‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 78 sur 273 · XVII. Pour la veille de l'Epiphanie · texte numérisé non relu

XVII. Pour la veille de l'Epiphanie

la croix il offrit le sacrifice sanglant de soy mesme, et devant celuy là, en la cène qu'il fit avec ses Apostres, il institua le très saint Sacrement de l'Autel qui est le sacrifice non sanglant.

Revenons à nostre propos et au sujet que j'ay devant mes yeux, qui est le vray exemplaire de la vie religieuse, et disons après les Pères, que la discipline monastique peut estre toute réduite sous ce mot d'abnégation *. Or, * Cassian., De Invoyons comme Nostre Seigneur a prattiqué admirable- per totum. ' ment cette abnégation durant tout le temps de son enfance ; mais pour le mieux comprendre, nous en ferons trois points que j'approprieray aux trois vertus desquelles tous les Religieux font les vœux, à sçavoir, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance *. * Cf. tom. prœced.

t~.a . -. J ... huius Edit., Serm.

Et en premier lieu, se peut-il voir ou penser une xcv, cil. pauvreté plus pauvre que celle du Sauveur ? Voyez comme il renonce à la maison de son Père et de sa Mère, voire mesme devant sa naissance, car il vient au monde en une ville laquelle si bien elle luy appartenoit en quelque façon , puisqu'il estoit de la lignée de David *, néanmoins il renonce tellement à tout, que le * Lucae, n, 4. voyla réduit dans une estable destinée à la retraitte des bestes. Estant né, il est couché dans une crèche qui luy sert de berceau*. Quelles nécessités pensez *ibid.,jh 7. vous qu'il souffrit au voyage d'Egypte et durant le temps qu'il y demeura ? Bref, sa pauvreté fut si grande qu'elle passa jusques à la mendicité * ; il ne vivoit que * Cf. Les Contro-

,, -, , , verses, tom. I huius

d aumosnes , car chacun sçait que les beaux-peres ne Edit., p. m. sont pas obligés de nourrir les enfans de leur femme, et néanmoins Nostre Seigneur estoit nourri du travail de son Père nourricier et de celuy de sa Mère qui gaignoyent leur vie à la sueur de leur visage*; ainsy, ce divin * Gen., m, 19. Enfant ne pouvant gaigner la sienne, recevoit l'aumosne de saint Joseph. De plus, quand il fut question de revenir d'Egypte après la mort d'Herode, s'ils eussent eu quelque bien en Israël ils n'eussent pas mis en doute s'ils iroyent là ou s'ils retourneroyent en Judée ; mais parce qu'ils n'avoyent rien, ou fort peu par tout, ils ne sçavoyent de quel costé aller. Davantage, l'amour que

* Matth., il, ult.

Marc, ult., 6.

Joan., i,

c. XXI.

nostre cher Maistre portoit à la pauvreté luy fit prendre et garder tousjours le nom de Nazareth *, parce que c'estoit une petite ville mesprisée et tellement rejettée que Ton ne croyoit pas, comme le dit mesme Nathanaël, que quelque chose de bon peust estre trouvé en Nazareth *. Il eust bien peu se faire appeller de Bethléem, ou bien de Hierusalem, mais il ne voulut pas, tant pour cette cause que pour d'autres que nous dirons tantost.

Passons au second point, qui est une abnégation très entière de tous les playsirs sensuels. Nostre Seigneur eut une pureté tousjours incomparable ; mais voyez un peu comme dès son entrée au monde il priva ses sens de toutes sortes de playsirs. Et premièrement, en l'attouchement il ressentit un froid extrême. Vous sçavez sans doute la révélation que sainte Brigitte eut de la naissance Révélât., 1. vu, de ce divin Sauveur *. Elle dit que Nostre Dame estant en une grande abstraction, le vit tout d'un coup couché sur la terre, tout nud, et que soudain elle le prit et le mit dans ses langes et bandelettes. Quant à l'odorat, vray Dieu ! quelle suavité, quel parfum pensez-vous que l'on puisse avoir dans une estable ? Lors que les enfans des grans roys naissent, quoy qu'ils ne soyent que des misérables hommes comme les autres, l'on met tant de parfums, l'on fait tant de cérémonies ; et pour nostre Sauveur, qui n'est pas seulement homme ains Dieu tout ensemble, il ne se fait rien de tout cela ! Quelle musique pour recréer son ouye ? Un bœuf et un asne qui chantent pour magnifier la naissance de ce Roy céleste. En fin, il n'y a rien en luy qui trouve du contentement, sinon un peu le goust, recevant ce lait très sacré venu du Ciel que sa très bénite Mère luy fait tirer de ses mammelles, car il faut confesser qu'il estoit meilleur que le vin le plus délicieux*; mais cela ne duroit que jusques à ce qu'il eust passé le gosier.

Quant au troisiesme point, à sçavoir l'abnégation de soy mesme, qui a jamais peu parvenir à un si entier renoncement pour se laisser conduire selon la volonté de ses Supérieurs? O Dieu, c'est en ce point que ce divin Enfant s'est bien monstre vray Religieux ! Saint Joseph

Cant., i, r.

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