‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 50 sur 273 · XIII. Pour la fête de Notre-Dame des Neiges · texte numérisé non relu

XIII. Pour la fête de Notre-Dame des Neiges

en songe d'aller sur le monticule nommé Esquilin, et de faire bastir une église à l'honneur de la sacrée Vierge Nostre Dame en l'endroit qu'ils trouveroyent couvert de neige. Miracle certes très grand au mois d'aoust et en la ville de Rome où les chaleurs sont si excessives. Ce bien heureux Jean s'en alla déclarer sa révélation au Pape, et il se trouva que celuy-cy avoit eu le mesme signe. Les trois révélations estans confrontées, on visita le lieu, on remarqua la place, et lors on y bastit l'église qui y est encores aujourd'huy et que l'on nomme Sainte Marie Majeure.

Revenons maintenant à nostre Evangile*. Cette bonne * Lucae, xi, 27, 28. femme s'estant escriée : Bienheureux est le ventre qui t'a porté et les mammelles que tu as succèes, Nostre Seigneur respondant dit : Il est vray ; comme qui diroit : Voire ! mais bienheureux sont ceux qui escoutent la parole de Dieu et la gardent, c'est à sçavoir, qui la mettent en efifect. L'on en voit qui oyant parler de la Mort du Sauveur pleurent fort tendrement, et néanmoins ne laissent pas de nourrir en eux mille sortes d'imperfections contre cette sainte Passion sur laquelle ils ont pleuré*. * Cf. introd. a laVie

dâvotc Partie IV

Vous autres qui faites profession de la spiritualité c. xm! sçavez la différence qu'il y a entre l'amour effectif et l'amour affectif. Nostre Seigneur ne se contente pas de l'affectif si on ne luy donne encores l'effectif. Ne voyezvous pas qu'il ne dit pas seulement estre bienheureux ceux qui escoutent sa parole, ains adjouste ceux qui V observent? Dieu monstre assez qu'il ne juge pas qu'on l'escoute si on ne l'effectue avec affection de sousmission et d'obéissance ; aussi se plaint-il de son peuple parce que luy ayant parlé, il n'en a pas esté ouy*; *Prov., 1, 24; Is.,

,,,.,.,, . rc -i LXV» I2> LXVI, 4:

c est a dire qu ils n ont pas mis en enect ses paroles, jerem., vu, 13.

d'autant qu'ils l'avoyent bien ouy de leurs oreilles. Or,

cela ne suffit pas, car il veut que nous l'escoutions avec

le dessein d'en faire nostre proffit. De mesme quand

nostre divin Maistre dit, parlant des Supérieurs : Qui

vous escoute m'escoute et celuy qui vous mesprise

me mesprise *, c'est comme s'il disoit : Je tiens que * Lucae, x, 16.

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ceux qui vous obéissent c'est à moy qu'ils obéissent ; et ceux qui mesprisent vos paroles ne s'en voulant pas servir, je tiens que ce sont mes paroles mesme qu'ils mesprisent.

Sur ce propos, il me souvient d'avoir expliqué une fois en cette chaire comment nous devons faire pour entendre la parole de Dieu et la prédication avec utilité. J'adjouste maintenant que, outre l'intention que nous y devons avoir apportée d'en vouloir faire nostre proffit et l'attention durant icelle, nous devons par après demeurer quelque temps renfermés dans le fond de nostre ame, je veux dire recueillis, pour ruminer ce que nous avons entendu. Et à fin que les distractions ne viennent se poser sur nostre cœur et troubler nostre repos, il nous faut faire ce que fit Salomon en son Temple : tout le couvert estoit d'or, mais redoutant que les oyseaux ne le salissent venant à se nicher et reposer dessus, il le fit garnir de pointes, moyennant lesquelles le toit ne pouvoit * Joseph., De Beiio estre endommagé*. De mesme, si nous voulons avoir soin (de tertio Tempio)! de garder nostre cœur des suggestions et distractions du malin esprit, il faut, au sortir de la prédication, le garnir d'aspirations et oraisons jaculatoires sur le sujet d'icelle, invoquant la divine Miséricorde pour nous fortifier à fin de mettre en effect ce que nous avons affectionné.

Voyez-vous ce bon homme Jean dont nous faisons mention, il fut prompt à suivre l'attrait de Dieu ; car estant inspiré de luy donner tous ses biens, et ne sçachant comme il le pourroit exécuter à sa gloire et à l'honneur de Nostre Dame à laquelle il avoit une si particulière dévotion, il se mit en prière et il entendit ce qu'il devoit faire. O que c'est une bonne chose que la prière ! Mais le bonheur de ce saint homme ne consistoit pas à sçavoir la volonté de Dieu, s'il ne l'eust incontinent suivie comme il fit. O que ceux là sont heureux qui estans inspirés, comme ce bien heureux Jean et sa femme, de se dédier et consacrer à Dieu avec tout ce qu'ils possèdent, ont recours à la prière pour connoistre en quel lieu ils le pourront faire pour sa plus grande gloire et pour l'honneur de

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