‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 25 sur 273 · VI. Pour le Vendredi-Saint · texte numérisé non relu

VI. Pour le Vendredi-Saint

de la Croix par toutes leurs pensées, qui sont signifiées par leurs cheveux.

Que me reste-t-il plus à adjouster, sinon à vous convier d'escouter ce que saint Paul * nous recommande * Philip., n, 5. aujourd'huy, qui est que nous taschions de ressentir en nous ce que nostre Maistre a ressenti en ce jour pour nous ? Qu'est-ce que ce grand Saint veut dire ? Veut-il que nous ressentions un amour purement affectif pour Nostre Seigneur sur la croix ? veut-il que nous pleurions de compassion? O non, ce n'est pas ce que le Sauveur demande de nous que l'amour affectif qui nous fait jetter des larmes ou nous cause tant de désirs sans effects ; l'enfer est plein de ces désirs*. Vaines sont ces tendretés, *Cf.s.Bern.,Serm.

m in Temp. Resur.,

que nous voudrions pourtant avoir comme si nostre bien §3;Ser.xixinCant. dependoit d'elles ; il ne les faut ni désirer ni rechercher. Cela appartient aux esprits foibles de dépendre de ces sentimens qui ne servent pour l'ordinaire que d'amusement. C'est l'amour effectif que Nostre Seigneur demande, et c'est celuy-là, avec l'amour affectif, qu'il nous a monstre sur la croix, joignant fort bien l'un de ces amours à l'autre. Mais voulez-vous sçavoir ce qu'il a ressenti et ce que saint Paul veut que nous ressentions avec luy? C'est cet anéantissement. Il s'est vuidé de luy mesme* ; il faut * Philip., u, 7. que nous le fassions aussi, nous anéantissant jusques à nostre rien, et nous vuidant tant qu'il nous sera possible de toutes nos passions, inclinations, aversions, répugnances au bien. De plus, il faut que nous gardions ce ressentiment le reste de nostre vie, sans vouloir jamais estre consolés de la mort de nostre divin Sauveur, ains que nos esprits gardent ce continuel regret, et soyent morts par la continuelle mortification de leurs superfluités, à l'imitation du grand saint Ignace qui disoit que l'on ne pensast pas qu'il vescust, puisqu'il avoit crucifié son amour, ou que son amour estoit crucifié *. Il * Apud s. Dionys. vouloit signifier qu'il avoit tellement mortifié son amour Nomin.,ï.IV,§xu! propre qu'il n'en avoit plus, ou qu'il l'avoit tout logé en Nostre Seigneur crucifié. Il avoit bien rayson, ce grand Saint, d'asseurer qu'il ne vivoit plus, car oster l'amour de nos âmes c'est leur oster la vie.

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Ne trouvez donques pas estrange si je dis qu'il faut que nos esprits soyent en continuel regret de la mort de nostre Maistre, puisque c'est la mort de nostre amour. Et comment ce divin Sauveur ne seroit-il l'amour de nos âmes, veu qu'il est leur Espoux, et tout particulie-

* Vide Piatum, De ment celuy des Religieuses? car les anciens Pères* i.i,cc.xxxin,xxxiv| disent tout clair et hardiment qu'elles ont esté espousées l. Il, c. xm. par ie pjjs rïe Djeu> et fondent sur cette alliance les

relations spéciales que Dieu le Père et Nostre Dame contractent avec elles. Le voile noir qu'elles portent les doit faire resouvenir qu'elles sont espouses d'un homme trespassé. Les mariages du monde se rompent et se desfont par la mort ; mais celuy cy est bien au contraire, car il se fait en la mort et par la mort de nostre Sauveur et unique Maistre. Allez donques, et aymez tellement Celuy qui est mort pour nous unir *Cf. Il Cor., v, 14, à luy et pour nous tesmoigner son amour*, que rien ne puisse vivre en vous que luy, à fin que vous puissiez

* Gaiat., n, 20. dire avec saint Paul * : Je vis, mais non pas moy, ains

Jésus Christ vit en moy. En fin, l'amour a fait mourir nostre Maistre, il ne reste plus sinon que nous vivions d'amour pour luy ; mais non pas d'un amour tel quel, ains d'un amour semblable au sien (je ne dis pas esgal, car il ne se peut), d'un amour fort et courageux qui croisse emmi les contradictions, sans se lasser jamais de combattre pour ce divin Amant.

Soyons bien ayses de nous rendre semblables à luy en son abjection en cette vie, couronnant nos testes de la couronne d'espines, à l'imitation de ce grand roy de Hierusalem, Godefroy de Bouillon. Apres qu'il eut conquis la Terre Sainte pour la foy de Nostre Seigneur (car pour lors les infidelles la possedoyent), on voulut mettre une couronne d'or sur son chef ; mais luy, commençant à s'escrier, la refusa disant : A Dieu ne plaise que je sois couronné d'une couronne d'or, où

* Gulieim. Tyrius, mon Sauveur et mon Maistre a esté couronné d'espines*! lHISxRce.1ix:.^anSnl', Ha Dieu, il n'en sera pas ainsy ; apportez-m'en une

d'espines, telle que celle de mon Maistre, et j'en orneray mon chef. O que ce roy estoit grand en pieté ! il le

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