XVIII. Vendredi dans l'octave de la Pentecôte
estimées et prisées comme estans les trois principales
pour l'acquisition de la perfection, que tous les premiers
Chrestiens en faisoyent profession à l'imitation des
Apostres *. Mais après que cette première ferveur fut *Euseb.,Hist.,i.ll,
esteinte, il n'y eut plus que des particuliers qui suivissent ^e Script. Ecoles!!
cette perfection evangelique ; et d'autant qu'il y a une phtl°-
extrême difficulté de s'y adonner demeurant dans le
monde, ceux qui veulent faire cette généreuse entreprise
en sortent et se viennent renfermer dans les monastères.
Or, me voicy maintenant au point que j'avois à traitter, car tout ce que nous avons dit n'a esté que pour mieux entendre ce que je m'en vay déduire. Il est certain que tous les hommes, en quelle vocation qu'ils soyent, se peuvent et se doivent dédier et donner à Nostre Seigneur ; mais il y a voirement grande différence entre les offrandes de ceux qui demeurent au monde et de ceux qui le quittent tout à fait pour se consacrer plus absolument à l'exercice du divin amour.
Premièrement, ces âmes se viennent offrir en forme de javelles et d'espis de froment, environnées de mille sortes de fantasies, d'imaginations, de passions et d'inclinations mondaines, résolues qu'elles sont néanmoins de se laisser froisser entre les mains de l'obéissance et moudre dans le moulin de la mortification, à fin d'estre faittes du pain capable d'estre mis sur la table de Nostre Seigneur et de luy estre présenté au jour de la Pentecoste éternelle ; et pour cela on leur donne une année de probation. On ne les trompe point en leur promettant des consolations, bien que la moindre qu'elles goustent vaille mieux sans nulle comparaison que toutes celles que le monde présente, mises ensemble. On les fait entrer quant et quant en l'exercice d'une obéissance continuelle, de la mortification de la propre volonté, de l'abnégation du propre jugement ; on ne leur parle que « de la mortification des sens et de toutes les » inclinations « humaines* ; » en fin on vient à leur faire connoistre * Constit. xliv. combien leurs imaginations estoyent vaines d'estimer que les biens, les richesses, les honneurs fussent choses désirables. On tasche de bouleverser toutes leurs affections,
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pour qu'elles n'en ayent jamais plus que pour Dieu et selon sa très sainte volonté. En fin on s'essaye tant que l'on peut durant cette année de leur noviciat, de les rendre capables de venir faire cette dernière offrande d'elles mesmes en laquelle , par le moyen des vœux , elles se lient totalement et sans s'en pouvoir jamais desdire au service de la divine Majesté, service qui est voirement plus honnorable que les royautés et les empires. Elles assujettissent, il est vray, toutes les puissances de leur ame, toutes leurs affections, passions et inclinations et en fin tout elles mesmes à la règle de la perfection par l'exercice continuel de l'obéissance aux Règles et Constitutions de leur Institut ; mais c'est une sujétion si douce et si aymable qu'elle donne mille fois plus de consolation que non pas la liberté que les mondains ont de vivre selon leur volonté, liberté qui à proprement parler est une tyrannie, d'autant que pour l'ordinaire elle les porte à faire ce que leur conscience leur dicte qu'il faut éviter pour vivre selon Dieu.
Ces âmes donques estans préparées comme nous avons
* Is., xi, 2, 3. dit, ont desja receu les dons du Saint Esprit *. Elles ont
receu le don de sapience, savourant combien le Sei-
* Psaimi xxxni, 9, gneur est doux et suave *, et combien ses voyes sont