‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 18 sur 102 · A M. DU CHEMIN (O · texte numérisé non relu

A M. DU CHEMIN (O

Impossibilité de se rendre à Chancenay. — Prière de l'excuser auprès de MM. d'Acy et de Maneuvre. — Témoignages d'affection.

Provins, 24 septembre 1602.

Monsieur,

Je passé (sic) et passe plein de desplaisir de me treuver si près de vous sans avoir le bien de vous revoir, comme j'avois souhaitté faire avec tant de passion. Mais je suis embarqué dans le coche de Chalons qui est inexorable a

(1) D'après le contenu de cette lettre on est en droit de penser que le destinataire était l'un des frères de Mme de Sainte-Beuve. Serait-ce Nicolas Luillier, « sieur de Saint Mesmin » qui, le 33 octobre 1563, avait rendu hommage au roi pour son fief de « Champcenest » près de Provins? Nous n'avons pas trouvé toutefois qu'il soit appelé M. du Chemin. Ce titre était alors porté par les membres de la famille Viole, qui le tiraient d'une terre sise près de Lagny, appelée aujourd'hui Guermantes.

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divertir de son chemin, et d'ailleurs je suis un petit pressé de faire mon retour, qui m'empêche de chercher autre moyen de me rendre a vostre Champcenai. Croyes moy, je vous supplie, que je ne fay pas volontiers ni de mon gré ceste faute ; j'avois trop de désir de vous revoir et représenter mon humble service a toute la mayson de messieurs d'Acy (J) et de Manœuvre (2), a quoy madamoiselle de Sainte Beuve (3) m'avoit encor animé par le tesmoignage qu'elle m'a rendu qu'ilz s'y attendoyent. Mais puisque je ne puis pas, et qu'aussi est ce un foible tesmoignage de l'affection des serviteurs d'aller faire bonne chère a la table de leurs maistres, je vous conjure, par nostre ancienne connoissance et reciproqu'amitié, de faire treuver bonne mon excuse a mesdits sieurs d'Acy et de Manœuvre, et de les asseurer que je prise leur bienveûillance autant qu'autre homme auquel ilz en puissent faire part, et que je suis infiniment obligé a la courtoisie dont ilz m'ont prévenu, et m'en tiens pour redevable serviteur. Je n'ay point de belles parolles, mais oùy bien d'asseurees resolutions en ces occasions.

Quant a vous, je me prometz que vous m'aymeres au travers de toutes les distances du monde, lequel n'est pas asses grand pour borner l'activeté de nostre amitié ; car je juge de la vostre par celle que je sens en mon ame, nonobstant la différence que l'object y peut apporter, qui se treuve aussi grand pour mon action quil est petit pour

( 1 ) Antoine Hennequin, seigneur d'Acy, conseiller au Parlement, puis président des requêtes du Palais. Il épousa sa cousine, Jeanne Hennequin qui, en 1618, s'intitule : « Veuve de feu Antoine Hennequin, sieur de Chamcenetz. » (Bibliothèque Nationale, Pièces originales, vol. 1509, n° 597.)

(2) Jean Hennequin, seigneur de Maneuvre, frère utérin de madame de Sainte-Beuve comme le précédent, secrétaire des finances en 1594. (Bibliothèque Nationale, ibid.) Il fit partie des Seize et soutint puissamment la Ligue à Paris. En 1618 il confirme la donation précédemment faite à Antoine Hennequin son frère de la terre de Maneuvre, en faveur de Catherine Hennequin sa nièce, épouse de César de Balzac. Il mourut sans alliance.

(3) Marie Luillier, fille de Jean, seigneur de Boullencourt, Chancenay, etc., et de Renée Nicolai, avait épousé Claude Le Roux, seigneur de Sainte-Beuve, « conseiller du Roy en sa cour de Parlement. » Veuve à vingt-deux ans, elle consacra son temps à la dévotion, et ses biens à l'établissement du noviciat des Jésuites et du couvent des Ursulines à Paris. Madame de Sainte-Beuve décéda le 29 août 1630, à l'âge de soixante-huit ans.

