‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 238 sur 273 · XXXIX. Pour le me Dimanche de l'Avent · texte numérisé non relu

XXXIX. Pour le me Dimanche de l'Avent

Or, ces ambassadeurs tout estonnés repartirent : Si tu n'es pas le Christ, ni Elie, ni Prophète, pourquoy est-ce que tu baptises*, pourquoy as-tu des disciples *Joan., 1, 25. et fais-tu des œuvres si merveilleuses ? En quel esprit les fais-tu? Certes, tu as beau te cacher et dissimuler, tes œuvres nous font bien voir que tu es quelque chose de grand, c'est pourquoy dis-le-nous, à fin que nous sçachions ce que nous rapporterons à ceux qui nous ont envoyés. Voyez-vous, ils perdent quasi patience auprès de l'humilité de saint Jean. -A la vérité, les ambassadeurs ont besoin de patience, et c'est une grande vertu que celle cy, laquelle est du tout nécessaire non seulement aux ambassadeurs mais à tous les Chrestiens ; aussi j'ay accoustumé de dire que la patience est la vraye vertu des Chrestiens.

Il confessa et ne le nia point, dit l'Evangeliste, qu'il n'estoit ni le Christ, ni Elie, ni Prophète. Ces paroles s'expliquent par un hebraïsme. (La langue hébraïque est certes admirable, elle est toute divine ; c'est celle cy que Nostre Seigneur parloit quand il estoit en ce monde *, et selon quelques Docteurs, c'est celle que les *Coiiigitur ex mui-

tis locis Evangel.,

Bienheureux parlent là haut au Ciel *. Les phrases hebraï- et ex josepho.

.,, , * Vide Cornel. et

ques ont tous] ours une merveilleuse grâce en tout ce qu'elles expriment.) Il confessa et ne le nia pas. Ces deux mots sont quasi une mesme chose, car confesser sa faute c'est ne la pas nier, et ne la pas nier c'est la confesser ; néanmoins il y a une petite différence entre iceux.

A ce propos, je diray ces deux mots de la confession *, bien que je l'aj^e touché d'autres fois en d'autres églises ; mais peut estre que ceux qui m'entendoyent ne sont pas icy et que quelques uns sont morts du despuis. Plusieurs se confessent et nient en mesme temps. Que veux-je dire, sinon que plusieurs se vont confesser de leurs défauts, mais en telle sorte qu'en s'accusant ils s'excusent, disant plusieurs parolles pour monstrer que si bien ils ont fait la faute qu'ils advouent, ils ont eu rayson de la faire. Et non seulement ils s'excusent en s'accusant, mais encores ils accusent les autres. Je me suis mis en colère et j'ay

alios, in I Cor.,xm,

* Cf. Serm. indic.

supra, p. 419.

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fait tel manquement par ce mouvement là, mais j'en avois bien sujet ; l'on m'avoit fait ou dit telle chose, c'estoit pour une telle occasion. Voyez-vous pas qu'en confessant vostre faute vous la niez ? Dites donques : C'a esté par ma malice, par mon impatience et mauvais naturel, ou en suite de mes passions et inclinations mal mortifiées que j'ay commis telle et telle faute. Un autre dira : J'ay mesdit d'autruy, mais c'a esté en des sujets tout clairs et manifestes, je ne suis pas le seul qui aye dit ou veu cela. Et voyla comme nous nions estre coulpables de la faute que nous accusons.

Il n'en faut pas faire ainsy, ains il se faut confesser clairement et nettement, mettant la faute dessus nous, nous tenans pour vrayement coulpables, sans nous mettre en souci de ce que l'on dira ou pensera. Voyla ce que je suis, devons-nous dire. C'est ainsy qu'a fait le glorieux saint Jean : il l'a confessé et ne l'a point nié. Sans se soucier que l'on diroit ou penseroit, il est allé droitement devant Dieu, et n'a point fait comme ceux qui vont et ne vont pas. Vous trouverez des âmes auxquelles on dira : Il faut faire cela, il faut aller là. Mais avant que de faire ou aller au lieu qui leur est marqué elles feront mille retours et regards. Elles ressemblent à ces servantes qu'on envoyé faire quelque message, lesquelles vont bien où on les mande, mais en allant elles s'amusent à chaque boutique qu'elles rencontrent en leur chemin, parlant tantost à celuy cy, tantost à l'autre; la moindre petite chose qu'elles voyent les arreste. Telles sortes de gens vont et ne vont pas.

Ces ambassadeurs veulent donques sçavoir qui est saint Jean, à fin de le rapporter à ceux qui les ont envoyés ; mais il ne leur dit autre chose sinon : Je suis la voix de Celuy qui crie au désert : Applanisse\ le chemin Joan., 1, 22, 23 ; du Seigneur *. Remarquez, je vous prie, la parfaitte humilité de ce glorieux Saint : plus ils le vont poursuivant, plus il va reculant et s'approfondissant dans son néant, montant tousjours en un plus haut degré d'humilité. O noble vertu d'humilité tant nécessaire à l'homme en cette basse terre 1 Ce n'est pas sans rayson qu'on dit

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