XXXIX. Pour le me Dimanche de l'Avent
qu'elle est la base de toutes les vertus, car sans elle il n'y en a point ; et bien qu'elle ne soit pas la première, la charité et l'amour de Dieu la surpassant en dignité et excellence, si est-ce que la chcirité a une telle convenance et sympathie avec l'humilité, qu'elles ne vont jamais l'une sans l'autre *. *Cf.EntretienVin,
, ,,, . . , ad finem, et supra,
Je vous raconteray a ce propos, puisqu il tait a mon pp. iI0, 224-226. sujet, un beau trait que j'ay leu avec playsir es Vies des Pères tout fraischement imprimées ; l'autheur les a recueillies fort curieusement et soigneusement *. Il rap- * Vit* Patrum, 1.
, . , ? -d ,. . . III, § 126, 1. VII,
porte donques que plusieurs de ces bons Religieux estans c.xm,§7.Cf. supra, assemblés et parlans les uns avec les autres (c'estoit une p- wconférence spirituelle, un entretien familier), l'un d'eux louoit hautement l'obéissance, un autre la charité, un troisiesme la patience. L'un d'entre eux ayant ouy ce que tous ses frères alleguoyent sur les vertus, dit : Pour moy, il me semble que l'humilité est la première de toutes et la plus nécessaire ; et il fit cette comparaison qui revient bien à mon propos. L'humilité et la charité, dit-il, sont ensemble comme Jean Baptiste et Nostre Seigneur. L'humilité est le fourrier et le précurseur de la charité, comme saint Jean Baptiste l'estoit du Sauveur. C'est elle qui prépare les voyes ; c'est une voix qui crie : Applanisse^ le chemin du Seigneur ; et tout ainsy que Jean Baptiste vint devant le Messie, il faut aussi que l'humilité vienne vuider les cœurs pour puis après recevoir la charité, car elle ne pourra jamais demeurer en une ame que l'humilité ne luy aye premièrement préparé le logis.
Saint Antoine fut un jour ravi en extase, et comme il revint à soy ses bons Religieux luy demandèrent ce qu'il avoit veu. Il leur dit : J'ay veu le monde tout rempli de filets propres à faire non seulement chopper, mais encores tomber lourdement les hommes dans des profonds précipices. Ils repartirent : Et si tout est rempli de filets qui donques en eschappera ? Il leur respondit : Ceux là seulement qui seront humbles*. En quoy nous • Vit» Patrum, î.v, voyons combien l'humilité est requise pour résister aux l • xv> s *• tentations et eschapper aux filets du diable.
Saint Jean l'avoit en un degré de très grande perfec-
* Matt. , m, ii ; tion. Vous me demandez pourquoy je baptize ? dit-il*.
n'' h 2 Je baptise avec Veau pour la pénitence ; mais il y
en a un parmi vous, lequel vous ne connoisse\ pas, qui en baptizant remet les péchés. Vous voulez sçavoir qui je suis : je vous dis que je ne suis rien qu'une voix. Comme s'il vouloit dire : O pauvres gens, que vous estes bien trompés en moy ! Vous pensez que je suis le Messie parce que je suis tout nud, c'est à dire que je ne suis pas vestu comme les autres hommes, mon vestement estant tissu de poils de chameaux. Je ne mange point de pain ni de viande, et ne me nourris que de sauterelles
* Matt., m, 4. et du miel sauvage * que les avettes m'apportent ; je ne *Lucae, 1, 15. bois point de vin *, je n'ay point de mayson, ains j'habite
dans le désert avec les bestes ; je suis sur le fleuve Jour-
* ibid., m, 3. d ai n, baptizant avec de l'eau et près chant la pénitence* ',
et pour cela vous croyez que je suis le Messie. Or je vous dis que je ne le suis pas, mais seulement la voix de celuy qui crie au désert. Nous vous en parlerons Dimanche prochain, car l'heure est passée.
Mais comment saint Jean se pouvoit-il plus abaisser que de dire qu'il n'estoit qu'une voix ? car la voix n'est qu'une fumée, qu'une exhalaison qui s'en va en l'air mener quelque peu de bruit et puis disparoist. Vous croyez que je suis le Messie, et moy je vous proteste que je ne suis pas mesme homme, ains moins qu'homme, car je ne suis qu'une simple voix. Si vous allez dans ce désert, vous trouverez des échos parmi ces rochers ; que si vous parlez ils vous respondront, d'autant que vos voix entrans dans la concavité de la montagne il s'y forme une parole semblable à la vostre. Or, lequel est-ce d'entre vous qui estime l'echo un homme à cause qu'il luy respond ? cela ne s'est jamais veu. Hé bien, c'est ce que je suis et rien davantage. Voyla donques ce glorieux saint Jean humilié jusques au plus profond de son néant. Mais à mesure qu'il s'abaisse, Dieu l'exalte et crie tout
*Ubisupra,p.425. haut qu'il est Prophète et plus que Prophète*; il l'appelle encores Ange, disant : Voicy que j'envoye mon
Matt., xi, lo. ' Ange, et i celuy préparera ta voye *.