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la vostre ; mais l'agent de vostre part ne doit estre vaincu. Pardonnes moy, je vous supplie, si je dis trop de paroles. Je ne veux dire pour tout sinon que je vous supplie de tout mon cœur de m'aymer de tout le vostre, de faire que messieurs d'Acy et de Manœuvre m'ayment tousjours, de m'escrire quelquefois par l'entremise de monsieur Santeul ( 0 ; et je vous prometz de ma part de vous aymer, honnorer, servir toute ma vie, d'estre tous-jours humble serviteur de toute la mayson de ces seigneurs, et de vous rendre compte de ma vie le plus souvent que je pourray, glorieux que je seray de me resouvenir souvent que vous m'aymes et que je suis,

Vostre plus humble serviteur,

Franc5 De Sales,

esleu E. de Genève.

Je vous demande part a vos prières, je vous feray part aux miennes. Monsieur Deage vous salue extrêmement. A Provins, le 24 septembre 1602.

A Monsieur Monsieur du Chemin.

A Champcenai.

Revu sur l'Autographe appartenant au marquis de Pimodan, duc de Rarécourt,

à Paris.

(1) On rencontre de nombreuses personnes portant alors à Paris le nom de Santeuil, et appartenant probablement à la famille qui a donné naissance au célèbre auteur des hymnes du bréviaire parisien. Celui dont il est ici question pourrait être Denis de Santeuil, à qui Ton attribue des traductions du Combat spirituel et de la Chi'onique et Institution de l'Ordre de saint François, qui sont signées « D. S. Parisien (i). » Un Denis de Santeuil était à la même époque « secrétaire de la chambre du Roy. » Serait-ce le même personnage? Enfin, nous trouvons encore en ce temps un marchand de Paris portant les mêmes nom et prénom.

(1) Dans la Préface de l'édition italienne du Combat spirituel, publiée en 1750 à Padoue, par G. Comino, est signalée la version française de cet ouvrage faite en 1608 « par A. D. 5,, professeur de théologie à l'Université de Paris. » L'identité de ces initiales avec celles d'André de Sauzéa nous a induits en erreur (voir tome III de notre Edition, note (1), p. xxxvn). en nous portant à attribuer à ce dernier la version qui paraît être due à Santeuil.

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AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL Ier

Retour de Paris. — Protestations de soumission et de dévouement. Demande de la protection de Son Altesse.

Thorens, 14 octobre 1602.

Monseigneur,

Je donnay advis a Vostre Altesse du voyage que je devois faire en France et du sujet qui m'y portoit, pour lequel ayant presque inutilement employé plusieurs moys, me trouvant maintenant de retour, j'estime aussi luy en devoir donner advis, affin qu'elle sache ou ses commandemens me rencontreront quand il luy plaira m'en honnorer. Ce que je me sens tous-jours plus obligé de faire, devant entrer en la charge d'Evesque par le trespas du bon et saint Praelat duquel Vostre Altesse avoit tant gousté la pieté ( l ) ; en la succession duquel (puisque ça esté le bon plaisir du Saint Siège et de Vostre Altesse de m'y appeller) j'espère vivre heureusement parmi une infinité de travaux et de peynes qui s'y présentent, sous la faveur et protection de Vostre Altesse, pour la prospérité delaquelle je feray toute ma vie prières a Nostre Seigneur, et demeureray, Monseigneur,

Son très humble et très obéissant sujet, serviteur et orateur,

Franc8 De Sales, esleu Evesque de Genève.

De Thorens, le 14 octobre 1602.

A Son Altesse.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.

(1) M^r Claude de Granier, épuisé par les fatigues qu'il avait supportées durant le Jubilé de Thonon, était mort au château de Pollinge le 17 septembre 1602, à l'âge de cinquante-quatre ans.

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