La rayson de cette conduite est que Nostre Seigneur
ne voulut aucunement user de son pouvoir ou de son authorité, ni paroistre autre qu'un petit enfant sujet aux loix de l'enfance, ne parlant qu'en son temps comme les autres ; et luy, qui non seulement entant que Dieu mais aussi entant qu'homme sçavoit toutes choses, cette grâce luy ayant esté infuse dès l'instant de sa conception, luy qui estoit rempli d'une science pleine et entière, ne voulut néanmoins en rien tesmoigner. Je sçay bien que les docteurs demeurèrent fort estonnés l'entendant parler
* Lucae, n, 46, 47. dans le Temple *, lors qu'il fit paroistre un petit eschan-
tillon de cette science tant incomparable qu'il possedoit; mais c'est la seule fois qu'il le fit durant son enfance, la tenant close et cachée sous un très profond silence tout le reste de ce temps là. Hé Dieu, que luy eust-il cousté à ce béni Enfant, qui aymoit si chèrement sa très sacrée Mère et saint Joseph son Père nourricier, de leur dire un petit mot à l'oreille pour les advertir d'eschapper à la furie d'Herode en s'en allant en Egypte, mais d'estre sans crainte parce qu'il ne leur arriveroit aucune mésaventure ? Il ne le fit pourtant pas, ains attendit que l'Ange saint Gabriel vinst révéler au glorieux saint
" Matt, n, 13. Joseph qu'il failloit fuir *.
La vie de Nostre Seigneur est le parfait exemple de tous les hommes, mais particulièrement de ceux qui sont en Testât de perfection , comme les Religieux et les Prélats. Cet estât de perfection doit estre considéré de deux manières : pour les Religieux c'est un estât propre à se perfectionner, et pour les Prélats il suppose la perfection desja acquise. De mesme, la vie du Sauveur doit estre distinguée en deux parties. La première est le modèle et le patron des Religieux : c'est celle de son enfance jusques à ce qu'il commença sa prédication ;
Lucae, n, 51. car l'Evangeliste * dit expressément qu'z'Z demeura sujet
à ses parens. Et dès qu'il eut commencé à enseigner et prescher, il fit toutes les fonctions appartenantes aux Evesques. Il institua les Sacremens ; puis, sur l'arbre de