‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 86 sur 273 · XVIII. Vendredi dans l'octave de la Pentecôte · texte numérisé non relu

XVIII. Vendredi dans l'octave de la Pentecôte

au monde. En fin elles ont receu le don de pieté et de crainte, fuyant les occasions qu'elles pouvoyent rencontrer au monde de perdre l'amour de Dieu.

Si tous ces dons ont esté ainsy octroyés à ces âmes, comme nous venons de le dire, elles sont aussi fort résolues de les prattiquer, rejettant toute autre délectation que celle de gouster combien le Seigneur est doux et suave, et combien les voyes par lesquelles on va à luy, c'est à sçavoir par lesquelles nous nous unissons à sa Majesté, sont délectables. Elles sont déterminées à ne jamais plus occuper leur entendement à la considération des choses terrestres et caduques, ains à celle des vrays biens éternels et à la connoissance de Dieu et d'elles mesmes. Elles suivront constamment les conseils de ceux que Dieu leur a donnés pour leur conduitte, se rendans souples à suivre leurs volontés ; elles sont résolues de faire les œuvres des âmes fortes et généreuses, n'ayans pas moindre prétention que de parvenir au plus haut point de la perfection chrestienne, sans se descourager au bien , mais s'appuyans et s'asseurans en la faveur et protection de la divine Bonté, qui ayant commencé V œuvre de leur perfection la parachèvera *, * Philip., 1, 6. moyennant qu'elles luy soyent ridelles.

Elles pratiqueront soigneusement le don de science qui consiste à suivre les vrays biens et rejetter les faux, puisque par le moyen d'iceluy elles les ont sceu discerner d'entre les autres. Elles seront fidelles à la prattique du don de pieté, regardant et honnorant Dieu comme leur Père, d'autant qu'il veut que nous l'appellions de ce nom tant aymable ; puis elles feront tout ce qui sera en leur pouvoir pour luy plaire, tenant les prochains pour enfans de Dieu comme elles, et par conséquent pour leurs frères , à fin d'exercer plus parfaittement toute sorte de pieté et d'offices de charité en leur endroit. En fin elles craindront éternellement Dieu, non d'une crainte servile, ains d'une crainte procédante de l'amour qu'elles luy portent, appréhendant non seulement de l'offencer, mais aussi de ne pas assez luy estre „Cf T , „. , aggreables * ; et cette crainte amoureuse leur servira Dieu, 1. XI, c xvi.

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d'aiguillon pour s'avancer tous les jours davantage en la dilection sacrée.

Mais dites-moy, je vous supplie, que reste-t-il à ces âmes bienheureuses qui se sont ainsy disposées pour se sacrifier entièrement et sans aucune reserve au service de l'amour céleste, sinon que le Saint Esprit, qui leur a desja fait tant de dons, descende maintenant en forme de feu sur leur sacrifice pour le consommer, ou, pour mieux dire selon nostre premier discours, qu'il vienne cuire les pains qu'elles ont pétris, puisqu'ils sont tout prests à estre mis dans le four? La paste a esté préparée le long de leur année de noviciat, en suite des resolutions qu'elles ont prises de se laisser froisser et moudre tant par la sainte obéissance que par la mortification de leur propre jugement et volonté , qui sont les deux pains que Nostre Seigneur demande des âmes religieuses. Elles se sont encor déterminées d'assujettir leur imagination et fantasie, qui, semblable à un bélier, va courant ça et là parmi les choses de la terre ; elles ont ainsy réduit toutes leurs affections en une, qui est pour Dieu.

Ces premières resolutions , jointes avec les vœux qu'elles viennent faire, par lesquels elles s'obligent pour le reste de leur vie à la prattique de tout ce que nous venons de dire, sont le pain sacré qui doit estre cuit, affermi, et rendu impliable et immuable par le feu sacré du Saint Esprit, qui est l'amour de nos âmes. Lors la divine Majesté en rassasiera son goust comme d'un mets délicieux, au festin de l'éternité, et en contreschange elle rassasiera les vostres de sa Divinité, qui est le mets unique de la félicité et consolation éternelle , où sa souveraine Bonté nous veuille tous conduire pour sa gloire. Ainsy soit-il.

SERMON POUR LA FÊTE DE LA VISITATION DE LA SAINTE VIERGE

2 juillet 1618 (i)

Exurgens Maria, abiit in montana cum festinatione, in civitatem Juda.

