‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 51 sur 273 · XIII. Pour la fête de Notre-Dame des Neiges · texte numérisé non relu

XIII. Pour la fête de Notre-Dame des Neiges

nostre très digne Maistresse ; car, ainsy que nous l'avons desja déclaré, point de dévotion pour Dieu sans affection de plaire à Nostre Dame.

Mais qui est-ce, je vous prie, qui ne luy en auroit, veu qu'elle est nostre très aymable Mère? Et qu'il ne soit vray, escoutez l'Espoux au Cantique des Cantiques * * Cap. vu, 2. lors qu'il luy dit : Ton ventre, o ma Bien-Aymée, est comme un monceau de grains de froment qui est tout entouré de lys de la pudeur de sa virginité. Que veut-il signifier ce divin Amant, sinon que Nostre Dame a porté tous les Chrestiens en son sein ? Et si bien elle ne produit que ce grain duquel il est escrit * que s'il n'est * Joan., xn, 24, 25. jette en la terre il demeurera seul, et s'il y est jette et couvert il germera et en produira plusieurs, à qui est ce, je vous prie, doit-on attribuer la production de ces autres grains, sinon à celle qui a produit le premier, Nostre Seigneur estant Fils naturel de Nostre Dame ? Bien qu'elle n'ait porté que luy en efFect dans son sein, elle a pourtant porté tous les Chrestiens en la personne de son divin Fils, car ce béni grain nous a tous produits par sa mort ; de mesme la datte estant plantée produit la palme de laquelle viennent par après quantité d'autres dattes ; et pourquoy ne dira-t-on pas que ces dattes appartiennent à la première dont la palme est sortie ?

Bienheureux est le ventre qui Va porté et les mammelles que tu as succées. Nous avons tous esté nourris de ces sacrées mammelles, car Nostre Seigneur en ayant tiré sa nourriture et les ayant succées, nous a par après nourris des siennes. Il a, nostre très cher Maistre, des mammelles très douces et très délectables, comme nous le tesmoigne sa divine Espouse, disant * : *Cant. O mon Bien-Aymé, que tes mammelles sont douces ! Elles sont meilleures que le vin de tous les contentemens de ce monde. O Dieu, que nous devons d'honneur, d'amour et d'affection à Nostre Dame, tant parce qu'elle est Mère de nostre Sauveur que parce qu'elle est encores la nostre !

Il se trouve beaucoup de personnes qui estans chrestiennes protestent qu'elles veulent dédier et offrir à Dieu

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tout ce qu'elles ont, tout ce qu'elles sont, parce qu'elles connoissent que tout luy appartient , et aymeroyent mieux mourir que de l'offenser mortellement. Mais il est vray aussi qu'elles veulent se reserver la disposition de leurs biens, et quoy qu'elles soyent résolues de vivre en l'observance des commandemens de Dieu, elles veulent néanmoins retenir la volonté de faire tout plein de petites choses qui ne sont pas contre la charité, mais qui vont biaisant ; ce sont des choses périlleuses, lesquelles si bien elles ne nous font pas perdre la charité, ne laissent pas de desplaire à la divine Majesté. Dieu est jaloux de nostre amour, c'est pourquoy il va jettant ses inspirations sur des âmes qu'il sépare d'entre les autres, lesquelles par une puissante resolution se viennent consacrer et dédier leur cœur avec toutes ses affections, leur corps et leurs biens à son honneur et gloire, choisissant Testât de la Religion pour y vivre avec plus de perfection et moins de danger de se perdre et divertir de leur sainte resolution.

Cet estât est certes le plus parfait après celuy de ceux qui sont sous le caractère de la consécration episcopalei1), d'autant que l'on ne s'en peut plus départir. Le martyre n'est pas un estât à cause de sa briefveté, ains se doit plustost appeller une voye courte et passagère, que non pas un estât. Ces âmes donques qui sont si généreuses que de se venir toutes abandonner à Dieu sans aucune reserve, se jettant sous les loys de la Religion et se liant si estroittement que jamais plus elles ne s'en peuvent desprendre, font non seulement comme toutes les fleurs jaunes qui se vont tousjours tournant du costé du soleil, mais aussi comme celle qu'on appelle tourne-soleil, laquelle ne se contente pas de tourner sa fleur, ses feuilles et sa tige contre iceluy, ains encores, par une secrette merveille, tourne aussi sa racine qui est dessous terre. Ainsy ces bénites âmes ne veulent pas

( i ) Le mot consécration n'est, dans le Manuscrit, suivi d'aucune épithète ; cette omission est suppléée ici d'après la doctrine même de saint François de Sales (Introduction a la Vie dévote, Partie III, chap. xi) et celle de saint Thomas d'Aquin (IF IIœ, quaest. clxxxiv, art. vi-vm).

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