XXXVIII. Pour le 11e Dimanche de l'Avent
Mon Dieu, quelle pitié, et quelle bigearrerie est la nostre ! O non certes, il n'y a point d'esgalité parmi nous, et toutefois c'est l'une des choses les plus nécessaires qui soyent en la vie spirituelle. Nous sommes des roseaux qui nous laissons emporter à toutes nos humeurs. Mais je veux achever en disant du glorieux saint Ambroise, duquel nous commencerons cette nuit à célébrer la feste, ce que Nostre Seigneur dit de saint Jean Baptiste : Vous n'avez point veu un roseau dans le désert. Vous luy devez une particulière dévotion, car il a esté le père spirituel de saint Augustin, lequel raconte en ses Confessions* comme non seulement les doctes *LibriV, adfinem,
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prédications de ce grand Saint, mais encores sa douceur et debonnaireté luy desroba le cœur. Il estoit françois, c'est à dire il naquit en France, bien que saint Augustin le trouvast à Milan. Il est rapporté en sa Vie* qu'estant encor petit enfant dans le berceau, un essaim d'abeilles vint se reposer et faire du miel sur ses lèvres, présage de sa future douceur et mansuétude. Si nous demandons à ce glorieux Saint : Tu quis es * ? Qui es-tu ? Il nous sera sans doute respondu : Dites ce que vous ave\ veu et entendu. Dites que vous ave\ veu un homme doux, charitable et zélé pour la gloire de Dieu ; un vigilant pasteur, en fin un homme accompli en toutes vertus et qui s'acquittoit soigneusement de tous les devoirs de sa charge, ayant les deux portions de l'ame si bien réglées qu'il n'avoit point de haine que pour le péché ni d'amour que pour la dilection de nostre cher Sauveur.
Toutefois, bien que grandement doux et clément, si estoit-il fort severe à punir et reprendre ce qui estoit digne de reprehension, sans se laisser fléchir par aucune considération quelle qu'elle fust. Quel zèle ne fit-il pas paroistre en la façon qu'il traitta l'empereur Theodose *, luy refusant l'entrée de l'église et luy parlant avec une sévérité admirable, sans jamais désister jusques à ce qu'il eust reconneu sa faute. Et quand on luy representoit que c'estoit un empereur à qui il s'en prenoit , comme tesmoignoit-il par ses paroles qu'il n'avoit esgard qu'à la gloire de Dieu ! Que ne dit-il pas à ceux qui, sur ce
* Auctore Paulino, §3-
Joan., 1, 19.
* Paulinus, in Vita ejus, § 24.
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sujet, luy representoyent la faute de David ! Eh bien, respondoit-il, vous me parlez de la faute de David, mais vous ne m'alléguez rien de sa pénitence. Si l'Empereur veut la faire comme luy, les portes de l'église luy seront ouvertes, autrement non. Et il monstra bien que, sans avoir esgard ni à roy ni à empereur, il demeureroit ferme à exercer ce qui estoit de sa charge. Dites donques ce que vous ave\ veu et entendu ; car la renommée de ce grand Saint s'estendoit par tout, de manière que des gens doctes et bien expérimentés venoyent de fort loin pour entendre sa doctrine.
Voyla comme il est vray que l'homme se connoist par ses œuvres. Que si nous voulons sçavoir quels nous sommes, il nous faut regarder quelles sont nos œuvres, reformant ce qui n'est pas bien et perfectionnant ce qui est bon , à fin qu'imitant ces deux glorieux Saints en leurs vertus, nous jouissions avec eux de la gloire là haut au Ciel. Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.