Marie se levant, s'en alla en grande diligence dans les montagnes, en une ville de Juda.

Lucœ, i, 39.

Nostre très aymable et non jamais assez aymée Dame et Maistresse , la glorieuse Vierge, n'eut pas plus tost donné son consentement aux paroles de l'Ange saint Gabriel, que le mystère de l'Incarnation fut accompli en elle. Ayant appris par le mesme saint Gabriel que sa cousine Elisabeth avoit en sa viellesse conceu un fils *, elle la voulut aller voir, comme estant sa parente, * Luc», 1, 36. et à dessein de la servir et soulager en sa grossesse, car elle sçavoit que c'estoit le vouloir divin ; et au mesme instant, dit l'Evangeliste saint Luc, elle sortit de Nazareth, petite ville de Galilée où elle demeuroit, pour s'en aller en Judée à la mayson de Zacharie. Abiit in montana : elle monta dans les montagnes de Juda et entreprit le voyage, quoy que long et difficile ; car, comme disent plusieurs autheurs, la ville en laquelle demeuroit

(1) L'ensemble de ce sermon, l'allusion faite (p. 169) aux « maysons de la Visitation » prouvent qu'il a été prêché à une époque où l'Institut avait déjà reçu un certain développement. Il n'est donc pas hors de propos de lui attribuer la date de 1618, année où la Congrégation comptait déjà quatre Monastères. D'autre part, diverses raisons fournies par les Annales de l'Institut ne permettent pas de supposer que ce sermon soit d'une époque postérieure.

Sermons recueillis

*Salmeron (loquens de milliarib. Ger- ;/Z£w.j,Comment.in loc. Lucae ; post B.

Canisium,de Maria Deip., 1. IV, c. m.

Theophyl.Enarr., in loc. Lucae; Calvin., Harm.Evang., in eundem locum.

Vers. 45.

* Lucae, 1, 6.

Elizabeth est esloignée de Nazareth de vingt sept lieues*; d'autres disent un peu moins, mais c'estoit tousjours un chemin assez malaysé pour cette si tendre et délicate Vierge, parce que c'estoit à travers des montagnes.

Sentant donques l'inspiration divine, elle s'y achemina, non point portée d'aucune sorte de curiosité de voir si ce que l'Ange luy avoit dit seroit bien vray, car elle n'en doutoit nullement, ains estoit tout asseurée que la chose estoit telle qu'il luy avoit déclaré. Néanmoins, quelques uns ont voulu soustenir qu'il se trouva en son dessein quelque sorte de curiosité ; car il est vray que c'estoit une merveille non ouye que sainte Elizabeth, laquelle n'avoit jamais eu d'enfans et estoit stérile, eust conceu en sa viellesse. Ou bien, disent-ils*, il se peut faire qu'elle eust quelque doute de ce que l'Ange luy avoit annoncé ; ce qui n'est pas, et saint Luc les condamne et réfute en la parole qu'il escrit en son chapitre premier *, que sainte Elizabeth voyant entrer la Vierge s'escria : Vous estes bienheureuse parce que vous ave% creu. Ce ne fut donques point la curiosité ni aucune sorte de doute de la grossesse de sainte Elizabeth qui luy fit entreprendre ce voyage, mais bien plusieurs considérations très aggreables ; je vous en toucheray quelques unes.

Elle y alla pour voir cette grande merveille ou cette grande grâce que nostre Dieu avoit fait à cette bonne vielle et stérile, de concevoir un fils en sa stérilité, car elle sçavoit bien qu'en l'ancienne Lo}^ c'estoit une chose blasmable d'estre inféconde; mais parce que ceste bonne femme estoit vielle, elle alla aussi pour la servir en cette sienne grossesse et luy donner tout le soulagement qui luy estoit possible. Secondement, ce fut pour luy révéler le tant haut mystère de l'Incarnation qui s'estoit opéré en elle ; car Nostre Dame n'ignoroit pas que sa cousine Elizabeth estoit personne juste *, fort bonne, craignant Dieu et désirant ardemment la venue du Messie promis en la Loy pour racheter le monde, et que ce luy seroit une très grande consolation d'apprendre que les divines promesses estoyent accomplies et que le temps désiré

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