‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 87 sur 273 · XIX. Pour la fête de la Visitation · texte numérisé non relu

XIX. Pour la fête de la Visitation

par les Prophètes et les Patriarches estoit ja venu. Troisiesmement, elle y alla aussi pour redonner la parole à Zacharie qui l'avoit perdue par son incrédulité à la prédiction de l'Ange, lors qu'il luy dit que sa femme concevroit un fils qui se nommeroit Jean *. Quatriesmement, elle sçavoit que cette visite apporteroit un comble de bénédictions en la maison de Zacharie, qui redonderoit jusques à l'enfant qui estoit dans le ventre de sainte Elizabeth, lequel seroit sanctifié par sa venue. Voyla les raysons, et plusieurs autres que je pourrois rapporter ; mais je n'aurois jamais fait.

Au demeurant, ne pensez-vous point, mes très chères Sœurs, que ce qui incita plus particulièrement nostre oflorieuse Maistresse à faire cette visite ce fut sa charité très ardente et une très profonde humilité qui la fit passer avec cette vistesse et promptitude les montagnes de Judée ? O certes, mes chères Sœurs, ce furent ces deux vertus qui la poussèrent et luy firent quitter sa petite Nazareth, car la charité n'est point oysive * : elle bouil-

Lucae, 1, 13, 18-20.

Cf. opusc. Vitis

lonne dans les cœurs où elle règne et habite, et la très DeModo bene'visainte Vierge en estoit toute remplie, d'autant qu'elle Yfnd*' £• LI> inter

0 r * Op. S. Bern.

avoit l'amour mesme en ses entrailles. Elle estoit en des continuels actes d'amour, non seulement envers Dieu avec lequel elle estoit unie par la plus parfaitte dilection qui se puisse dire, mais encores elle avoit l'amour du prochain en un degré de très grande perfection, qui luy faisoit désirer ardemment le salut de tout le monde et la sanctification des âmes ; et sçachant qu'elle pouvoit coopérer à celle de saint Jean, encores dans le ventre de sainte Elizabeth, elle y alla en grande diligence. Sa charité la pressoit aussi de s'esjouir avec cette bonne vielle de ce que le Seigneur l'avoit bénie d'une telle bénédiction, que de stérile et inféconde qu'elle estoit, elle conceust et portast celuy qui devoit estre le Précurseur du Verbe incarné.

Elle alloit donques s'en esjouir avec sa cousine, et se provoquer l'une l'autre à glorifier Dieu qui avoit versé sur toutes deux tant de grâces : sur elle qui estoit vierge, luy faisant concevoir le Fils de Dieu par l'opération du

160 Sermons recueillis

* Lucae, i, 35. Saint Esprit *, et sur sainte Elizabeth qui estoit stérile,

concevant miraculeusement et par grâce spéciale celuy qui devoit estre le Précurseur du Messie. Mais comme il n'eust pas esté raysonnable que celuy qui estoit choisi

*ibid.,jh 76. pour préparer les voyes du Seigneur* fust entaché du péché, Nostre Dame alla promptement à ce qu'il fust sanctifié, et que ce sacré Enfant qui estoit Dieu, à qui seul appartient la sanctification des âmes, peust opérer en cette visite celle du glorieux saint Jean, le purifiant et retirant du péché originel ; ce qu'il fit avec une telle plénitude que plusieurs docteurs soustiennent hardiment

•VideB.Canisium, que jamais il ne pécha veniellement *, bien que quelques

De Corrupt. Verbi . ., . .

Dei, c. x. autres tiennent 1 opinion contraire.

La charité fut donques cause que la très sainte Vierge coopéra à cette sanctification. Mais ce n'est pas merveille que son cœur sacré fust tout rempli d'amour et de désir du salut des hommes, puisqu'elle portoit en ses chastes entrailles l'amour mesme, le Sauveur et Rédempteur du monde ; et me semble que c'est à elle que l'on

* Cap. vu, 5. doit appliquer ces paroles du Cantique des Cantiques* :

Ton chef ressemble au mont Carmel. Voyez, lors que le divin Espoux descrit la beauté de son Espouse par le menu, il commence par son chef. Mais que veut entendre ce divin Amant quand il dit que le chef de sa bien-aymée ressemble au mont Carmel ? Le mont Carmel est tout diapré de fleurs très odoriférantes , et les arbres qui se trouvent sur iceluy ne portent que des parfums. Que signifient ces fleurs et ces parfums sinon la charité, qui est une vertu très belle et odoriférante, laquelle n'est jamais seule dans une ame ? Et bien que l'on approprie ces paroles du Cantique à l'Eglise, qui est la vraye Espouse de Nostre Seigneur, en laquelle comme en un mont Carmel abondent toutes sortes de fleurs de vertus et qui est odoriférante en toute sainteté et perfection, si est-ce que l'on peut encor entendre cecy de la sacrée Vierge qui est la fidelle Espouse du Saint Esprit. Ayant donques cette charité en si grande perfection, elle ressembloit au mont Carmel pour les actes frequens qu'elle en produisoit, tant envers

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