‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 219 sur 273 · XXXVII. Pour la fête de la Présentation · texte numérisé non relu

XXXVII. Pour la fête de la Présentation

quoy qu'il ne leur faille pas parler des conseils, d'autant qu'ils se contentent seulement d'éviter ce qui les peut condamner. Ceux-là sont heureux néanmoins , car ils auront part au Royaume de Dieu.

D'autres entendent bien l'inspiration , mais ils se veulent donner du bon temps. Ils proposent de se dédier tout à Dieu, mais ils se veulent reserver quelque chose. Hé, disent-ils, je me donneray à Dieu, mais non pas si absolument que le monde n'y aye encores quelque part. Je rendray à Dieu ce qui luy est deu *, mais je me * Matt., xxu, 21. reserveray ce qui est deu au monde, à sçavoir les yeux, les cheveux, que sçay-je moy, telles autres bagatelles, sans toutefois rien faire en cela qui soit contraire à la loy divine. Ils sont encores heureux ceux icy.

D'autres veulent bien suivre l'inspiration et la volonté de Dieu, ils veulent estre tout à luy, mais non pas totalement ; car il y a bien différence entre estre tout à Dieu, et totalement à Dieu. Au moins ils prétendent se reserver le choix des exercices spirituels, car cela est bon, disent-ils, c'est pour Dieu, c'est à fin de le mieux servir, et je voy bien qu'un tel exercice m'est meilleur qu'un autre. Helas ! ceux cy se mettent en danger d'estre séduits et trompés en se voulant gouverner à leur fantasie pour ne se pas sousmettre, et se reservant le choix de leurs exercices ou manière de vivre qu'ils se forment selon leur caprice. Et ne voyez-vous pas qu'en faisant cette reserve vous n'estes pas totalement à Dieu ? Mais c'est pour Dieu. Je le veux; cependant la glorieuse Vierge ne fit certes pas ainsy, car elle se donna totalement à luy au jour de sa Présentation, sans aucune reserve pour petite qu'elle peust estre ; elle n'usa jamais de sa volonté ni de son choix, n'en ayant retenu un seul petit brin pour chose quelconque, et elle persévéra très parfaitement en cecy tout le temps de sa vie, demeurant tousjours totalement à son Dieu.

Oh ! quand on considère le cours de la très sainte vie de cette Dame, je vous asseure qu'on a le cœur tout rempli de douceur et suavité ; et quand on regarde les rares exemples qu'elle nous a laissés , l'on est tout

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ravi en admiration. Si l'on veut avoir de la douceur pour se comporter et mesme pour la porter au cœur de son prochain, il la faut prendre en la considération de la vie de nostre divine Maistresse. Elle vous doit tousjours estre devant les yeux, mes très chères Filles, pour former vostre vie sur la sienne et ajuster toutes vos actions et affections au niveau des siennes; car vous estes ses filles, vous la devez donc suivre et imiter, et vous servir de ses exemples comme d'un miroùer dans lequel vous vous regardiez sans cesse. Or, bien que la douceur que vous recevrez par le regard et considération de la vie de Nostre Dame tombe dans un vaysseau d'argile, elle ne lairra pas d'estre d'une suavité admirable, car le baume mis dans un vaysseau de terre est aussi suave que dans une fiole de cristal.

Combien cette divine Mère nous a-t-elle laissé de merveilleux exemples de son obéissance à la volonté de Dieu ! Voyez son mariage à saint Joseph, sa fuite en Egypte. Où allez-vous, o glorieuse Vierge, avec ce petit Poupon ? Je m'en vay en Egypte. Qui vous y fait aller? La volonté de Dieu. Sera-ce pour long temps ? Tant qu'il luy plaira. Et quand reviendrez-vous? Quand Dieu le commandera. Mais lors que vous reviendrez ne serezvous pas bien plus joyeuse qu'en y allant? O non certes. Et pourquoy ? Parce que je feray aussi bien la volonté de Dieu en y allant et demeurant qu'en m'en revenant. Mais vous en retournant vous irez dans vostre patrie. O Dieu, je n'ay point de patrie que celle d'accomplir la Ci.ir.deVAm.de volonté divine *. O admirable exemple d'obéissance que celuy-cy !

Puisque je suis sur le sujet de l'obéissance, je vous diray deux conditions fondamentales de cette vertu, lesquelles je deduiray briefvement. La première est que pour obéir parfaitement il faut aymer Dieu qui commande ; la seconde c'est qu'il faut aymer la chose commandée. Tous les manquemens que nous faisons à l'obéissance procèdent pour l'ordinaire du défaut de ces deux conditions. Plusieurs a}^ment Dieu qui commande, mais ils n'ayment pas la chose commandée ; d'autres

Dieu, 1. IX, c. xiv.

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