce faisant, nous imiterons la glorieuse Vierge et nous rendrons totalement à Dieu.
Par vos renouvellemens, mes chères Filles, vous allez reprendre de nouvelles forces et rebander tous vos arcs pour le service et dilection de Nostre Seigneur ; car certes, tant que nous vivrons nous aurons besoin de nous renouveller et relever. Tous les Saints ont fait ainsy, et mesme ce renouvellement se prattiquoit en l'ancienne
*Cf.supra,p.237. Loy *, d'autant que nostre nature est de soy si infirme que facilement elle se refroidit et vient à descheoir. La terre mesme se lasse et ne veut pas faire ses productions, elle se repose en hiver ; mais quand le printemps arrive elle se renouvelle, et nous nous resjouissons de voir qu'ayant repris sa vigueur elle nous fait amplement part