‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 264 sur 273 · XLII. Sur le ier verset du Cantique des Cantiques · texte numérisé non relu

XLII. Sur le ier verset du Cantique des Cantiques

nostre volonté attachée aux choses de la terre ? Il faut

doriques avoir l'estomach de nos âmes vuide, si nous

voulons tetter les mammelles de Nostre Seigneur et

recevoir ses saintes grâces, ainsy que Nostre Dame nous

l'apprend en son sacré Cantique, quand elle dit que Dieu

a rempli de biens ceux qui avoyent faim, mais que

pour les riches, c'est à dire ceux qui estoyent pleins et

rassasiés des choses de la terre, il les a rejettes et ne

leur a rien donné : Esurientes implevit bonis, et

divites dimisit inanes * ; paroles par lesquelles cette * Lucae> h 53-

Sainte Vierge nous apprend que Dieu ne communique

ses grâces et ne remplit de biens sinon ceux qui ont

cette faim spirituelle, et qui sont vuides d'eux mesmes

et des choses terrestres et mondaines. O Dieu, mes

chères Filles, ayons donques cette faim, je vous prie ;

ayons un grand désir de l'amour de Nostre Seigneur, et

taschons de nous rendre semblables aux petits enfans *, * Ubi infra-

à fin qu'il nous donne ses divines mammelles à tetter, et

qu'il nous prenne entre ses bras et nous mette sur sa

sacrée poitrine.

L'Escriture Sainte nous enseigne que quand ce divin Sauveur de nos âmes estoit en ce monde conversant avec les hommes, il caressoit les petits enfans, les embrassoit et prenoit entre ses bras, comme il fit le petit saint Martial, ou saint Ignace martyr, suivant l'opinion de plusieurs Docteurs (0, qui disent que Nostre Seigneur le tenant un jour entre ses bras et le considérant, il se tourna vers ses disciples et leur dit : En vérité, si vous n'estes faits comme ce petit enfant, vous n 'entrerez point au Royaume des deux; Amen dico vobis, nisi efftciamini et conversi fueritis sicut parvulus

( 1 ) L'opinion commune, celle que saint François de Sales partage, comme on le voit dans son Traittê de V Amour de Dieu (Livre I, chap. ix, et Livre VII, chap. 11), est que l'heureux enfant pressé dans les bras du Sauveur était bien saint Martial qui mourut Evêque de Limoges. Nicéphore est le premier qui ait avancé que cet enfant était saint Ignace martyr (Histor. Ecoles., lib. II, cap. xxxv), et il ne donne aucune preuve de cette assertion. Peut-être s'est-il fondé sur le titre de Theophoros attribué au saint Patriarche d'Antioche ; car, bien que cette dénomination signifie Porteur de Dieu, elle peut encore être interprétée Porté par Dieu.

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* Matt., xviii, 1-4, iste , non intrabitis in Regnum cœlorum *. Cela ix, 35, x, 13-16. veut dire que si nous n'avons la simplicité, douceur et humilité d'un petit enfant, et si nous ne nous reposons par une entière résignation et parfaite confiance entre les bras de Nostre Seigneur, comme l'enfant entre les bras de sa mère, nous n'entrerons point en son Royaume.

Or, le saint Prophète David parle excellemment bien de cette humilité au Psaume cxxx : Domine, non est exaltatum cor meum, neque elati sunt oculi met ; Seigneur, dit-il, je n'ay point eu le cœur hautain, et mes yeux ne se sont point eslevés. Il veut dire : Encor que vous m'ayez eslevé à des honneurs et à des faveurs si grandes que de me porter dessus vostre poitrine et me donner vos divines mammelles à succer, néanmoins je n'ay point eslevé mon regard en choses hautes, ni n'ay point retiré mes yeux de dessus la terre, qui est mon *Gen.,m, 19. origine et en laquelle je dois retourner *, ains j'ay tousjours porté la veuë basse, en la considération de mon néant et de mon abjection ; mon cœur ne s'est point enflé d'orgueil pour les grandes grâces que vous m'avez faites. Neque ambulavi in magnis, neque in mirabilibus super me ; Je n'ay point cheminé plus hautement qu'il ne m'appartenoit, et n'ay point porté mon entendement à la recherche des choses curieuses et admirables.

Certes, ce saint Prophète sçavoit bien qu'il faut approcher de cette divine Majesté avec une grande simplicité et humilité. Si je ne me suis abaissé et humilié, dit-il, voicy, o Seigneur, ce que je veux qui m'arrive : Sicut ablactatus est super matre sua, ita retributio in anima mea ; C'est que vous me sépariez de vous et me retiriez vos sacrées mammelles, et je demeureray comme l'enfant sevré avant le temps, qui ne fait plus que languir, pleurer, gémir, se lamenter et regretter sa perte ; si donques je n'ay tousjours esté bas , vil et abject à mes yeux et à mon propre jugement, ainsy s oit-il fait à mon ame. Voyla ce que le Prophète veut qu'il luy arrive, s'il ne marche devant Dieu en esprit d'humilité.

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