XVI. Pour la fête de la Présentation
propre volonté que nous aymons tendrement comme si elle estoit nostre mère. Dieu ne se contente pas de nos offrandes quand elles ne sont pas accompagnées de celle de nostre propre cœur, car il est comme l'aigle qui se repaist plus pleinement du cœur des oyseaux qu'elle prend pour sa proye que non pas des autres parties de leur corps*. De mesme la divine Majesté demande pre- *Cî.lntrod.alàVie
1 dev., tom. III hujus
mierement nostre cœur : Mon fils, donne-moy ton Edit., p. sot, îmea cœur, dit cette Bonté incomparable *, et par après tes * Prov.^xxm, =6. offrandes me seront aggreables.
L'exemple de Caïn * monstre assez la vérité de ce que * Gen-- ^r, 3-8. nous disons ; car ayant fait son sacrifice, il ne fut pas aggreable à la Divinité comme celuy de son frère Abel, non seulement parce qu'il avoit mal partagé *, offrant le * Vide locum Sepmoindre et le pire de ses troupeaux, mais aussi parce qu'il n'avoit pas donné son cœur ; partant il n'avoit pas bien fait son sacrifice, d'autant que Dieu vouloit premièrement son cœur. Ce que reconnoissant par après, il fut si misérable qu'au lieu de se prendre à soy mesme de sa faute et de se reconnoistre, il s'en prit au pauvre Abel , l'offrande duquel avoit esté fort aggreable à la divine Bonté parce qu'il s'estoit premièrement offert luy mesme, et puis son sacrifice. Caïn conceut de l'indignation contre son frère par la grande envie qu'il luy portoit. Voyez comme l'envie se fourre par tout. Dieu le reprit et luy dit : De quoy te troubles-tu ? Si tu as bien offert tu n'en as pas occasion, et si ton offrande estant bonne tu ne l'as néanmoins pas faite comme il convient, repare ta faute, il y a remède en tout.
Voyla donques la façon avec laquelle nous devons faire nos sacrifices et nos offrandes à la divine Bonté : si nous voulons qu'elles luy soyent aggreables, il faut nous offrir pleinement et entièrement nous mesmes. Si vous faites cela aussi parfaitement que nous venons de dire en cette journée de vos renouvellemens, à l'imitation de Nostre Dame et glorieuse Maistresse, elle vous acheminera au Ciel, en excitant vos cœurs à chanter en cette vie le Laudate Dominum omnes gentes*, invitant * Ps. cxvi. un chacun à glorifier la divine Majesté. Puis vous
138 Sermons recueillis
adjousterez : Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus ; Parce qu'il a confirmé sur nous ses miséricordes, nous attirant par sa bonté à la jouissance de tant de grâces et bénédictions dès cette vie périssable, pour par après, en la compaignie de nostre très sainte Maistresse et des Bienheureux qui sont au Ciel, chanter éternellement Gloire soit au Père, au Fils et au Saint Esprit. Amen.