XI. Pour la fête de saint Jean Porte-Latine 8i
pénétrer les consciences et connoistre les péchés les plus secrets, en avoit une si grande horreur, qu'il failloit qu'elle se destournast pour s'empescher de les voir. Et de nostre temps, le bienheureux Philippe Nerius avoit receu cette mesme grâce de la divine Bonté ; souvent il se bouchoit le nez pour ne sentir une si grande puanteur qui sortoit des pécheurs. L'autre rayson est parce qu'il n'est pas expédient que l'on voye le cœur des bons, de peur qu'ils ne tombent en vanité ou que cela ne donne de la jalousie aux autres. Or, en Nostre Seigneur il n'y avoit rien à craindre que l'on vist son cœur, parce qu'il n'y avoit rien en luy qui peust donner de l'horreur, puisqu'il estoit si pur, si saint et la pureté mesme ; il ne pouvoit point aussi tomber en vanité, luy qui estoit l'Autheur de la gloire.
Je considère la ferveur avec laquelle ces deux Saints respondirent à Nostre Seigneur lors qu'il leur parla de boire son calice : Nous le pouvons, dirent-ils. Voyezvous, lors que nous avons des chaleurs, des bons sentimens et consolations il nous semble que nous ferons des merveilles ; mais aux moindres petites occasions, nous choppons et donnons du nez en terre. Si l'on nous touche le bout du doigt ou le bout du pied, nous nous retirons aussi tost ; si on nous dit une petite parole qui ne soit pas selon nostre gré, nous nous offensons. Nous faisons comme ces soldats d'Ephraïm, lesquels avoyent fait des grans exploits de guerre et avoyent tant de vaillance en imagination qu'ils pensoyent massacrer tous leurs ennemis ; mais quand ce vint au fait et au prendre ils devindrent pasles et sans courage, tournant le dos *. Nous en * ps. lxxvh, 9. sommes de mesme, car nous faisons en esprit de beaux exploits et de belles resolutions, nous imaginant que nous faisons choses et autres pour Dieu ; mais quand ce vient aux occasions, nous tournons le dos et manquons de courage et de fidélité.
Saint Pierre dit à Nostre Seigneur avec une grande ferveur : Je ne vous quitteray point, mais je mourray avec vous*; et à la seule voix d'une chambrière, il le ! Lucœ> XXI1' 33;
Joan., xiii, 37.
renia trois fois*. Certes, lors qu'il nous vient de ces *Matt.,xxvi, 69-75.
Serm. III 6
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ardens désirs de faire de grandes choses pour Dieu, nous devons alors plus que jamais nous approfondir en l'humilité et défiance de nous mesmes et en la confiance en Dieu, nous jettant entre ses bras, reconnoissant que nous n'avons nul pouvoir pour effectuer nos resolutions et bons désirs, ni faire chose quelconque qui luy soit aggreable; mais en luy et avec sa grâce toutes choses nous seront
* Philip., iv, 13. possibles*. Celuy-là seroit bien fol qui voudroit faire
quelque grand bastiment et édifice et ne considereroit pas auparavant s'il a de quoy payer et satisfaire pour *Cf.Luc,xiv,28-3o. cela*. Nous autres qui voulons acheter le Ciel, et faire ce grand bastiment et édifice de la perfection, nous sommes des fols lors que nous ne considérons pas si nous avons de quoy payer et ce qu'il faut donner pour l'avoir; faute de cette considération, nous demeurons court en chemin.
La monnoye avec laquelle il nous faut acheter cette perfection, c'est nostre propre volonté, laquelle il nous faut vendre et nous en desfaire, la quittant entièrement.
* Matt, xvi, 24; Il faut renoncer à nous mesme et prendre la croix *, il
LuC3? IX 25.
faut sousmettre nostre propre jugement , il nous faut desfaire de nos mauvaises inclinations et humeurs. En fin nous ne l'acquerrons jamais par une autre voye ; il nous
* Matt., xni, 46. faut vendre tout pour avoir cette précieuse perle* de
l'amour sacré que Dieu se prépare à nous donner, si nous sommes fidelles à travailler pour l'acquérir. Bienheureuses sont donques les âmes qui boivent le calice avec Nostre Seigneur, qui se mortifient, portent la croix et souffrent amoureusement pour son amour, et qui reçoivent également de sa main toutes sortes d'evenemens. Mais, mon Dieu, qu'il s'en trouve peu! Toutefois, je ne dis pas cela sans faire quelques exceptions.
Vous me direz néanmoins qu'il y en a tant qui désirent de souffrir et porter la croix ; et c'est la vérité. Je le sçay qu'il y en a plusieurs qui le désirent, et demandent à Dieu les peines et afflictions, le priant qu'il les fasse souffrir ; mais c'est avec cette condition qu'il les visite et console souvent en leur souffrance, qu'il leur tesmoigne qu'il l'a aggreable, qu'il se plaist de les voir souffrir, et